‹ Les poètes du xixe siècle, période romantique: période romantiqueChapitre 15 sur 24 · I. - SA VIE, SES ŒUVRES, SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

I. - SA VIE, SES ŒUVRES, SON CARACTÈRE

On peut à V. Hugo préférer Lamartine ou Musset : mais il faut reconnaître qu'aucun nom n'a eu dans notre siècle le retentissement du sien. Pendant plus de soixante ans ce nom a été prononcé tantôt avec enthousiasme tantôt avec colère, non seulement par les lettrés, mais par la foule elle-même. Plusieurs éléments ont contribué à former et à entretenir cette gloire et cette popularité : son génie d'abord et le rôle littéraire qu'il a joué ; puis son rùie politique, son exil, sa lutte avec l'Empire, sa rentrée en France après la proclamation de la Urpublique. A nous placer au point de vue purement littéraire, on peut remercier l'Empire «lu bien qu'il a tait au poète. Après une période de grand éclat, l'astre <io V. Hugo déclinait. Au thé;ilre, on applaudissait Ponsard, Ujie nouvelle génération arrivait qui voyait surtout les exagérations du romantisme et demandait plus de naturel, de simplicité et Je vérité, li'exil, non seulement retrempa et renouvela le

jours ic souvenir a images spientiiaes, qo visions éclatantes qu'il répaiulra dans ses écrits. A onze ans il est avec sa mère à Paris, dans le quartier presque désert du Val-de-Gràce, dans une vieille maison de la rue des Feuillantines. La mère iic s'occupe 'guère de diriger l'éducation de ses fds. Victor lit avec passion. Il se destine un instant à l'Ecole Polytechnique, mais bientôt se tourne résolument vers les lettres. A quatprae ans il écrit : « Je veux être Chateaubriand ou rien. « A quinze ans il est couronné par l' Académie fran'çaise. Le sujet proposé était ; « Le bonheur que procure l'étude dans toutes les conditions de la vie. » Un des juges appelle le jeune lauréat » successeur de Malfildtrc. t> Il est aussi couronné deux fois par les

■ 1' CValdu Liiums l'I' qui; dit V. Hugu. Nous discuterons i>Ki>

littéraire.

Il fonde avec ses frères un journal; le Conservuleur Uitéraire; il écrit des romans : //an d'lslande''(182^), Biirj:!arficd (écrit en 1818, remanié et publié en 182fi) ; de nouvelles Odes (18:^4) ; des Odes et Ballades (Ifâlï). Puis viennent Je* Orientales (1829) et eu même temps le Denitec jour d'un condamJic, plaidoyer, sous forme de roman, contre la peine de mort; len Feuilles d'automne (1831); ies Chnnts du crépuscule {iti'ib) ; les Voix intérieures {IS'Jilj ; le^ Hayons et les Ombres (1840) , Notre-Dume de Paris, roman (1831) ; Utlrrature et Philosophie mtHèi'S (IH'M) ; le Rhin, impressions de voyage (1842). ■

La poésie, le roman, la criti({uo ne suffisaient pas à , cette dévorante activité. Le thé;\lre le tentait. Il avait liAte de paraître à cette tribune retentissante. Ses d(''buts ne furent pas très heureux. En lKi*7, il publie Crnmwell, drame non joué et injouable, précédé d'une célèbre préface dont nous parlerons pbis loin. Le 13 février 18'28 il fait jouer à l'Odéon, sous le nom de son jeune beau-frère, Paul Fouchér, un di'ame : Amij Itobsart, tiré d'un roman de Walter .Scott ; ce fut une chute lamentable. Il écrit (en juin I6'2'f} Marion de

haute valeur, on (loiinaii soumettre cette observation aiiv personnes qui affirment que la Révolution de Juillet a élé nuisible à l'art. Il serait facile de démontrer que cette grande secousse d'alTranchissement et d'émancipation n'a pas été nuisible à l'art, mais qu'elle lui a ftù utile; qu'elle ne lui a pas été utile, qu'elle lui a été nécessaire. La censure mirrait le tliéiltre. Or la censure faisait partie intégrante de la Restauration: l'une ne pouvait disparaître sans l'autre. 11 fallait donc que la révolution sociale se complétât, pour que la révolution de l'art pût s'achever. Un jour, juillet 1830 ne sei'a pas moins une daie litiéraire qu'une date politique. » [Préface de Marioit de Lorme.) L'auteur ne va pas tarder à être moins enthousiaste du gouvernement de Juillet. Le Roi s'nmuse (lS32iest interdit après la preraii-re représentation. « L'apparition de ce drame au théâtre, dit V. Hugo, a donné lieu à un acte ministériel inouï... La suppression ministérielle d'une pit'Ce de théâtre attente à la tibertr- par la censure, à la propriété par la confiscation... Le gouvernement de Juillet est tout nouveau-ué, il n'a que trente mois, il est encore au berceau, il a de petites fureurs d'enfant. Mérite-t-il en effet qu'on dépense contre lui beaucoup de colère

face.i Non content de cette préface, le poète pronon(;ji, le l'J décembre 18!!:.', un discours devant le tribunal de commerce « pour contraindre le Tlii'';\trc-Français il représenter et le gouvernement à laisser rcpi'ésenter In Iliù s'amuse. » Malgré prrface et discours la pii'ce resta interdite. Sans se décourager, V, Hugo écrit trois drames en prose, Lvi-ri:ce liorgin (iKi'.i), Miirie Tmlor (IH'SJ), Anijiin, t\jfnn de l'udoue (IS^iô). Il revient à la poésie avec Ruy-THns (1838) et tes liurijraws ns'i:t). L'insucci^s de cette dernière pièce l'èloigna définitivement du tlirâtre.

