‹ Les poètes du xixe siècle, période romantique: période romantiqueChapitre 16 sur 24 · M.''iiiii · texte numérisé non relu

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do soixante personnages, où une action peu intiTessante est sans cesse arrêt(''e par des incidents sans importance, on voit di'ji'i apparaître les principaux L'ioments de la poétique de llugo : couleur locale burlesque, changemenls: de nom, di''gui sèment s qui amiMient des erreurs et des coups de tln'-âtre, enfla cette loi 'les contrastes, qui domine, non seulement tout le tlu'àtre, mais toute l'œuvre de Hugo. Qu'a-t-il voulu peindre dans Crùmwell '/ « Un être complexe, hétérogène, multiple, composé de tous les contraires, mêlé de beaucoup de mal et de beaucoup de bien; une sone de Tibére-Dandîn, tyran de l'Europo et jouet de sa famille... grotesque et sublime. » Celte antithèse perpétuelle va être, pour ainsi dire, le moule dans lequel il va jeter .«es drames et sos personnages. Hernani, c'est !e bandit héros ; Marion Delonnc, c'est la courtisane amoureuse ; Huy BUts, c'est le laquais aimé d'une reine, le laquais (ijaiit tout(.-s les vertus en prt'sence du noble ay;uit touy les vices. Dans Mnrîe Tmlor, il a voulu montrer « une reine qui soit une femme.

i^ucrece uoroia. « yuene est la pensée uiiime caciicc sous trois ou (|iiatre vcorces coticeiitriqiies dans le liai çVimitse:' La voici. Prejiez la difformité physique la plus liideirse, !a plus repoussante, la plus complète; placez-la là où elle ressort le mieux, à l'otage le plus iulinii', le plus souterrain et le plus niéprisé de l'édifice social; éclairez de tous côtés, par le jour sinistre des contrastes, cclîe misérable créature ; et puis jetez-lui luie àme et mettez dajis celle ûme le sentiment \i; plus pur qui soit donné à l'iiommc, lo seuiiment paterne!, (jn'arrivera-l-il '.■' C'est ([ue ce sentiment sublime transformera sous vos yeux la cré^ature déi;radée ; c'est que l'élre petit deviendra grand; c'est q ne l'être difforme deviendra beau. Au fond, voilà ce que c'est que le lioî n'nmuse. EU bien ! qu'est-ce <pie c'est que Lucrèce Bar- ;/.'"'i :' Prenez la diiTorinilé itioralc la pins liideuso, la jiliis repoussante, la plus complète; placez-la là où elle ressort le mieux, dans le cunir d'iuie femme, avi-c toutes les coiidilions de beauté physique et de yrandeur royale, qui duiineul de la saillie an crime; et maintenant mêlez à celle dilTormité morale un sentiment pur, lu plus pur (juc la feanne puisse éprouver, le soÉitinient maternel ; ikiris votre monslre mettez ujic mère ; et le monstre intéressera, et le monstre feraplenrer... Ainsi, la [>aieriiilé sanctifiant la difïormiié physique, voilà le

d'abord, la noblesse tend à se dissoudre... Au-dessous de la noblesse on voit remuer dans l'ombre quelque chose de grand, de sombre et d'inconnu. C'est le peuple. Le peuple, ce serait Ruy Blas... L'auteur a voulu remplir Hernani du rayonnement d'une aurore et cou- . vrir Ruy Blas des ténèbres d'un crépuscule. Dans Hernani, le soleil de la maison d'Autriche. se lève; dans Ruy~Blas, il se couche. »

Lisez la préface des Burgraves : a Reconstruire par la pensi''e, dans toute son ampleur et dans toute- sa puissance, un de ces châteaux où les burgravea, égaux aux princes, vivaient d'une vie presque royale... Faire . vivre ensemble et de front quatre générations ; faire de toute cette famille le symbole palpitant et complet de l'expiation... Poser devant tous et rendre visible à la foule cette grande échelle morale de la dégradation des races, qui devrait être l'exemple vivant éternellement dressé aux yeux de tous les hommes et qui n'a été jusqu'ici entrevue, hélas ! que par les songeurs et par les poètes; donner une figure à cette legon des sages ; faire de cette abstraction philosophique une réalité dramatique, palpable, saisissante, utile... Dans

l'homme. Lui, qui a tant méditr sur les grands probli'incs deriiiimanitô, n'a pas observé le cceur humain. Enfin su puîssîinie imagination l'a trop souvent emporte hors (hi raisonnable : or, à la sc(''iie, ces qtialitrslùaont absolument iir'cessaires. Il n'y a qu'à voir ce que disent, à ce sujet, Molière et Uaciiie et surtout ce qu'ils ont l'ait en s'appuyant sur ces principes.

