‹ Les poètes du xixe siècle, période romantique: période romantiqueChapitre 13 sur 24 · I. " L'HOMME, L'ÉCRIVAIN, LE POÈTE · texte numérisé non relu

I. " L'HOMME, L'ÉCRIVAIN, LE POÈTE

Alfred de Vigny appartient à la forte race des penseurs profonds et solitaires, qui ne font pas de l'art pour l'art, mais qui ont la prétention d'exprimer des idées. Il n'est pas toujours aimable ni brillant; mais il attache, il fait réfl'-chir, il passionne par sa grandeur triste et sa majesté hautaine. Ce n'est pas le cri de son cœur, c'est l'histoire de l'humanit*''., ce sont les destinées du monde que ses poèmes nous racontent.

Sa famille était noble depuis la fin du xvi" si<;cle. Un peu de vanité lui fait écrire quehiue part : e Mes pores

J'ai mis sur le cimier doré du geolilhomme

Une plume de fer qui n'est pas sans beauté.

J'ai fait illustra un nom qu'on m'a transmis sans gloire.

Qu'il soil ancien, qu'importe ? il n'aura de mémoire

Que du jour seulement où mon front l'a porté.

Cette fierté nous plaît quand il dit, parlant de ses

aïeux :

La plupart de ses ancêtres servirent à l'armée. Son père, blessé pendant la guerre de Sept Ans, s'était marié, au début de la Révolution, avec la fille de M. Baraudin, chef d'escadre de la marine royale. Pendant la Terreur, les deux époux furent jetés dans les prisons de Loches, ville qu'ils continuèrent d'habiter plus tard. C'est là que, le 27 ^nars 1797, naquit leur fils Alfred- Victor. Mis de bonne heure au collège à Paris, l'enfant se déplaît dans ce milieu triste et froid. L'épopée impériale éveille sa jeune imagination. « II me prit alors, dira-t-il plus tard, un amour vraiment désordonné de la gloire des armes. « A seize ans et demi, il quitte le collège et obtient aussitôt (on était en 1814) un brevet de sous lieu tenant aux escadrons nobles des gendarmes rouges, pendant que Lamartine entrait aux gardes du corps. De Vigny ne garda pas

Somnambule), les poèmes judaïques (la I-'iUe de Jephté, le Bain, la Femme adultère}, les poèmes modernes (la Prison, le Bal, le Mathew). Ce volume n'était pas signé et ne fut pas remarqué.

Mais, ô. cette date, il écrivait Moïse, c'est-à-dire la solitude de l'âme dans te génie, poème d'une grande élévation et d'une poignante mélancolie. Le législateur hébreu est fatigué de marcher devant tous « triste et seul dans sa gloire » .

u pièces «(aient cependant <l£jil c>

Elle écoute, avec inquiétude, avec otonnement, 'oix du séducteur ;

n'as jamais compris ce qu'on trouve de eliarmes rêseiiter son sein pour y cacher des larmes.

ns, il esl un bonheur <jue moi seul l'apprendrai; s ton àme et ju l'y répandrai.

Entraînée par les paroles troublantes de l'ange déchu, elle s'abandonne à lui, elle est perdue pour le ciel. Elon est peut-être la plus parfaite poésie mystique qui existe dans notre langue.

De Vigny écrit dans la Musc française à côtt- de Victor Hugo et de Soumet, Il vient de \'incennes aux réunions de l'Arsenal, chez Nodier. Hugo est à ce moment très lié avec lui; lors de son mariage (1822), il le choisit comme témoin.

En 1823, de Vigny, promu capitaine, est di'signé pour faire la guerre en Espagne ; il est heureux de pouvoir « appliquer aux actions les pensées qu'il aurait pu porter dans des méditations solitaires et inutiles ». Mais il doit rester avec ses soldats au pied des Pyrt'nées, en de(;à de la frontière. Il en profite pour évoquer l'âme de Charlemagne et de Roland, dans son beau poème devenu classique : le Coi: Rarement le

C'est cependant cette « distraction qui le soutenait, le berçait et lui parlait à l'oreille de poésies et d'i'^motions divines nf''es de l'amour, de la philosophie et de l'art a. Il songeait ou on songeait à le marier; il avait beaucoup plu à Delphine Gay; mais la mfire du po<''te ne voulut pas de cette mi''Salliance. Il cpousa eji 1828 une Anglaise, belle et de grande famille, Lydta Bunbury. Leur vie fut heureuse en apparence; mais i!s étaient, au point de vue intellectuel, trop loin l'un de l'autre pour que lasympatliie lût compli-tc.