Sans abandoimer la littérature il va se lancer dans la politique qui depuis longtemps attire son ambition.

Nous ne croyons pas devoir insister sur ses changements d'opinion. Dans une longue existence ces changements sont parfa.itement légilimes, quand ils sont désintcresst'S- Il a répondu lui-même à cette accusation. 11 a marché avec le siècle. Si^ulcmciit il faudrait voir si une vanité blessée ou une ambition di\-uc n'a pas été plus d'une fois cause de ces variations, Qiio qu'il en soit, e ses premières opinions, c'est-à-dire ses premières illusions avaient été royalistes et vendéemics. » (Préface du M-rim de Lonne.) Donc il est d'aburd ruyalisie .-1 eallinliiiue. Puis, a|ié>tre do la lil>erté dans l'arl, il i-ôvc aussi la liberté dans le :ïou-

gende des Siècles (1859), c'est-à-dire ce que la satire, le

lyrisme, l'épopée ont produit de plus puissant et de

plus parfait au xix' siècle, enfin ies Chansons des rues

et des bois (18fJ5), qui n'apparaissent pas comme un

în prose, des romans qui touchent à l'épopée :

blés (1862), les Travailleurs de la mer (1866),

qui rit (1869) ; des études critiques c

Siècles iI877, lesi),- l'Art d'être grand-pcrc (1877), la Pitiésuprême (1879), Reli'jions et Relijjion (18H0), les Quatre vents de l'Esprit (l^\); en prose le roman de Quatre-vingt-treize (1874).

1) avait rti'- élu sénateur de Paris en ■187r]. Il mourut le 22 mai 1885.

Le gouvernement, la ville, la population lui firent de aplcndides funérailles et accompaijnèrent en grande pompe son corps au Panthéon. Ce n'était pas seulement le poêle que l'on célébrait ainsi, c'était l'homiTie politique, le démocrate, le libre pejiseur, l'exilé de Giiernesey, le vieillard qui était venu s'enfermer dans Paris assiégé. La France et Paris s'honoraient en l'honorant.

Il laissait en manuscrit plusieurs volumes de prose et de vers que ses exécuteurs testamentaires doivent publier d'année en année (I).

Nous connaissons maintenaiit quelques-uus des fails les plus imjKîrtants de sa vie. Mais l'homme, morale-

s te Pi'pe, VAne, Tori/iK

mai/ii. Depuis sa inorl onl Olo publiés (e Tlu-ùtre en, liberté, la Fin <le Snlan, Clio»ea eues. Toute la lyre. En BOj/age, Dieu.

ill On viTr,-i plus loin l'admiration <[uv jo ]irorcssp pour le fri'iiic (le V. llii^o. Los liLlailfi ipio je vais doinur, ji' k's donno ]iour ÉliL- ciHiiiik't pt partv iprils soûl do iioloi'iùù publique;. \a ]iii~[é['iti; oubliera l'Injiuiiio |ou li.MraTislbrmcra)cl ui; von-a qui; le

avait i:U'^ donné par Joseph et ne fut jamais porté à Parmorial de l'Emiiire.

Dans sa vanité il se fait le centre de tout ; il s'admire naïvement. Il trouve naturel de dire qu'il fait « son métier de flambeau »,

H n'est pas méchant, mais il n'est pas magnanime. 11 ne pardonne pas à qui a offensé sa vanité ou blessé son amour-propre. Ses rancunes aoni terribles el tenaces. Veuillot et Nisard ont été brutalement punis d'avoir méconnu son gé'nic. Il n'a pas le sentiment ou l'iiislinct du ridicule. Il n'a pas de tact ni de délicatesse. Il se met maladroitement dans une position équivoque et s'étoinie qu'on s'en aperçoive : lui ne s'en est pas aperçu. A l'Assemblée législative il est interrompu par les cris de la droite, où il siégeait quelqui'S mois auparavant, n Quoi ! a'écrie-t-il, je vous suiy suspect ! Vous te dites ! »

Ce manque de tact et de délicatesse fait qu'en somme, inalirré toule sa bonne volonté, il n'est pas aimable. On l'admire. I! ne plaît pas.

Il y a du pédani chez lui. Il aime ù cilerâ la lîle des noms jiropres e^lraonlinaircs. C'est peut-être de l'onidition ; cela |i;u-aLt être du cliarlatanisnie. On dirait qu'il veut en iuqioserâ ses lei'Ieurs. Il discute toutes les (piostions non seulcinejit littéraires, mais politiques, soeiuU.'S et philosophiques, sans les avoir sullisamment

teries sont énormes. Il se moque des écrivains sobres,

et il n'a pas tout à fait tort. Mais \ui-méme est un peu trop intempérant.

