‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 79 sur 284 · LES PANIERS · texte numérisé non relu

LES PANIERS

...Sur les places, aux fenêtres, aux maisons, aux églises, On ne voit que donzelles et filles fourmiller. Il semble' que ce soit souvent de gros essaims d'abeilles. L'une rit, l'autre saute et une autre se trémousse. Elles ne pensent qu'au plaisir depuis le grand matin. Elles se fourrent partout, aux veillées, aux festins, Aux assemblées de fêtes, aux danses, aux promenades; Mais il leur faut surtout de jolis camarades.

TEXTE

...Sus las pinice, as fenêtre, as mo("son, as moutier,

On ne voit que Don/.ello et Feillo grcvillie.

y semble être souvent das grous jetton d'aibeillo;

L'enne rit, l'autre saute, et n'autrc que j'aibeille;

Ne pensan qu'au plaisi dépeu lou grand maitin;

Le Se fouran pattoat, as voillio, as festin,

As aisserable de Ki'te, as danse, as jiromnenado :

Main y licus fau suttout de jouli camarade.

\. L'extrait du poôme des Paniers que nous publions ici cal cm prunlé à l'ouvrage riti'- phis liaul, de M. Arthur Hossal, Les l'aniiTS jioi-nie pn patois hisoutin, trad. en putois jurassirn jiur F. liaspieler etc. On sait que M. Kossal a traduit tout à la fois la version de liizoï et celle de Kaspieler.

les dansent, elles font les folles, sautent et bondissent )ut comme des chevreaux qui sautent au printemps, les s'en vont levant le nez, comme feraient des biches, 'S filles du commun aussi bien que les riches, intôt on les chatouille, on les embrasse aussi; ;s saloupes ne font que rire de tout, n beau inistifrisé sous le bras les promène, ir les rues, par les prés les mène et les ramène; lies sont plus éventées que des pages de cour, out le jour elles tournaillent et font plus de cent tours» es jeunes malotrus leur content des fleurettes ; lies savent répondre au ton et chantent des sornettes. Elles ont inventé des habits qui nous profitent bien, 'u'on appelle paniers ou bien vertugadins. Iles ont inventé cet habit pour bien beaucoup d'usages, our celles qui sont laides ou qui ne sont pas sages, les déhanchées, les boiteuses et les bossues aussi, .es corps tout de travers ; le panier couvre tout, •uand les filles se sont laissé gâter la taille, nies se les affublent pour cacher leurs merveilles ; nies portent dessous, souvent, de gros paquets ;

Le friagau, lirioulan, ging.in et bczeillan, Tout comme das chevris, que sautaa au printan, L'en vaat levaut lou na coume ferla das biche, Las Feille di coumun, aussi biu que las riche. Tantôt on las gatoille, on las embraisse aitout; Las salonpe no fant que de rire de tout; In bé mistrifrisi su lou brait las prouraenne, Pa las rue, pa las pra, las mënne et las raimenne, Le sont pu aivanta que das Paige de Coiiot; Tout lou jou viroyan et fant pu de cent touot. Das jueiies Gaulegrus lieu contan das tleurette; Le sçant répondre au tou, et chantan das soumette.

L'aut jaubla das haibils que nous proufitau bin : Qu'on aipelle Penie, ou biu Vcrtugadiu : L'ant inventa staibit pou bin bécou d'usaige. Pou celles que sont peutte, ou que ne sont pas saige, Las airanchie, las canche, et las boussue aitout, Las coe tout de traiva: lou pcnie couvre tout. Quand las Feille se sont laisie gâta lai teille, Le se las affublan pou caichie lieus marveille, Elle pouttan desou souvent de grou paiquet

Elles n'en disent rien, se moquent du caquet. Elles sont fines; cette mode est un couvre-malice, L'effet de leur adresse et de leurs artifices. Dans ces habits, elles sont comme des girouettes, Renflées comme des tours, plus larges que des vans. Tu rirais de les voir quand elles entrent dans une églis* Car ce n'est pas pour elles une petite entreprise. Comme de grosses cloches, en ces habits affreux, Elles semblent un battant qui pendille dessous. Chacun en dit la sienne et chacun les satirise. Elles n'ont honte de rien, elles laissent tout dire. Vois !dit l'un, ilsemblequecesoitun gros moulin à vent. — Tu as bien dit, redit un autre; je crois que tuas raiso Celles qui les portent ne sentent rien de bon. Leurs paniers sont remplis de marchandise à vendre, Bien fou qui s'y fie trop; gare de s'y surprendre! Elles sont comme ces rosses [aux] foires tant montrées. Personne n'en veut plus; elles sont des bêtes décriées. Un garçon l'autre jour menant de ces donzelles Promenant sous le bras deux de ces écervelées(?), Ressemblait à ces ânes ou à ces grands mulets