De ces coiuiilions, il résulte que le génie de Hugo n'était pas propre à t'crire pour la scène : aussi n'y a-t-il pas réussi.

L'action de ses drames est trop souvent à la fois piii''ri!e el atroce. Les dénouements sont amenés par le has.inl d'un déçuisi'incnt. L'émotion vient deriiorrenr ]i!iysiijiie. La psycholoj.âe des personnages est élémentaire. Ils sont trop simples ou trop abstraits. Ce sont des passions violentes plutôt que des caractères. Il faut

Car il n'est pas sans nifTite, comme on peut le supposer, le thcâti-e de V. Hugo. Il a un vers lyrique d"uiie admirable beaitl)'; il renferme des scènes tri-s dramatiques, des duos d'amour d'une inimitable poésie ; des morceaux de bravoure qui sont parmi les plus éclatants ('■crits par l'auteur; des poèmes piiilosophiques d'une ampleur qui aimonce ou prépare la Léijemle des y/êc/i's; enfin, par endroit:^, un comique copieux et l;irgc qui rappt.'lle, avec plus de souille et de style, les meilleures scèaes Je Scarron i^l i.

> V...ir Mii-rom !.■ i|iialnOnio :irk>(io fî»j Bl"S- liwu (Us s dv V. Hiigu, luiiiLiic M. K. Dupuy, ilc^^iri-iil ini'oii

avec plus d'am])l<'urressiisdter Je passi'- ; le pittoresque et les digressions, le lyi-isiiie cl la i)liiliwo|ihi(', au lieu d'ôtrc un défaut, pouvaicuit être un ('■Irnicnt d'iutérf"t.

Aux environs do 1H20, te roman ii'i'laitiilus on nVtait pas encore une peinture des mœurs (;ont('m])uraiiu'S. De Ilousyciiu i'i M'"" de Sta<-1 cl ù Clia1cauln-iaiid il r-tait dfveiiu une conildcnce, une confession, ime o-uvrc tout ù luit subjective. L'auleur, suivant la pcute de son talent, y jel;iil lesdescriptiuns ]]iltores(iues on les dissertations ])lnlosopliii[uos. Le roman de ri''Ciilc roman^ tiiine oura surtmil la prctenlion d'être historique; ijue l'on songe au f'in'i-Mnrs de de Viguy et aux inn<unbrables roiuans de Dumas, découpés dans les ciironiquea de lancieimo France. Puin- expliquer ce cbaugcnicnt, il suflit de scmgcr à la reuuissanee bistoriquo du eoiunieiicenient du siècle et à l'iulluence de W'allcr Scitt.

Nous ne pouvon.s pas analyser et juger tous les romans de \'. Hugo. Avant d'apju'éeier ses deux œuvres

'" pas que l'auteur soit devenu un psychopeiiitre de mœurs. Mais ici toutes ses qiiat se d'''ploj'er. Il Tait une superbe évocation xv"si(-clo. Les persniiLiages sont au second

h-rrure du A7.V° iièrle, cilù j.ar

Les Misi'rnbles sont une œuvre unique dans notre histoire lilttéraire. Us parurent en 1SG2. Depuis dix ans l'auteur ûtait exil/;. Il avait souffert, il avait réfléchi. Ce n'était plus le jeune poi-te vaguement lihéral de 1831 (année où parut Notre-Dame de Paris); c'otait le d(Jmocrate, c'était le philosophe penché sur le mystère de l'univers et de l'humanité, c'était le songeur attiré par les plus grands et les plus difficiles probK'mes. L'reuvre qui sortit de ces méditations est une époprè où le poùte s'est mis tout entier. Il y a du lyrisme, il y a du suhlime, il y a une peinture exacte des milieux populaires, de l'histoire, de la philosophie, des théories humanitaires, du pathétique, de l'idéal. Rien ne peut être plus idéalement beau que le caractère de Jean Valjean s'affrancliissant peu à peu des ténèbres du mal pour monter vers la pure lumière du sacriQce et du dévouement.