Sa sensibilité n'est pas très grande : Je jiarle bien entendu du poète, de l'écrivain, et non de l'homme privé. On pourrait m'arrêter ici et me dire qu'il n'est pas nécessaire, qu'il est même mauvais qu'un écrivain soit trop sensible ; qu'il est peu délicat d'étaler dans ses vers ou dans ses proses ses amours et ses tristesses. Je connais cette théorie de l'impossibilité. Je ne la méprise pas. De merveilleux artistes t'ont soutenue et se sont efforcés 'de l'appliquer. Nous la retrouverons et la discuterons en temps utile. Je ne crois pas qu'on doive la soulever à propos de V. Hugo, C'est la nature même de son génie qui est cause (nous ie verrons plus loin) de son manque de sensibilité. Ce n'est certes pas lui qui a écrit les plus beaux vers d'amour qu'il y ait dans notre langue ; il faut aller les chercher dans les œuvres de Lamartine ou de Musset. Un critique très pénétrant, M. Faguet, lait remarquer « que ses vers de jeunesse ne sont pas des vers d'amour, chose, ajoute-t-il, à peu près prodigieuse dans la vie des poètes et même de tous les hommes >.' Ce n'est que plus tard, en pleine maturité, qu'il chan-

Voycz-voQS, nus curarils nuus sout-tiieii uijcoasair Seigneur; quand on a vu dans sa vie, un matin, Au milieu de» ennuis, dos peines, di;s misères, Kl do l'omiii'e qu^ fait sur nous noli« duslin,

Apiiaiiiitre un enfant, ti'^le cluTe et s.icrce,

Putil Ôlre joyeux, Si lietiu, ()uV)n a cru *;iv s'ouvi-ir à snn enti-ée

Uni! porte des ciuux;

(Juaiid on a vn seize ans de cet auire soi-même Cixiili'e la gi'rtcc nim.ihle et la douce i-aisun; Lor«<|U'on a rceonnu i|uo cet oiifanl qu'on :iimo Fait lu jour dans mtti'e Ame et dan» notre m:iisnri

Que c'est la seule joio ici-bas qui persislc

Considùrei qui? i'"esl une rliose bien triste

(Il Let Contemplaliom, 1

traite ; elle se perdait dans la description et la péri-

(1) A consull.T sur V. Hus-'o : E. Birâ, V. Hu-io nvnnt 1830 (1 vol., 1SK:1|; V. Hagi} après 1830 & vol, IJWlr, V. Hugo après 1S:,2 (1 vol., IJflU). — K. Dupiiy. V. Hiian, l'homme et le poète jl8N7, LuPùiiel. ~~ Foguil, Etade» littéraires sur le XIX' siècle ;i/jt'ùnvl. — L. Mabilleau, Victor IJufio (Grands' éenvnins fraudais, Hafliollo, l»493i — RenouviiT, Victor Hugo le poète [Colin, ISiiS). — BrunctiorLsLVci/iution de la poésie lyrique en France au XIX' siècle, 5" ot H' lujoiis (Hachellu — I-c?coiis failus un 1893j.

uou venait. le romanusiue,'' yuetait-iir yue represen tait-il ?

Nous n'avons pas besoin d'aller chercher ses origines à l'étranger. Il a, en grande partie, des origines françaises. Il est déjà, moins la forme du vers, presque tout entier chez Rousseau. Prédominance de la sensibilité et de l'imaginalton sur la raison, poésie de la passion, sentiment de la nature, vague religiosité, sympathie pour te christianisme, éloquence et coloris, inquiétude et rêverie, enfin peinture complaisante du mni, n'est-ce pas Rousseau ? Et n'est-ce pas le romantisme? Ajoutez-y l'influence de M""" de Staël et celle de Chateaubriand, ajoutez-y les prodigieux événements qui se sont déroulés de 1789 à 1815 et qui ont donné aux âmes un ébranlement profond, en faisant jaillir des sources nouvelles de poésie.

Les principaux éléments du romantisme sont : l'indioiduaiismi;, le sentiment n-ligieux, le senlimrnt de la nature et la libeHo. Son caractère le plus important est ■d'être une poésie sulijrclh-e, personm-Ue et par suite lyrique. Son caractère le plus apparent est d'être une rèai-tinn, souvent exagéri're et puérile, contre les règles des classiques.

Indhndunli:<iiif : Cette poésie sera toute personnelle, ■ elle sera la peinture du moi, de ses ennuis, de ses tristesses, de ses mélancolies ; elle sera lyrique, même là oii c'est un défaut, connue dans le drame; mais c'e.st

thiqaes.

Lib'-ï-iê : C'est au nom de la libeité que se fait cette révolution. On ne veut plus des règles étroites des classiques, de leurs distiuctioDS du tragique et du comique, du bas et du noble ; on proclame le mélance de tous les genres et de tous les tons, comme dans la première partie du xvir siècle. Au lieu delà coraédio et de la trasédie, le drame; au lieu de Iode, de la satire, de lëlégie, une poésie lyrique, qui est aussi bien éiêgiaque que satirique.

Cette révotutic«i renouvela entièrement la luiifjue et la iiiifii'^dt?. La langue était appauvrie par l'abus du ternie abstrait, vague, général. Les romantiques l'enricbissenten reraontani hardiment au xvi' siècle. Ils n'inventent pas des termes nouveaux ; ils font mieux, ils reprennent d'anciennes expressions et leur donnent une vie nouvelle. Surtout ils oSent employer le terme propre, ne reculent pas devant l'expression technique ; ils notent avec exactitude les moindres nuances ; ils ne sont pas seulement jhh'Ii's, ils ont le sens de la couleur et du pittoresque ; ils sont pei'iKres. Même révolution

peare. Lamartine admire Ossian et Byron ; mais il écrivit ses premiers vers avant d'avoir lu ce dernier poète.

