JULES MOUSSERON
Jules Mousseron est »a ouvrier mineur de Dennin. Il vit le jour dans cette ville, le l»'' janvier 1868, en un modeste logis, « au quartier des Corons-Plats, entre In rue do Lourches et la rue de Douai, aux abords de l'Usine Cail ». Sa mère était née à Denain; son père, pupille de l'Assistance publique, venait do Paris. L'incertitude, le mystère de ses origines, l'ut peut-être l'unique cause de sa vocation de poète. A douze ans, le 2 janvier 1830 exactement, il quitta l'école pour entrer à la mine, eu qualité de g-a/i'io^ c'est-à-dire d'aide (charrie-bois) do l'ouvrier boiseur. Depuis ving-huit années bientôt, il n'a cessé do descendre dans les puits et do partager le sort de ces compagnons mineurs qu'il a si bien décrits et chantés. Quelqu'un a raconte, avec une éloquence émue, cette vie exemplaire de l'ouvrier poète, partagée sans cesse entre le désir de se rendre utile aux autres et de contribuer, par des chansons et des vers d'un tour simple, mais expressif, à enrichir le patrimoine de beauté populaire. Ses premiers essais, insérés dans des revues dont les noms n'importent pas, le firent connaître dans sa cité même. « Cette ville de Denain, a-t-on dit, poussée en un siècle à peine sur le sol des houillères, où dormait un pauvre village de culture, autour des ruines de l'Abbaye des Dames, n'a pas de vieîtle bourgeoisie sédentaire: ses riches, issus du travail et du savoir personnels, ignorent l'inertie séculaire des provinces arriérées. La docilité à de quotidiennes innovations qu'imposent les travaux de grande métallurgie imprègne l'esprit public, l'entraîne aux jugements prompts; les réputations s'y forment avec une spontanéité spéciale, les opinions s'y revisent de même; la commune dépendance matérielle do tous à trois ou quatre puissantes sociétés crée de vastes sympatiiics. Il semble que, malgré la chute perpétuelle des suies d'usines, une atmosphère dllfusante y règne, propre aux rapides enthousiasmes, et dans laquelle le silence mortel du convenu n'étoufl'o point les curiosités... »
Trop timide pour s'imposer, Jules Mousseron attendit, tout en rimant, qu'on s'intéressât à son œuvre. Un petit cénacle qui
'l'avait découvert alla en s'clargissant, et bientôt il connut la célébrité, une célébrité qui, à son tour, s'étendit au delà de sa province et lui valut des félicitations de toute part. Il publia alors successivement, dans une langue savourçuse qui est le patois de la mine, et où se retrouvent de vieux mots français tombés in •désuétude : Fleurs d'en bas, préf. d'André Jurenil (Denain, chez tous les libraires, 1897, in-18); Croquis au charbon (ibid., 1899, lin-lS); Feuillets noircis, préf. d'Auguste Dorchain (Lille, Libr. Centrale, 1901, in-18); Coups de pic et Coups de plume, préface d'André Jurenil (Denain, chez tous les libr., 190C, in-18); Au Pays des Corons, préf. de Philéas Lebesgue (Lille, Taillandier, 1907, in-18).
« Mousseron, observait M. Léon Bocquet à propos de Croquis au charbon, est uu ouvrier, tout simplement: mais combien délicat et doux apparaît cet bomme à la belle figure de christ compatissant, dont la seule envie est de faire, dans la mesure du possible, du bien autour de lui et de mettre un peu de joio dans l'âme de ses frères! Ses vers furent composés aux heures restées libres par la rude tâche quotidienne. Tout au long du livre, qui dit les « choses du fond » et les « choses d'en haut », se révèle un vrai poète, infiniment sincère et bon. » 11 n'y a rien à ajouter à ce qui précède, et pourtant l'œuvre du poète s'augmente sans cesse avec les journées de labeur quotidien. Loin de s'affaiblir, de s'atténuer, à l'égal de tant do productions littéraires, elle apparaît plus intense et plus forte que jamais; elle est la vivante image des aspirations populaires.
BiBLiOGRAi'iriE. — P. -M. Gahisto, Jules Mousseron, Valenciennes et Denain, chez tous les libr., 1907, in-12. Voir en outre les Préfaces d'André Jurenil, Aug. Dorchain et Philéas Lcbisgue, publiées en tète des recueils du poète.
L'SOUlUS DU FO?iD
Approch', souris, m'bonn' petiot' biête. m
N'cuch point craint' : je n'té ferai rien. f
Té vos : j'vas esqueute ' m'malelte' Pour mi t'donncr des miettes d'puin.
Au jour, si tVs ricrreur del femmo, Au fond, à l'homm' té n'fais point peur.