V. llngo n'esl pas, bien entendu, dans le roman un modèle à suivre : il l'éloignait du naturel, de la vérité, de la réaliti'-. C'est la vision d'un poète qui pénètre dans les abîmes du passé, ou qui essaie de pénétrer dans les abîmes de la conscience hinnaine : je ne dis pas que ce soit intérieur à la notation exacte tjue l'on demande aujourd'hui, je dis que c'est tout différent.

pittoresque, le mouvement, et cette prodigieuse invention verbale que l'on a plus d'une fois signalée. Très hardi en apparence, il est très respectueux de la langue.

(ineri'e à la rluHori'iUC et paix à la syntaxe!

Une (les rares innovations qu'il y ait chez lui, c'est celle du substantif pris adjectivement, conmie le j)dt>'e l'jrùiRontoire. S'il a renouvelé la langue, c'est par les images, qui sont chez lui neuves, nombreuses et variées, qui surtout ont le mérite de ne pas être de banales métaphores, qui sont, comme l'a dît tW;s justement un critique (1), des « sensations vraies ». Quant ù l'antithèse, elle est, comme nous l'avons dit, la forme naturelle de sa pensée. Il a le culte du mot. Le mot

ili M. fa.'iiA, Kliiflcs iilU-raà-L-x sur h- A7 V- su-.lr.

et la coupe du vers avec lapeiisro et le sentiment.

]-i irrloilie uncor iiuelijiiCH instiinls w ti'altn^ Sons IcB arbivB lili-uis [inrla litui: si'reiiiR, l'uÎK tiviiililu, puis u\[iiiiï; et lu vuix i|iii dianUiit K'élciiii nomme un oisuiiu so pose; Uml se tait {ij.

Ai-je besoin de conclure ? Victor ilngo est certaineiiieiil notre plus grand poi-te lyrique ; il est mi des plus u;raiidg poètes de riininauité, peut-('tre le jilus grand, si l'on considiTC l'ensemble de son œuvre; en tous cas, il possédait la plus merveilleuse organisation poétiiine dont jamais bommc ait <'-ié donc.

<li Hi'iiiu'ti.-Ti-, Kroluiioii-i ,!.■ tn F-r.nc Ujrùim: l, 1. |i. 2(i(l. \t' l'iuiiiùru lùvi'iiJo. Evira.liiu>i. XI.

là à les mieux connaître, ii les mieux juger, quelquefois à, les estimer et à les aimer davantage ; nous entrons dans la familiarité de leur génie et dans l'intimité de leur :lme. Même les plus personnels et les plus lyriques ne nous découvrent pas dans leurs œuvres toutes leurs pensées et surtout tous leurs sentiments. L'art est une parure splendide, mais c'est une parure. L'homme qui a souffert et pleuré laisse l'écrivain arranger sa souffrance et embellir ses pleurs. Ici, au contraire, pas d'intermédiaire entre l'homme et le lecteur. Nous voyons le point de départ de ses idées et quelquefois la source d'où ont jaiiii ses plus belles poésies. Nous le voyons dans son intérieur, au milieu de ses amis; il se rapproche de nous. Que dire lorsqu'il s'agit des lettres de Victor Hugo, c'est-à-dire d'un écrivain qui pendant trois (quarts de siècle a occupé et préoccupé la critique, qui a été le chef de l'école romantique, qui a laissé en prose et en poésie plusieurs chefsd'œuvre, qui a pris une place importante conme romancier et auteur dramatique, la première comme poi'te lyrique, qui a essayé de renouveler les rythmes

il) Calnionii-Lûvy, 1S%.

jusqu'il ses seniimenis les pms inumes ei ses çonndences tes plus douloureuses . On me ■ pardonnera d'assez nombreuses citations nécessaires en un pareil sujut.