Voilà ce que nous voyons aujourd'hui. Mais quand' - le romantisme éclata aux environs de 1820, les idées ne pouvaient pas être aussi précises. M'"" de Staùl considérait « la poésie classique comme celle des anciens, et la poésie romantique comme celle qui tient de quelque manière aux traditions chevaleresques ^1) a. Stendhal disait : « Le romantisme est l'art de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus de bonheur possible. Le classicisme, au contraire, leurprésente la littérature qui don- ■ nait, le plus grand plaisir possible à leurs ;irrt<>re-

loire aes Hommes ne présente de poésie que jugée iiu haut des idées monarchiques et des Croyances religieuses. B En 1824, il déclarait « ignorer profondément ce que c'est que le genre classique et que le genre romantique. » II ajoutait ; « En^ littérature, comme en toute chose, il n'y a que le bon et le mauvais, le beau et le difforme, le vrai et le faux. » En 1826, il réclame surtout la liberté. Mais * il est bien entendu que la liberté ne doit jamais être l'anarchie ; que l'originalité ne peut, en aucun cas, servir de prétexte à l'incorrection. Dans une œuvre littéraire l'exécution doit être d'autant plus irréprochable que la conception est plus hardie. Plus on dédaigne la rhétorique, plus il sied de respecter la grammaire. « (Préface des Odes.) (2).

(1) Racine et Shakespeare^ 1" paitie, cliap. III.

(2) Jy trouve dans unu nott de la Préface de 182i, les réflexions suivantes : • S'il eal ulilo et parfois nécessaire de rajeunir quelques tournures usées, de renouveler quelques vieilles expressions, el peut-être d'essayer encore d'enibeUir notre versification par la pténitudii du niùlre et la. pureté de la rime, on ne saurait trop

e contraste. De plus « le beau n'a qu'un type ; le laid en a mille ». Le drame mêle le sublime et le grotesque ; voilà pourquoi c'est la forme d'art la plus parfaite, et celle qui se rapproche le plus de la vérité ; voilà pourquoi Shakespeare est le plus grand nom de la littérature. Laissons de cûlé les contradictions comme celle-ci ; « C'est siirtout la poésie lyrique qui sied au

Ici V. Hugo a'insurge avec raison contre les prùtendiics règles d'Aristote. Il n'admet qu'une unité, « l'unitc'' (l'action ou d'ensemble, la seule vraie et fondée ». Il truite peut-être avec trop de mépris (a distinction des (/enres. Mais ce mépris est une conséquence de son amour pour le drame. Enfin, au nom de la liberté, il fait la déclaration suivante qui ne m'elTaroiiche pas le moins du monde : « Il n'y a ni rï-glcs ni modèi-s ; ou plutôt il n'y q d'autres règles que les lois générales de la nature, qui planent sur l'art tout entier, et les loi* spéciales qui, pour chaque composition, résultent <le^ condilioua d'existence propres à chaque sujet. Les unes sont éternolies, intérieures, et restent; les autres va- ' l'iublcs, ext(;ricurcs, et ne servent qu'une fois. » Je suis assez de son avis : reste à savoir quelltîs sont « les lois spéciales qui, pour chaque composition, n'^sultent des conditions d'existence propres à chaque sujet o. C'est ce qui n'est pas toujours commode à déterminer.

l,a protestation contre les règles d'Aristote se termine par le cri célèbre : a La ntUnrc dnnr .' La nature et la vrriir. b Kien du reste n'est plus vague que ces deux

Mais V. Hugo n'est pas réaliste le moins du monde. Il se hâte d'ajouter avec une vue très profonde des conditions de l'art : t La véi-ité de VaH ne saurait jamais être, ainsi que l'ont dit plusieurs, la réalité absolue. L'art ne peut donner la chose même. » Il ajoute que le poète doit choisir non le beau, mais le caractéristique, ce qui rentre dans les théories exposées plus haut ; que le drame « doit être radicalement imprégné de cette couleur des temps » (oft couleur locale), ce qui est une critique fort juste à l'adresse des auteurs qui « ajoutaient après coup quelques touches criardes ça et là sur un ensemble du reste parfaitement faux et conventionnel u. (Les romantiques ont eu, pour celte fameuse couleur locale, plus de bonne volonté et de prétentions que de succès. Chez V. Hugo, quoiqu'il en dise, la couleur locale est plus n à la surface du drame qu'au fond »). Mais voici où le grand écrivain, où le poêle, où l'artiste se retrouve. Plusieurs de ses contemporains allaient plus loin que lui dans la voie de la révolution littéraire, et n'hésitaient pas à sacrifier le vers à la prose. Lui voudrait « garantir le drame d'un vice qui le tue, ie commun, s II sent instinctivement que le drame en prose sera ie .vulgaire mélodrame ; que le vers lui donnera quand môme une certaine élévation

lorsqu'il a parlé du vers propre au drame, c vers libre, franc, loyal, osant tout dire sans pruderie, tout exprimer sans recherche; passant d'une naturelle allure de la comédie à !a tragédie, du sublime au grotesque ; tour à tour positif et poétique, tout ensemble artiste et inspiré, profond et soudain, large et vrai; sachant brisera propos et déplacer la césure pour déguiser sa monotonie d'alexandrin ; plus ami de l'enjambement qui l'allonge que de l'inversion qui l'embrouille ; fidèle à la rime, cette esclave reine, cette suprême grâce de notre poésie, ce générateur de notre mètre ; inépuisable dans la variété de ses tours, insaisissable dans ses secrets d'éh'gance et de facture ; fuyant la tirade ; se jouant dans ie dialogue ; se cachant toujours derrière le personnage : lyrique, épique, dramatique, selon le be-

