LES JARDINS
Les beaux jardins de Flandre aux treillis bigarrés
De capucines d'or, de gesse, de troènes,
Du bout de l'horizon ourlent les lisérés
De leurs enclos touffus de plantes et de graines.
En contours sinueux, ils glissent vers les prés
Entre les pavots blancs, les seigles, les avcines,
Et dévalent sans fin et, degré par degré,
Aux berges des ruisseaux où coassent les raines.
L'ombre y chante, et l'amour des soirs vient abriter,
Sous la fraîcheur des vertes sèves de l'été,
Le trouble des baisers aux yeux qui s'extasient.
Et l'Heure, à l'éventail argenté du bouleau.
Disperse le parfum mourant des tanaisies
Vers le vent tiède et doux qui passe au fil de l'eau.
(Flandre.)
AMEDEE PROUVOST
D'une très ancienne famille du pays, Amcdée Prouvost naquit le 4 septembre 1877. Il appartenait néanmoins par sa mère a une lignée bretonne; un de ses ancêtres, Olivier Morvan, avocat à Quimper et poète distingué, fut l'un des vingt-six administrateurs du Finistère exécutés sur la place du Trioinphe-du- Peuple, à Brest, le 26 mai 1794. Ses études terminées, Amédée Prouvost passa un an à l'Université de Bonn, comme étudiant en lettres. Il se perfectionna dans la langue allemande et s'enthousiasma pour Goethe, Schiller et Henri Heine. Il partit ensuite pour l'Egypte, voyagea en Palestine, en Syrie, visita la Turquie et la Grèce, et revint avec la matière d'un premier volume qu'il publia en 1904, sous ce titre : L'Ame voyageuse (Paris, Maison des Poètes, in-16).
Après l'Ame voyageuse, il donna deux autres volumes de vers : Le Poème du travail et du rêve (Lille, éd. du Beffroi, 1904,in-18), ivre de sonnets à la gloire de sa ville natale, et Sonates au clair de lune (Paris, Galmann-Lévy, 1905, in-18), qui fut couronné par l'Académie française, en 1906. Il a fait paraître de plus un acte en vers, Conte de Noël, illustr. d'Andhré des Gâchons (Paris, Taillandier, 1906, in-18), et il a collaboré au Beffroi, à La Renaissance latine, au Correspondant, à Durendal (Bruxelles), à la Revue septentrionale, au Journal de lioubaix, à la Revue de Lille, etc.
Amédée Prouvost est mort le samedi 8 mai 1909.
Bibliographie. — Léon Bocquet, Les Poèmes de M. A. Prouvost, Le Belfroi, janv. 1905, et Journ. de Roubaix, 25 décembre 1905. — Charles Le Goffic, Chronique des poèmes. Revue hebdomadaire, 22 sept. 1906.