La preniirre chose qui trappe, c'est le style. Victor Hugo n'a pas dans ses lettres cette légèreté, cotte finesse, cet esprit que possèdent chez nous tant d'iionimes et tant de femmes depuis Voilure et M'"^ de Si''vigni'- jus(pi'à Voltaire et M"'° du DelTand. II a une prose claire et soîide, avec un peu de recherche quand il veut être spirituel et un neu d'emphase (juand

les uns dçs autres dans cette misérable vie, nous nous chérissons sans nous être jamais rencontrés dans le monde, et souvent nous perdons ceux que nousaimons avant qu'ils nous aient jamais souri. u S'agit-il delà mort de Benjamin Constant, il t'crira à sa veuve: « Votre malheur privé est une calamité publique. Benjamin Constant laisse deux veuves : vous et la France. » Il n'abuse pas des images. Je relève cependant celle-ci: «J'aime mieux le spectacle de la mer f[ue le spectacle des Chambres, et je trouve la vague de l'océan plus belle que la vague des ('■vénements.» Avec de Vigny il se met en frais; il tient évidemment à gagner son estime. Il fait des descriptions d'une très grande précision. « Figurez-vous, sur une colline haute et escarpée, de vieilles tours de cailloux noyés dans la chaux, décrénelées, inégales, et lii'-es ensemble par de gros pans de mur oti le temps a fait encore plus de brèches que les assauts.» Quand il se fâche, ce qui est rare dans les lettres publiées, sa coK-re ou son dédain tombent de haut. « Voilà, écrit-il à Latouche, le 3 août lf=2)i, les explications que je veux bien donner à notre ancienne amitié. Je suis fàcliè pour vous que vous Ifsoyei^jusées ui'cessaires. »

nous sommes tous Vendéens par lo cu'ur. » (A son cousin Adolphe Tn'buchet, 20 avril I^JO.) «Ix ministre Sinii''on, qui df'-sire encore tripoter avec ses ventrus, s'oppose forteiiieht îi une mesure lia dissolution de la Chambre) qui amènerait une majorité royaliste. » (Il juillet 18iiU.)(Jiielquesannées après il se montre tout heureux de la Révolution de IKtO. N'oublions pas que, chez, Victor Hugo, l'tirtiste avait besoin de liberté; c'est par la littérature, on peut le dire, qu'il est devenu libéral. ( C'est^ussi une question de liberté que la nùtre, c'est aussi une révolution : elle marchera intacte ;'i côté de sa sœur la politique. Les révolutions coiniiie les loups ne se mangent pas. » (A Lamartine, 7 septembre ItJIW.) Il se (rompait: il ne va pas larder à èlre tracassé par la censure ; et alors il se ttuirncra contre le gouvernement de Juillet. Snus Louis-Philippe il .sera libéral, louera Napoléon, et commencera à parler de llé'publique et de questions sociales : tout Vicier Hugo est dans ce mélange qui nous paraît aujourd'hui bizarre, qui ne l'étail pas eiilre lf<'J2 et IS'iS, Il écrit le 6 sci>tenibre l'"^:!! au roi Joseph une lelirc pleine de protestations impérialisles. » C'est parce que i suis il'''voué à la l''runcc, dévuué â la liberlé, que j'm foi en

ment de la Képubliqite. <■• Sons aurons, un jour une république, et quand elle viendra, elle sera bonne. Mais ne cueillons pas en mai le fruit qui ne sera mûr qu'en août. Sachons attendre.. La république proclamée par la France en Europe, ce sera la couronne de nos cheveux blancs. Mais il ne faut pas souffrir que des goujats barbouillent de rouge noire drapeau." <A Sainte-Beuve, 12 juin 1IS32.I «Nous marchons plutôt vers la république que vers la monarchie. 3 fAu roi Joseph, 27 février liS33.}" Concourons ensemble tous, chacun dans notre région et selon notre lui particulière, à la grande subs-, titutîon des questions sociales aux questions politiques. Tout est là. » (A Jules Lcchevalier, 1" juin I83i.) On voit que Victor Hugo avait accompli très vite son évolution; dès iN^i, il désire, et prévoit la République et comprend l'importance des questions sociales.