Celte page est à retenir : dans la révolution romantique c'est surtout la langue et la versification qui ont été transformées. Or ici V. Hugo trace l'idéal non pas seulement du vers dramatique, mais du vers romantique, idéal qu'il a plus d'une fois réalisé : Il est vrai qu'il n'a pas toujours fui ia tirade et qu'il ne s'est jci» , (oi'jiiurs carlié lirrrîère le /jcrsoiiiiaye. C'est pour cela que son œuvre dramatique est intérieure à son œuvre lyrique et à son œuvro épique.

rie que l'auteur résamera plus tard dans le vers célèbre : . ■

Dans la Hcponse <i un acte d'accusatiun (Contemplations, 18^ , il moatre ce qu'il a voulu faire pour la laogue : Donner droit de cité dans la poésie à tous les termes précis, concrets, pittoresques, quelque humbles ■ qu'ils fussent: déclarer l'éiralité de tous les mots ; se débarrasser des termes généraux et des périphrases dont usait et abusait l'école classique :

Plus do mol SL-natour : plus de mol loiuri

Le iiiL>l propre, ce rusliv.

X'él3it que caporal : je l'ai fait colonel.

Il ne me paraît pas utile de discuter, ni même de relever les jugements souvent contradictoires portt's par y. Hugo sur les grands écrivains français. On sait, par exemple, qn'il a éti' tantôt très éJogieux, tanti'>t

taire? Il leur manque « l'inconnu, l'iniini. > — « Ils n'ont ni exagération, ni ténèbres, ni monstruosilés. » Il est plus intéressant de connaître ses opinions sur l'art proprement dit. Il n'a jamais i''té partisan de l'art ' pour l'art. Sans doute il a dit : « La forme est chose beaucoup plus absolue qu'on ne pense, Otez sa forme à Homère, vous avez Bitaubé . . . L'avenir n'appartient qu'aux hommes de style. » Mais en gC^néral, il se déclare partisan d'une littérature utile, éducatrice du pcuple(l). e L'auteur de ce drame, dit-il dans la pré'face de Lim-cce Borijia (I83;i), sait fiue le théâtre, sans sortir des limites impartiales de l'arl, a une îm'ssioit uniiouaie, une mixaion sociale, une mission hnmaine... Le poète aussi a charge d'ànies. » Il répète la même id(''0 dans ta préface d'AnijcIo (183")) : a Aujourd'hui plus ({ue jamais le théâtre est un lieu d'enseignement. > Et dans son I Kt/(ùmt Shahfspeare : « Plus d'art fainéant. La poésie ouvrière do civilisation, quoi de plus admirable I Le rêveur doit être un pionnier : la strophe doit vouloir. Le beau doii se mettre au serrîrc 'h' l'Iion-

quilles. L'artiste doit être le conducteur et l'éducateur du peuple. Il doit être le flambeau, le phare qui éclaire la marche de rhumanité. Il doit méditer sur tous les grands problèmes et livrer aux hommes le résultat de ses recherches. On s'est souvent moqué des prétentions philosophiques de V. Hugo. On l'a accusé de n'avoir pas d'idées ou de n'avoir que des idées communes. Sans doute il n'a pas créé un système de philosophie comme Platon ou Kant. Il a, en général, les idées de son temps. Je n'ai pas le courage de lui en vouloir. Tandis que les critiques littéraires sont très durs pour lui, je remarque que des philosophes, comme M. Renouvier fl), prennent sa défense, f On pourrait montrer que le grand poète s'est constamment préoccupé des problèmes de la vie et de la destinée, et qu'il a eu des sentiments ardents, puissants, sincères, et des idées aussi arrêtées, quoique aussi contradictoires entre elles, que les plus fameux philosophes, les penseurs en titre de son époque. Seulement, c'étaient là des produits spontanés de son âme, indépendants de toute culture, car il n'en

■1) Kcnouviw, Victor Huf/O, le poHe, p. :n.

Sans doute encore il y a une grande distance entre le jeune poète royaliste et catholiqiie et le démocrate libre penseur et socialiste de la fin. Il a marché avec le siècle. Sur un seul point il s'est séparé de lui : il a gardé jusqu'à la fin le sentiment religieux. Sans doute, il flotte entre le déisme et le panthéisme, ou plutôt il les confond et les unit. Il croit au libre arbitre, à la punition des méchants, à la récompense des bons. Le grand Songeur est à la poursuite du but moral le plus élevé ; il est toujours préoccupe de l'énigme du monde, du mystère qu'offrent la nature et l'humanité. On admire ces préoccupations chez Pascal : Pourquoi les trouver ridicules chez Hugo ? Est-ce que Pascal nous a donné, plus que l'auteur des Con(et7ip(a(ions,laclef du mystère?Seulement Pascal est janséniste et pessimiste, tandis que Hugo n'est plus chrétien (au moins au point de vue du dogme) et est résolument optimiste. C'est là surtout ce qui fait sourire les générations présentes. Malgré les douleurs qui ne lui ont pas été épargnées, V. Hugo est resté optimiste. Il croit (hélas! il se trompe peut-être;, mais il croit au progrès, à la perfectibilité, à un avenir de bonheur et de paix pour l'humanité. Il est convaincu que les attentats contre le droit, la justice, !a liberté, la conscience humaine ne peuvent pas durer ; ce sont des accidents ; mais bientôt l'humanité reprendra sa marche en avant.

