‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 92 sur 284 · LOINTAINS SOUVENIRS · texte numérisé non relu

LOINTAINS SOUVENIRS

Le vieux chemin du nord, derrière la colline,

Serpente au bord du bois, abrité du soleil :

j'est un endroit désert d'oii le regard domine

Jn horizon bleuâtre et vaste, aux mers pareil.

Là-bas... là-bas... ce sont les Vosges solennelles;

Plus loin encor, les monts d'Alsace, vaporeux :

Pour aller vers la plaine, on prend des sentiers creux

3ù la mûre noircit à côté des prunelles.

Vh! que de fois, tout seul, sur le chemin du nord,

Dans des terrains marneux, mordus par les ornières,

le rêvais, à cette heure où le soleil s'endort,

3aignant le ciel brouillé de ses pourpres dernières!...

L'obscurité paisible emplissait les forêts.

iwics oiseaux se taisaient déjà dans l'ombre grise,

lii, frileux, je tremblais pur moment sous la brise,

Jaleine de l'automne aux soirs brumeux et frais.

5ur les routes, parmi d'anciennes fondrières,

Des chariots grinçaient, cahotants et lointains,

lit de lents Aa;relus, aux tintements éteints,

Vibraient, mystérieux ainsi que des prières;

^es pieds trempés de bouc et les yeux attentifs,

'e m'arrêtais, dompté par le calme des choses.

Trouvant un charme exquis dans ces brouillards moroses

A des rêves de paix dans ces clochers plaintifs.

3t quand, sur ce pays divinement sauvage,

La nuit s'épaississait, absorbant les contours,

Je reprenais pensif le sentier du village,

Entre les bois obscurs et de vagues labours.

1. Ernost Figurey, Charles Grandmoiujin, Rouen-Artiste, 1896.

Après la libre course en pleins champs, en plein rêve, Qu'il est doux de rentrer en automne, le soir!... Les vitres des maisons luisent, Vénus se lève, Et les bœufs, en meuglant, marchent vers l'abreuvoir.

Des claquements de fouets, des grincements de roue

Se mêlent sur la route à des jurons patois,

Et là-haut la fumée, où la brise se joue.

Tord ses moutonnements au-dessus des vieux toits ;

Pour la soupe du soir on allume les poêles : Leurs gueules, scintillants points d'or, charment les yeux A travers les cari*eaux leurs rougeoiments joyeux Naissent comme un essaim de terrestres étoiles!

L'air est plein de l'odeur des vaches et des bœufs, La nuit prête un mystère et des formes lointaines Aux groupes ébauchés dans les chemins bourbeux... Et l'on entend chanter d'invisibles fontaines!...

{Choix de poésies, 1900.)

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