On ne trouve pas dans sa C'o)'respo»dance beaucoup de renseignements sur l'histoire littéraire: ce qui ne

moi jo vi''gt'le. » ;3Û juillet li-!21.) — « Vos lettres me rendent plus grand et meilleur quand je les reçois et quand je les relis. i)(ii9 décembre lf*'i4;i Plus tard Victor Hugo aidera au succès d'0(/ie//t). Cependant, un jour, cette amitié se refroidira. Le beau rôle est ici your Hugo. De Vigny fut jaloux et ne sut pas cachur sa jalousie. « Le ijcntilhomme devient fabuleux; inais ijue voulez-vous? Il faut le plaindre encore plus que le bl;\iin-r. 11 sera bien ravi'si le Roi s'aiiuiisc fait fiasco. C'est ainsi qu'il me paie les ap[ilaudisseiuenls frénriiiiucs d'(K/t.-/Io. i (A Sainle-Ueuve, Ju novembre IKJ^i Il aime et admire Soumet, un poète un peu oublié aujourd'bui. sll préfère sa CiytcinHt'stcL' à tout ce qui a paru sur noire scène depuis un demi-sièclo. ». ^17 janvier 1822.) 11 a pour Lamennais un respect touchant, ic J'éprouve im grand cbarrae à voir voire ànie, ni forte et si profonde dans vos ouvrages, devenîrsi douce et si iniinic dans vos lettres; et quand jr pense que c'est pour uioi que vous rtes ainsi, en vérîié je suis luui lier.» il7 mai l'<22.) Il ruconuuande à un M. di' Villars de

I?^i . 1 A bamie-lieiive : < Vous êies pour moi i Lamartine et Sainte-Beuve 1 deux poi'tes Ogaux, deux admirables poi"'ies du cœur, de l'Ame et de la vie, » t2f seplemlire ls3:i.) Ainsi, dans toute celte Correspondance, pas Tombre de jalousie liUrraire: partout de la tendresse et dr l'admîruîiun i>oiir ses émules, pour ses rivaux en pui''sie. Il excelle à encourager les jeunes poètes qui viennent à lui, et cet encouragement n'a rien de banal comme on peut le voir par ses lettres à Victor Pavie,- » Vos vers ont ce caractère qui esl celui des gmndc* choses do notre po('-sie renouvelée, ce caractère do gr;\ce et de vigueur, ce mélang'e de jeunesse et de maturité qui est lo cachet de tous nos talents supérieurs. Vous êtes un de ces jeunes honunes du xix^ siècle qui étonnent par leur gravité ei par leur candeur les vieillards faux et frivoles du wui'. » (7 février 1827. > Ce n'i-sf pas seulement le talent d'un jeune poète, c"est la poésie renouvelée du xix' siècle, qui semble ici être jugée par celui qui commence à être ie chef de Pécole rumaniique. Avec ces lettres tombe peu à peu la li— gi'ude d'un \iotor Ilngo éiroîsto, faisant de lui le centre

ae s miiresser n ses œuvres et ac ii'S aiienare. ' m no peut vraiment pas iui en vouloir d'avoir exprimé ù Uayiiouard, secr/'laire perpétuel de l'Acadéinie française, la reconnaissance qu'il lui doit, et même d'avoir clianti'' eji vess l'auteur dfs Ti.nnpUers. Victor Ilugo a quinze ans ot il vient d'obtenir à rAcadémii.' une mention honorable. l^oi'Kqiu' ses (Ides paraissent, la presse ne daigne pas s'en occuper, e Nosjournalislesn'ontpas encore honoré d'un article mon pauvre recueil; ils attendent, m'a-t-on dit, des visites, des sollicitations de louanires. Je ne puis croire, ajoutc-t-il avec autant de fierté que de candeur, qu'ils fassent cet affront à moi et à eux-mêmes. « (Juillet 18:i:i.) En revanche il trouve Cl la révélation complète d'une âme noble, d'une intelligence forte et d'un esprit élevé» dans un article de Victor Pavie, bienveillant pour son recueil, [i'i décembre \>^-\>.) 11 ne f^dt rien que d'ordinaire lorsqu'il recommande au baron Taylor, dont it est l'ami, une tragédie de son beau-frére Paul l''oucher. (lU novembre 1S-2H.I Ce qui est moins banal, c'est sa lettre du l'i août IsJ'J au ministre dn l'Intérieur. Victor Hugo jouissait d'une pension de -,(HHI francs. La censure