Pourquoi dans ce grand ;

Sourd et bùni, Pourquoi SOU3 l'imniunst suaire

Ucî l'infini.

Enfouir vos lois Éternelles

Kt vos clartiSs ?

Vous savez bien quu j'ai doi* ailes,

ceinte d'un cercle d'étoiles,

Di'oil, bien de tous, , Liberté qui te voiles,

Victor Hugo est certaioement notre plus grand poète lyrique. Je vais plus loin : je le considère comme

(1] M. Brunctière note chez Hugo « une horreur physique de la mort », et il ajoute : • De cette méditation obstinée de la mort Hufio s'est trouvé amené à tirer toute une philosophie, et du seul fait de cette méditation il se trouve avoir beaucoup plus s pensé » qu'on nele croit quelquefois • (Eeoiuf.rfeittpoe^g.iyr.I. p. 210). L'observation est juste, mais incomplète. J'ai essayé de

trer qu'il y avait dans la philosophie de Hugo autre ^hose

s la méditation obstinée de la mort ».

Dante, ni de Shakespeare, ni de Gœthe. On reste confondu. On sent que cet homme écliappe, non pas seulement aux lois et aux règles de l'art un peu timide appelé classique, mais qu'il échappe à toute comparaison. Il n'a pas réussi dans le drame : nous verrons pourquoi. Mais à quel poète lyrique, à quel poète satirique n'est-il pas supérieur ? Et n'est-il pas curieux de remarquer qu'il est notre seul grand poète épique ? Il importe peu qu'il ait reçu ses idées des autres : il les a merveilleusement exprimées. Il a fait passer dans son œuvre toute la violence de ses sentiments, toute la fougue de ses passions. Il a su dépeindre la nature extérieure avec une précision, un pittoresque, un coloris, et en même temps une ampleur, un mouvement qu'on ne trouve à un tel degré que chez lui. Il a su parler des petites et des grandes choses, des petits enfants et de Napoléon, de Rosita et de l'Infini. Il a chanté la mort de sa fille et les tempêtes de l'Océan; il a mêlé son âme à la nature ; il a connu le frisson de l'homme devant l'abîme et du penseur devant l'Inconnaissable. Il a médité sur la mort et sur te tombeau, 8ur la nature et sur Dieu ; il a eu le sens de l'ombre et du mystère. Et sa prunelle dilatée a vu dans l'ombre dos visions étranges et fan t;is tiques. Ces visions, il nous les a maguiiiqupment retracées dans des vers qui nous emportent l)ien loin de tout ce qu'on est convenu d'appeler poésiL- en [-'rance dejjuis Malherbe et même dcjiuis Ronsard,

appelé sa première et sa seconde manière. Il y a en effet comme deux V. Hugo (oh! qui se tiennent, se relient, se soudent), mais enfin qui sont un peu différents. Le V. Hugo de la première manière s'arrête à. 1843, avec la chute des Burgraves. C'est un grand poète, un grand écrivain, un grand coloriste, c'est déjà un grand homme préoccupé de certaines questions politiques, sociales, philosophiques ; il n'en est pas encore possédé et absorbé. A partir de 1843, pendant dix ans, le poète ne publie rien (je ne dis pas n'écrit rien). Il s'occupe de politique. Il a des déboires, des déceptions, de grandes douleurs aussi ; il perd sa fille, il est exilé. Le poète se réveille par les Châtiments |1853). C'est cette seconde manière qui va faire de V. Hugo un des plus grands poètes de l'humanité. La passion, la douleur, la méditation, la solitude vont donner à sa poésie un éclat, une ampleur, un mouvement, ajoutons une profondeur vraiment incomparables. Songez aux Contemplations et à In Léffende des siérles.

Je n'ai pas le temps de passer en re\'ue chacun de ces recueils : je vais essayer de dégager la facxdté maîtresse du poète.

la plus puissante imagination dont jamais écrivain ait été doué.

Il a d'abord ce que les philosophes appellent l'imagination vi&ueile (1).

Dans ses premières Odes, la rhétonque et la convention dominent. Comment va-t-il dégager son originalité? Qu'est-ce qui va donner le branle à son imagination? Ses souvenirs de jeunesse- Oui, bientôt vont se lever dans son âme les souvenirs de sa jeunesse et avec eus les images, qui ont frappé ses yeux .d'enfant, On dirait qu'endormie et engourdie j>endant quelque temps, sa mémoire se réveille et rappelle à la vie des souvenirs lointains. Ses voyages en Italie, en Espagne ont mis, sans qu'il s'en doute, dans son cerveau « un vague faisceau de lueurs incertaines », et suscitent dans son esprit des visions colorées, dont il gardera longtemps l'rblouissenient. Quoique né ix Besamjon d'un père lorrain et d'une mère vendéenne, il appartient, comme Corneille, à la race dos auteurs espagnols ; il en a, dau« le g(''.nie, l'emphase, dans la langue, la sonorité.

Chez Corneille, ce qui fait jaillir l'étincelle, c'est la

rude de l'Espagne, qui évoquent instinctivenient, mécaniquement, pour ainsi dire, des figures grandioses, des émotions violentes, de l'éclat, de la couleur et de la passion. Le poète les a retenus sans s'en apercevoir, et ils surgiront d'eux-mêmes, précisant l'image, forçant l'idée, quand il cherchera à rendre quelque état d'âme analogue : Hernani, Ruy Blas, Avila, Saltabadil (1) ». Dans son voyage, il s'arrêta avec ses parents au village d'Ernani et au village de Torquemada.