(,"est entre l^2'2 et l><^<'} que se place la ])ublication les principales œuvres de de Vigny. En 18:i*i paraissent

veries interminables. Sa sensibilité est devenue trop vive; ce qui ne fait qu'effleurer les autres le blesse jusqu'au sang; les affections et les tendresses de sa vie sont écrasantes et disproportionnées, et ses enthousiasmes excessifs l'égarent. » N'oubliooâ pas que nous sommes en pleine période romantique (1832), C'était là du reste une idée chère à, notre poète : la supériorité intellectuelle regardée comme un fléau. Donc, si l'Etat ne donne pas au poète < une mansarde et du pain > , il ne lui reste qu'une ressource, le suicide.

De Vigny allait conquérir au théâtre une renommée sinon plus durable, au moins plus éclatante.

Aux environs de 1830, on songeait de tous côtés à renouveler le théâtre. De Vigny a joué un grand rôle,

avaient préparé le terrain; puis vint !e manîTeste de Victor Hugo dans la Préface de Cromwell ; puis Henri Ul d'Alexandre Dumas, c'cst-A-dire l'apparition du drame en prose; avec de Vigny apparaissait le drame en vers.

Le 24 octobre 1S29, il fit représenter au Théâtre-Français une traduction en vers d'Olhelio ou le More de Venise. « Cette future représentation d'Of/ieiio, écrit Dumas dans ses Mémoires, faisait grand bruit. Quoique nous eussions mieux aimé être soutenus par des troupes nationales et par un général français, nous comprenions qu'il fallait accepter les armes qu'on nous apportait contre, nos ennemis du moment, de l'instant surtout où ces armes sortaient de l'arsenal de notre grand maître à tous, Shakespeare! « S'il y avait grande joie au camp romantifiue, il y avait grand émoi du côté des classiques, effrayés des hardiesses de de Vigny, osant parler de « mouchoir » sur la sci'-ne du Théâtre-Français. « Dans cette œuvre, dit Henri Heino, M. <le Vigny a sondé plus profondément qu'aucun de ses compatriotes le génie de Shakespeare. » C'était une attaque . très vive contre le style noble de la tragédie classique. Il fallait, disait l'auteur, « refaire rinstrument (le style) et l'essayer en public avant de jouer un air de son in-

(1) Dans la riotico itii prûoicio sa Iraduction ilu Shakespeare, (il Racine et S/iakc»peare.

;t panache de Dumas et de Hugo. Le public, dit l'auteur, R était mûr pour les développements lyriques et philosophiques, pour Vaction toute morale ». L'idée de Chatterton était dans l'air ou au fond des consciences; de Vigny eut la gloire de la fixer, de la réaliser dans un type.

A partir de ce moment, de Vigny semble vouloir rentrer dans l'ombre : il publia encore Servitude et (irandeurs militaires, trois récits en prose d'une grande beauté (18^5), et quelques magnifiques poèmes, dont la plupart ne furent connus qu'après sa mort. Après plusieurs échecs, il entra à l'Académie le 8 mai 18'.S(1).

Pendant vingt ans il vécut pour ainsi dire avec ses pensées, retiré le plus souvent dans ses terres, au fond de la Charente, passant à Paris quelques mois sans se

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" Cet autre

Nous n'avons pas dit jusqu'ici ce qui fait surtout son originalit/; : il est le premier et le pliis grand de nos puMes pliilosophes. Il est de la famille des Lucrèce, des Dante, des Gœthe, quoiqu'il leur soit inférieur par lexi'-cution; il est, au point de vue philosophique, très siipiTieur à Lamartine et àHugo, et il a ouvert la roule dans laquelle sont entrés après lui M"" Ackermann, I.econle de Lisie et M. Sulty-Prudhomme,