PMle n'en disau rau, su nioiiquan di caquot. Le sont finnes, ste moude ot in couvre malice L'effet de lieus aidresse, et de lieus artifice. Dans cas haibits le sont coume das touncvaat, Renfla coume das touots, jju larges que das vant. Te rire de las voc quand l'entrant dans n'Eglise, Ca ce n'ot pas pou lieus ne pettete eutreprise. Coume de grousse douche, en cas haibits affrou, Le semblau in baittant que pangoille desou. Chaicun en dit lai sienne et chaicun las satire, Ne l'iint honte de ran, elle laissan tout dire. Ga ! dit l'un, y semble être iu grou melin ait vant... Tés bin dit, redit n'autre, y crai que tés raison, Celles que las pouettan ne sentant ran de bon; Lieus penier sont rempli de marohaiudiso ai vendre, Bin fo que s'y fie trop, gairo do s'y surprendre. Le sont coume cas rosses foire tant montra N'un n'en veut pu, le sont das bote daicria : In Gachon l'atitre jou, menant de cas Donzcllc, Proumenant su lou bret dou de cas Gaulemello, R sscmbla de cas ânes ou de cas grand mulut.

li portent des paniers qui pendent çà et là. ;s dames qui étaient sages et se moquaient des folles, )mmencent d'en porter, tout comme ces écervelées. 'ec cette mode-ci, nous ferons nos choux gras...

Que pouettant das penie que pendant çai qu'ai let. Das Dairae qu'étint saige et se moquin das foule, Commençan d'en poutta, tout coumo cas brioule, Aivo ste moude qui nous feran nos chos gras...

ADRIEN DE LEZAI-MARNESIA

Né en 1730, à Metz selon les uns, à Besançon selon les a très, Claude-François-Adrien de Lczaî-Marnésia appartenai une vieille famille comtoise. Il servit dans le régiment du i avec Vauvenargues, et habita par la suite, jusqu'en 1789, sa tei de Saint-Julien, près de Lons-le-Saulnier. Il avait eu, dans jeunesse, pour précepteur Cl. -M. Giraud, qui, poète lui-mèn l'encouragea à cultiver les Muses. Généreux et humain, Lezi Marnésia abolit la main-morte et la corvée sur ses terres Ion temps avant qu'il fiit question de cette réforme. Cela ne l'c pccha point d'être persécuté au moment de la Révoluti française. Député du tiers, il s'exila en 1790, revint en 1792 languit dans les prisons bisontines. La chute de Robespie le sauva. Il vécut par la suite dans sa province et se livra toute sécurité à sa passion des belles-lettres. Son Essai sur nature champêtre, poème en plusieurs chants, publié d'abord 1787 (Paris, Prault, in-8»), puis réimprimé avec des modifi< lions, sous ce titre Les Paysages (Paris, Louis, 1800, in-8»), \'i née môme de sa mort, a fixé sa réputation. Philippon La Mat leino a fait l'éloge de cet homme de bien, dont los vers, p( manquer de force, n'en sont pas moins d'un honnête agréme « ... J'ai eu, dit-il, le bonheur d'être lié avec lui, et je conserve souvenir bien cher des jours que nous avons passés ensemi dans ses beaux jardins de Moutonne. C'est là que je l'ai composer son llpftre à mon Curé, où la plus douce sensibil s'embellit des cJiarmes de la plus douce poésie. Il ne voulait j la publier ; ce fut moi qui, presque à son insu, la fis insérer di VAlmanach des Muses... » Elle parut en effet dans cette feui en 1780.

Bini-IOORAIMIIK. — S. Philippon La Madeleine, Dict. porte des poètes français, etc., Paris, CapcUo et Renaud, 1805. Eug, Tavcrnier, La Poésie et les Poètes en Franche-Comté av( le dix-neuvième siècle, Paris, Lomcrro, 1886, in-S».

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