Tous ces souvenirs, un instant effacés, vont bientôt se présenter avec une précision étonnante et il va les rendre avec une netteté parfaite. Longtemps après, il voit et représente ses visions. Aussi les voyages sontils très féconds pour lui. On peut dire de lui comme de Chateaubriand : il en rapporte des images. Il est frappé plus qu'aucun autre des formes expressives des objets. t II en fait jaillir une image là où il n'y avait qu'une apparence matérielle; d'une rencontre de couleurs et de lignes, il tire de la pensée et de l'émotion ; enfin, il interprète toute sensation et symbolyse toute figure. » poésie ne fut plus brillante, plus ensoe des Orientales, célébrant un Orient que t pas vu, mais qu'il se figurait d'après

qui met en branle ses facultés créatrices ; c'est l'image qui bien des fois suscite l'idée ; c'est en image que chez lui se traduit le sentiment. C'est presque le principe, le point de dùpart de son inspiration.

Par quelles images son œil est-il surtout attiré ?

« Ce qui frappe avant tout son regard, c'est le contraste, le relief, la figure, et particulièrement les accidents de la figure, l'angle, la saillie, la pointe, tout ce qui détermine et caractérise la réalité matérielle. Toutes les métaphores lui viennent de la forme, qui est l'élément physique par excellence; de la forme aussi lui viennent les idées, qui fécondent les images et en font des symboles. »

Ces images se représentent le plus souvent à lui deux à deux et en opposition l'une de l'autre. Le contraste lui apparaît comme le fond de toute poésie ; VanlUhcse est pour lui la forme naturelle de la pensée : l'àme et le corps, le vrai et le faux, le beau et le iaid, l'ombre et la lumière. Plus tard, à Jersey, il découvre l'Océan qui lui donne de nouvelles antithèses, de nouvelles images qui tendent de plus en plus à l' hallucination. Mais au lieu de peindre les choses avec netteté, de plus en plus il confondra son Ame avec la nature, avec Tinfini :

par la sensatioa de la couleur pourpre. Or, œ la prédojninance de cet élément trahit dans la vision un état constant d'écart et de tension », Nest-ce pas lô, en effet, un des caractères de son génie?

Ses contemporains, ses amis avaient eux aussi remarqué combien il était frappé par les reliefs et les contours. « Son œil, dit Sainte-Beuve, ne rencontre jamais une tour qu'il n'en compte les angles, les faces et les pointes. » L'œil « n'est plus un miroir exact, mais une lentille grossi-ssante et déformante ; ce n'est plus un appareil de perception, mais un instrument d'imagination ». Aprè^ quoi il finit par ne plus rien voir de précis ; ce n'est plus qu'une sensation vague B où se noient toutes les formes et toutes les couleurs «. Malgré la déformation que la vieillesse apporta chez lui au sens de la vue, nous pouvons dire avec M. F, Coppée : « Parmi tous les poètes de l'humanité, V, Hugo est celui qui a inventé le plus d'images et les mieux suivies, les plus frappantes, les plus magniliques. »

Viinugination créatrice : non pas créatrice d'ùtres huniJiins, d'indiyidiis semblables à nous, mais crcalrice de sijjnbotes. L'in;iage ne se prést'nle pas simplement à son esprit comme une chose vue : elle évoque une idée. Sou imagination ne joue pas avec des métaphores, comme celle de tous les autres poètes modernes. Elle lui montre comme des êtres vivants toutes les forces et tous les sourires de la nature, le vent et la mer, aussi bien que la violelte et la rose. Elle pcrsonuifie pour lui les idées les plus abstraites, \c- Mal, l'Infini, la l'itié ou la Haine. Encore une fois, ce ne sont pas pour lui de simples métaphores, ce sont des êtres qui se dressent devant lui. Il les voit agir, faire le bien ou le mal ; il les hait, il les combat, il les poursuit, ou bien il les aime, les défend, les soutient. Il personnifie tout naturellement les phénonièucs physiques et les phénomènes moraux; il personnifie les idées les plus générales. Il ne faut pas s'ctitnner de le voir dialoguer avec Is. Bouche d'ombre et iuierroger Vlnfini. C'« n'est pas chez lui une ligure de rhé(ori([uc, c'est la pente naturelle de son esprit. Il ri'garde les éléments comme des forces vivantes. « Les éléments savent ce qu'ils font et où ils

Mais remarquez-le, cette hallucination, à demi consciente d'ello-môme, n'est jias autre chose que l'état dVime priniilif. C'est ainsi en effet que fonctionnait le cerveau des hommes, il y a (Juatre ou cinq mille ans, lorsqu'ils voyaient partout la vie, lorsqu'ils transformaient en divinités toules les forces delà nalure. — Eh bien, V. Hugo a cette même espèce d'imagination avec les ressources d'un art raffiné et les pensées d'un siècle civilisé. Il possède d'une façon extraordinaire, ce qu'un émiiiciit philosophe, M, Renouvier, appelle « le géiiie mytiiolugique o. 'in comprend peut-être maintenant pourquoi je n'ai pas hésité, malgré ses défauts, à le regarder comme un des plus grands poètes de l'humanité.