Si depuis 1S.'Î5 il ne publiait presque plus rien, l'ao livili' de son esprit ne se ralentissait pas ; la preuve en I SI dans les quatre-vingt-trois cahiers manuscrits (l) r|ui contiennent l'histoire de sa vie morale. Il se retirait dans sa « tour d'ivoire o suivant le mot de Sainte-Beuve 'jui ajoutait : n Alfred de Vigny ignore les choses de la vie et veut les ignorer ; il vit dans une pn-pétiu-Ue hcd- Inrination sét-aphi'nie ». Celle même impression se dé- ;.'age des lignes suivantes de Dumas : « De Vigny ne

est (oi(( pour moi », écrivait-il. Ce qui le faisait poi'io, cVst que ses idées se transformaient en images. Mais ces images n'étaient pas, cooame ciiez d'autres, la parure (''clatanle d'iuie pensi'c commune; elles recouvraient toujours des idées. Ces idées n'étaient pas pour lui quelque chose de froid et d'abstrait; elles s'animaient, vivaient, l'échaaffaient. II éprouvaitune étrange volupté à en «jouir», à les « posséder» dans une sorte «d'extase morale». Aucune parole ne lui paraissait assez pure pour les exprimer. « Lorsqu'on fait des vers en regardant une pendule, f'crit-il, on a honte du temps que l'on perd à chercher une rime qui ait la bonté de ne pas trop nuire à l'idée.» On comprend alors son apparente stérilité.

Il aurait voulu contempler tn silence sa Pensée. En lui «la rêverie continuelle tuait l'action» comme dacis Cliatierton. Le pocte ne devait pas se mêler au mondt>; il devait l'instruire et l'éclairer de loin en loin en produisant et répandant quelque idée. Mais il ne croyait pas que les créateurs de pensées dussent les appliquer aux choses. De là son dédain pour la politique » qui se réduit à l'action de manier des idiots et des circonstances», — «En politique, dit-il, je n'ai plus de cœur. Je ne suis pas fâché qu'on me l'ait ôté ; il gênait ma

Quand il fut abandonné par elle, il en soulTrit cruellement. «Oui, amour, tu es une' passion, mais passion d'un martyr, passion comme celle du Christ, s Après cette di;cep(ion, ajoutée à tant d'autres, il va de plus en plus se réfugier dans les «saintes solitudes u; il va chercher «une retraite où l'âme puisse se recueillir en elle-même, jouir de ses propres facultés et rassembler des forces pour produire quelque chose de grandi). Cette retraite, cette solitude, ces méditations continuelles ont produit le pessimisme le plus sincère et le plus désolé qu'il y ait dans notre littérature.

Tel e.st l'homme, tel est le poète. L'écrivain n'a pas la brillante facilité que l'on admire chez certains roraantiquei^; il manque d'abondance et de variété; il manque de souplesse dans l'imagination ; il a le soufOe un peu court; !'arti.ste en lui est infi'rieur au philosophe et au créateur de symboles. Mais, sans parle* de la beauté poétique de l'idée, il a un style simple, pur,

travail des livres et la recùercne ae i expression nous conduisent tous au paradoxe, j'ai résolu de ne sacrifier Jamais qu'à !a conviction et ;ï la vérité, aGn que cet i'l(!'ment de sincérité complote et profonde dominât dans mes livres et leur donnât le caracti-re sacn> quedoit donner la présence divine du vrai, «Enfin il alegoùt, le sens de la mesure. «L'art est unevéritt'- choisie», disaitil. Surtout c'est un précurseur. Plus que tout autre et avant toiit autre il a eu !e sentiment de !a rénovation nécessaire dans la poésie. oChez Alfred de Vigny, remarque Sainte-Beuve, on cherche vainement union et parenté avec ce qui précède en poésie française. D'où sont sortis, en effet, Moise, E(oa, Doiorida? Forme de composition, forme de style, d'où cela est-il inspiré? »

En 1815, avant la publication des poésies d'André Chénier, il retrouve le sentiment antique {la Dryade). En 1829, avant Victor Hugo, il fait représenter et applaudir le drame en vers. Enfin il est non seulement le plus grand, mais le premier en date de nos poètes philosophes. A la fois idéaliste et pessimiste, il les dépasse tous par la force de la pensée. Il n'a pas seulement de vagues aspirations philosophiques, il a un système qui est sorti de longues et douloureuses méditations. Aussi dans toutes ses poésies y a-t-îl quelque chose de général et d'universel qui en augmente la grandeur et la force. Il est le plus original, le plus puissant de nos poètes symbolistes.