1830.) Une seule fois j'ai trouvé qu'il manquait un peu de tact, c'est quand il demandait un article à Sainte- Beuve, à une date où, me semble-t^il, il n'aurait dû rien lui demander (i). (17 mai 1832.) Dans une autre occasion, il dépasse un peu la mesure lorsqu'il proteste contre une décision qui ne le maintient pas sous-lieutenant de la garde nationale. Il invoque « de grands principes à propos d'une petite affaire. » — « Une élection est chose sacrée, irréfragable, souveraine... Maintenir le droit de tous est le devoir de chacun.» (9 octobre 1830.) Il a peut-être raison. C'est égal, j'aime mifux le voir protester contre la censure et défendre la liberté littéraire.

CONFiriENiTS

. Il y a deux sortes de confidences qu'on peut demander à un homme, celles qui touchent à son esprit et

(Ij Jo roviondi'ai dnns le cliapitru s Vinor HufTû et (le Sainle-Çeuve.

que l'on fasse au milieu de tant de tracasseries politiques et littùi-aires, de ces insolentes médiocrités, de ces i;énies poltrons, de l'i'lection de Droz, de IV'chec de Lamartine et de Guiraud? Que voulez-vous que l'on tasse à Paris entre le ministère et l'Académie? Pour moi, je n'éprouve plus, quand je me jette en dehors de ma cellule, qu'indignation et pilié. Aussi je ne m'y expose iruiTc, je reste clu-z moi où je suis heureux, oii je lierce ma fille, où j'ai cet ange qui est ma femme. Toute ma joie est l;'i, rien ne me vient du dehors que quelques marques d'amitié (pii me sont hien cluVes, et parmi lesquelles je compte avant tout les vôtres. » Mais d'iinlinaire il ne se laisse pas abattre. Un drame, Atiuj li'A'unrt, signé par son beau-frére, échoue. «C'est moi dit-il, qiii lui avais porté mallienr. La plébécule cabaiante qui a sifflé Amij llabsni-l croyait siffler Ct'i>inii.vU par contre-coiqi. ("est une malheureuse petite intrigue classique qui ne vaut pas, du reste, la peine qu'on en parle, n l:iO fév. l^iiiS.) Il n'hésitiiît pas à traiter « de tcuillctouiatos slitpiiiesn ceux qui critiquaient lui ou ses idées. Mais, quand la critique venait d'un ancien

votre suence.» £-1 la leiire commue, soDre,' poignanie, path(^tiqi!e, sans aucune déclamation. La sensibilité du poète (Mail d'autant pfus vive qu'à cette date il était loin d'être heureux. II se dit « obf'-ré, écrasé, surchargé, étouffé». (18 décembre 18:i'j.j Ses démêlés avec la censure commencent. 11 la dénonce au ministre de l'Intérieur (5 janvier 1831)) avec une certaine naïveté', comme si le gouvernement pouvait donner tort à Tadministration. «La censure est mon ennemie littéraire; la censure est mon ennemie politique- La censure est de droit improbe, malhonnête et déloyale. J'accuse la censure.» Cette Qn de l'année 1829 avait été particulièrement triste pour le ponte. Il écrivait à Sainte-Beuve: «Tout s'assombrit autour de nous. Nous voilà revenus comme à nos premiers jours de lutte et de combat... La vieille école, qui ne soufflait mot, a repris l'offensive. Un