Oui, malgré ses défauts que je n'ai pas l'intention de dissimuler. Il n'a p;is, pour pondérer, pour gouverner son imai^ination, (rinstriictioii scieiitillque suffisante, 11 commence trop Jeune à écrire et à avoir du succès. H touche aiiN plus hautes questions pliilosophi<pies : c'est

1 . rnun i-L-s (■.\iiii|i!.^ MjiiL Uiù^ .lu l'uuuaf;^' du M. Ik^iiouvRi'.

meut sftonner queues ne soient pas toujours très logiques? On trouve quelquefois aussi, pour rendre la même idt'e, une succession d'ima^'es impossibles k associer. Ce n'est pas seulement l'image ou la rime qui peut l'entraîner, c'fKt le mot. Car le mot n'est pas pour lui un signe abstrait, algi'-brique. Il en connaît, il eu aime la physionomie oiatérielle ; plus le mot a une apparence bizarre, plus il s'eJi souvient. Il va même jusqu'à trouver un sens philosophique à la figure de chaque lettre de l'alphabet. Le mot estàses yeux quelque chose de vivant :

Il n'cii aime pas seulement la Qgure, il en aime aussi la sonoriti;, 11 n'a pas le courage lic résister à l'appel de ces syllabes .sonores qui le sollicitent. De là des développements di'imesun'-s, des énuraiTations inutiles, des amplifications fastidieuses.

Ce sont de vrais défauts. Mais ils n'ont pas chez lui la même importance qu'ils auraient chez Malherbe on chez Boileau. Les classiques suhordonnent volontaire-

ne veut pas dire que Hugo ne soit pus souvent classique et très classique ; il l'est par son amour pour les idi'es gi; Il (Ta les et pour les liens communs ; il l'est par la belle ordonnance' de sa composition; il l'est pins d'une fois par la précision et la concision. Mais il (■■cliappe au moule classique par une imagination visuelle et créatrice de stimboles la plus extraordinaire dont jamais homme ait t'U- douij.

Je ne puis mieux faire quo de donner comme conclusions à ce chapitre cette page (''crite par le philosophe qui a si bien mis en relief le (jénie nnjlkotodi'jue dfe V, H,fso.

€ Victor Hugo est non seulem'-nt le premier en rang des poètes français depnis que notre langue est Cis.i-e — il Qo. s'en est produit aucuji d'éminent avant cette époqno — mais même Ir seul qui ait un droit propre et absolu à ce titrf' de poète en sa pleine portée, et, en môme temps, l'un de ceux que nous pouvons peut-être envisager des aujourd'hui comme entn'' dans le groupe des grands et di;s rares de tous les siècles et de toutes les nations. Trois dons de premier ordre, dans l'âme

La théorie du drame rumaiitique est assez simple : elle consiste surtout, en apparence tout au moins, h prcndrelecontre-pieddelatliéorieclassique. Elle ne veut plus des unités de temps et de lieu, ni du style noble, ni de la distinction des genres tragique et comique. I,e classique rechercliait surtout la vériti'' morale et mettait les passions les plus générales clans le cœur di> ses personnages. Il faisait des caract<"Tes aussi humains, aussi vrais, mais aussi généraux que possible. I.e romantique se préoccupe assez peu d'être moraliste; il veut surtout faire œuvre d'historien; il essaie d'évoquer, de ressusciter le passé ; il voudra peindre, non pas l'iiouime en général, mais l'individu dans toule sa complexité liistorique. Il reproche au classique de se complaire dans l'alistraotion. « Le drame vitdu réel. » iPréf^ci'de Craiivoi-ILi — « Le drame est la poésie i:omplrtc.» — n Le réi-l résulte de la combinaison toute naturelle de deux ty])es, le sublime et le gntcsque... La pijésie vraie, la poésie complète est dan.t l'harmonie des contraires. » On ne pouvait pas énoncer une

du réalisme, il recommande d'i'crire le drame en vers, afin de le garantir, de le préserver " de l'irruption du

commun a. C'est ce souci artistique qui distingue en effet le drame du mélodrame, avec lequel il a tant de rapports. Encore une autre différence avec le réalisme : le poète doit choisir. Il est vrai qu'il ajoute : il doit choisir « non pas le beau, mais le caractéristique ». Cette évocation du passé, il la fera par la couleur locale. « Ce n'est point à la surface du drame qu'elle doit être, mais au fond, dans le cœur même de l'œuvre, d'oii elle se répand au dehors, d'elle-même, naturellement, également, et, pour ainsi parler, dans tous les coins du drame, comme la sève qui monte de la racine à la dernière feuille de l'arbre. Le drame doit être radicalement imprégné de cette couleur dés temps. » De li'i le pittoresque. Le poète incarnera une passion dans un homme de tel pays, de tel âge, de telle situalion. Il y aura plus de faits, plus de personnages que dans la tragédie. Le drame sera plus touffu, mais aussi plus semblable à la réalité, à la vie.

Ce n'est pas tout i Le poète doit avoir une philosophiû; car il a une mission sociale et humaine. Les personnages, qui doivent être des individus déterminés, auront aussi la valeur de itymboles. Nous revenons par là k l'abstraction et à l'idéalisation classiques, dont les romantiques s'éloignent surtout en apparence. On veut

Victor Ilugo ne df'^buta au théâtre que le '£> fi''vrier 1H.'(0 avec lîernnni. C'est Alexandre Dumas (I) qui eut l'honneur de faire repri''senter le premier drame ro-

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