Je voudrais insister davantage sur la philosophie propre à Alfred de Vigny, c'est-à-dire sur son pessimisme, et en étudier la nature, les causes et les con- S(''((uences. Nous n'avons pas ici affaire à une âme basse poussée par de frivoles mobiles, mais à une âme d'élite, à une Ame noble et fière entre toutes, que seules de solides raisons ont pu fixer dans un système. l 'îierchons ces raisons.

Quelque original, quelque séraphiqiie qu'il soit, de Vigny n'a pas pu échapper à certaines influences que toutesagéni'rationasubies.il souffre comme les autres, plus fortement peut-être que les autres, de ce ((u'on iippelle le mal du siède, fait de tristesse, d'ennui, de doute, d'orgueil et de vanité. Après la Révolution, après tant d'espérances et de déceptions, après tant de .s:ing et de larmes, la sensibilité nationale a besojn d'une httérature qui ne soit pas en désaccord avec ses douleurs et ses tristesses. Les écrivains classiques sont trop calmes et trop sûrs d'eux-mêmes. On demande

teaubriand. On est surtout épris des héros mélancoliques ou des Titans blasphémateurs. Seulement do Vigny ne fera pas de cette tristesse et de cette révolte une attitude littéraire et mome}itanée : il s'en pénétrera, il en sera touclié à fond, et cela jusqu'à son dernier jour, 11 dut lire dès 1818 rAUe^naçine de M™" tic. Staël, qui, elle aussi, songeait à l'énigme de la destinée humaine et avait compris l'importance de la philosophie, de la méditation, de l'enthousiasme et du sentiment religieux. Un Allemand, Gervinus, appelle « séraphiques » les poésies de de Vigny et ajoute ; « On a vu ce fait presque incroyable que la muse française rappelait alors la muse de Klopstock. » Chateaubriand lui enseigne Je désenchantement. Byron, par ses révoltes et ses blasphèmes, l'attire et le séduit. En 1822, dans la préface des Poèmes, il parle de « mêler la poésie aux souffrances de nos âmes > ; et il ajoute : c A présent, iérieuac comme notre Reliijion ri la Destinée, elle (la poésie] leur emprunte ses plus grandes beautés » (1).

C'est ce qu'on a appelé son éducation pessimiste par les livres (2 1; voici maintenant son éducation pessimiste par la vie.

Il avait ou croyait avoir un goût très vif pour la vie militaire. Voyez comme il parle de sa nomination au

(H K. Fa^ict, Etiidet iftirraircs tur le XIX- iiécie, i»<: (U'ct'ne et Uudiii).

M. l'alOolugiit, Al/reif de Vigny (Haclietle, 1891). — Doris.,n Alfred de Viarty, poùte p/iiloaophe (Colin],

■ 2) Doi'ison, op. cit. (Première partiel.

cl je ne pensai plus qu'à m'élever à la taille d'un soldat, » Op cette vocation militaire fut, comme l'on sait, oontrariée. Il rêvait les exploits et la gloire; il tiouva la paix, la vie de garnison, un lent avancement. Di'goûté, il donna sa démission en 1827 : ce fut sa première déception, et elle fut très vive. Il a écrit plus tard (18H2) dans son Journal : « La sévérité froide et un peu sombre de mon caractère n'était pas native. i;ile m'a été donnée par la vie. Une sensibilité extrême, refoulée dés l'enfance par les maîtres, et r l'armée par Irs ofriciers supérieurs, demeura enfermée dans le coin lo plus secret du coeur. Le momie ne ri'( plus, pour j'iinnis, que les îdres. » Dans une lettre à Brîzeux (1K!1), on trouve cet aveu : t Ce n'ext que •■ela! me (lis-je, après avoir mis mes épaulettes. Ce n'est i]ue rela! J'ai dit ce raot-tà depuis de toutes choses et je l'iii dit trop tôt. De là ma tristesse née avec moi, il est' vrai, mais pas si profonde qu'à présent, et au fond assez douce et pleine de commisération pour mes frères (11- douleur, pour tous les prisonniers de la terre, pour tous les hommes. »

l 'arleronsnous aussi du désir qu'il eut, un peu avant |s3l), d'entrer dans la diplomatie, comme Cliateauhriand et Lamartine, désir qui ne se réalisa pas? Cet

Il se retire de plus en plus dans la solitude : il en

souffre et il la chérit : « A cette date (1832), de Vignyest dé fi ni ti veinent isolt' : trahi par Dorval, attaqué par Planche, brouillé avec Victor Hugo et Dumas » (1). Peut-être même l'auteur (car enfin dans l'ange il est encore de l'homme) avait-il souffert du peu de succès qu'avaient obtenu ses Poèmes (1822) et ses Poèmes antiques et modernes (1H26). C'est alors que parut Stello (1832).

De tout temps son esprit, fait de délicatesse et de fierté, avait été froissé douloureusement de la disproportion qui existe entre l'idéal et la vie. De bonne heure il considéra le génie comme un don fatal (Moisc). Sa tristesse native, quelques déceptions personnelles, de longues méditations solitaires pousseront cet idéaliste vers (a révolte et le pessimisme.

Son pessimisme est très haut, très sombre, très philosophique ; il n'est pas en réaUté causé par ses praprea

|]1 Dorison, i^p. 'U., p. ôO.

fln de chaque jour lorsqu'il s'est passé sans malheur.i» — * Condamnés à la mort, condamnés à la vie, voilà deux certitudes. Condamnés à perdre ceux que nous aimons et à les voir devenir cadavres, condamnés à ignorer le passé et l'avenir de l'humanité et à y penser toujours ! Mais pourquoi cette condamnation ? Vous ne le saurez jamais. Les pièces du grand proci.-S sont brûlées : inutile de les chercher. » C'est d'une tristesse sombre et hautaine : l'esprit de révolte va bientôt souffler. Voyez te plan de la pii;ce suivante : Eli-vntion. — Dieu voit avec orgueil un jeune homme illustre sur la terre. Or ce jeune homme était très malJieureux et se tua avec une épée. Lorsque son âme parut devant Dieu, Dieu lui dit : n Qu'as-tu fait? Pourquoi as-tu détruit ton corps? » LVime répondit : « C'est pour t'affliger et te punir. Car pourriuoî m'as-tu créée malheureuse? Kt jiourquoi as-tu créé le mal de l'âme, le péché, et le mal du coi-ps, la soutl'rance? Fnlkiit-il te donner ptiis loni/tcmps te npf-tnrlc de mes doul'-urs? »

Voici un autre plan : « Un adieu. — Poème. Drame. — ■ La question serait (jue l'homme est plus grand que la Divinité, en ce sens qu'il peut sacrifier sa vie pour un principe, tandis que la Divinité ne le peut pas. K

ce qui est vie. Il paraîtra et parlera ; il dira clairement pourquoi la création et pourquoi la souffrance et la mort de rinnocence. En ce moment, ce sera le genre humain ressuscitt^ qui sera le juge, et rÉternel, le Créateur, sera jugé par les générations rendues à la vie.

• II viendra se justiQer à Josaphat. Sera-t-il temps après vingt mille ans peut-être de maus dans la vie et après la vie? »

Le blasphème tranquille et hautain ne peut guère aller plus loin. Parfois la colère et l'indignation se montrent davantage. « La terre est révoltée des injustices de la Création; elle dissimule par frayeur de réternité, mais elle s'indigne en secret contre le Dieu qui a créé le mal et la mort. Quand un contempteur des dieux parait, comme .\jax, ûts d'Oïlée, le monde l'adopte et l'aime, tel est Satan, tels sont Oreste et don Juan. — 7'oi(s ceux qui luttèrent conb-e le Ciel injuste ont eu Fadmii-ation et l'amour secret des hommes. »

Ces conceptions philosophiques sont d'accord, d'après lui, avec le christianisme. Car c l'Evangile est le désespoir même ». Rappelez-vous dïins le Mottt des Oliviers Jé^us parlant à son divin père qui ne répond pas aux cris d'angoisse de son fils :

Mais jo vais la quiller, celte indisTome terre, N'ajanl que soulevé ce nianleau de misère Qui l'entoure à grands plis, dr:i|> lugubre el fatal, Que d'un bout tient le Doiiic et <le l'autre le Mal.

Le juste o/j/nwtva le di'tlain, à l'ubuenrc Et ne n'ixmdra plu» que par 'in froid ; Au êilence éternel de la Oirinitê.

Nul écrivain n'a jamais dépassé ni même atteint la hauteur dédaigneuse de ce « froid silpi>';s ».

Si le ciel est aveugle et sourd, si Dieu est cruel et injuste, l'homme ne peut-il pas se réfugier dans le sein de la Nature? Relisez la Maison du Umia-, et vous verrez la réponse de la Nature :

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