vembre 18ii9.} A quelque temps de là, 'dans une tri's belle lettre à Armand Carre! (15 mars IKîO), il pouvait se rendre ce ti''moignage : «Toute mon affaire a éti' de solitude, de conscience et d'art... Obligé de vivre et de faire vivre les miens avec ma plume, je l'ai maintenue pure de toute spéculation, libre de tout contrat mercantile. J'ai fait bien ou mal de la littérature, et jamais de la librairie. Pauvre, j'ai cultivé l'art comme im riche, pour l'art, avec plus de souci de l'avenir que du présent. Obligé par le malheur des temps de faire à la fois une œuvre et une besogne, jepiiîs dire quejamaig labesogne n'a taché l'œuvre. » Le poète ajoutait : '« M. Armand Carrel est la première personne pour qui j'aie entrouvert de la sorte la porte de ma vie intérieure, et je le prie, quoi qu'il pense de celte lettre, de latenîr secrète entre nous deux. » Ses embarras n'étaient pas finis. La censure semblait, en elTet, s'acharner après hiî: aussi s'en plaint-il vivement dans plusieurs de ses lettrf'S. II est furieux contre la Comédie -Française, ii propos du liai s'((iiU(se, qu'on ne joue pas, a 11 a besoin d'un procès pour se soulager, a ('29 décembre lw:î:i.1 Tout autre aurait été écrasé dans cette lutte ; lui, il se sent plus fort que jamais; il a confiance dans son génie; îl rroil a-TompUr une mission. Il le dit en propres termes, et il ajoute fièrement: nAlIci-.! je vois bien clair dans mon avenir, et je vais avec foi, l'iL'il fixé au but. Je tomberai prut-ètre en chemin, mais je tomberai en avant. Quand j'aurai fini ma vie et mon Oiuvre, fautes et dé-

Pour se reposer de ces luttes incessantes il avait, a ti moins dans les premières années, sa maison, son intérieur, son foyer. (1 Toute niajoie est là, « disaitrilenl82i. Malheiiretisement il ne pourra pas toujoui-s parler ainsi. Mais voyons-le à ce moment, et surprenons, grAcc à ses lettres, ses sentiments les plus intimes.

Dans toutes ses lettres il se montre très aiïectucux et tri'S tendre pour sa nn'Te et pour son père, pour ses oncles et cousins, pour sa femme et ses enfants. Nous n'avons qu'un billet écrit à sa mi'-re quand il avait treize ans ("2 aoùl; ISlûi et qui se termine par ce cri de détresse: «Reviens bien vite. Sans toi nous ne savons que dire et ([ue faire ; nous sommes tout embarrassés. Nous ne cessons de penser à toi. Maman ! maman ! « Los lettres ù son pure sont pleines d'un respectueux attachement. Son pi're se' remarie-t-il ? Il trouvera qu'il a bien fait. Son père écrit-il un poème? Il l'en félicitera. «Je me hâte d'en venir à ton ingénieux poème; il me tardait de te dire tout le plaisir que j'ai éprouvé ;'i le lire. Je l'ai déjà relu trois fois et j'en sais des passages par cœur... Je ne puis ni'empècher de te dire combien il m'a semblé remarquable que tu aies mis si

ressèment qu'un simple fait suffiraàmontrer.UnM. do la Rivière vint un jouF ri'clamer le paiement d'une Jette ([ui remontait à dix ans et que le géniTal Hugo avait oublié de payer. 11 s'agissait de 4B0 fr. HO. n Comme le besoin (''tait pressant, écrivit Victor Hugo à son père, je pris l'avis de ma femme, et, de son consentement, je m'empressai d'envoyer à M. delaliiviore une somme de deux cents' francs que j'avais disponible et que je réservais pour m'aclieter une montre; cette somme, mim ciier papa, servira à décharger d'autant le tolal de la dette; c'est une fort légère privation que je m'impose en renonçant à cette montre, et je puis la faire sans me gOnor, D'ailleurs je sais, excellent père, que tu es loin d'être riche, et, puisque je suis pour une part dans la dépense faite pxr M. de la Rivière, ces 200 francs seront ma cotisation personnelle; ne songe donc plus qu'au reliquat de :i8() (r. H0. » Sans doule Victor Hugo a écrit de plus belles pages que celle que je viens de citer ; il n'en a pas laissé qui lui fasse plus d'honneur, — surtout si l'on s<mge qu'à cette époque ( ll^ juillet Is^ô) Victor Hugo avait à peine de quoi suffire aux besoins do son propre niénaije. \'ictor Hugo n'avait que vingt ans quand il avait épousé, le i'2 oo-

de 1,000 fi". (septembre lH:i2). Les Odes avaient paru en juin 1822 et le roi avait tenu à récompenser sans doute autant le zèle royaliste que le talent poétique. Au mois de février 1823, le roi lui accorda, en même temps qu'à Lamartine, une nouvelle pension de 2,000 fr. (1) sur les fonds littéraires du ministore de l'Intérieur. Mais à cette date Victor Hugo ne pouvait pas encore tirer un grand profit de ses ouvrages; il avait des charges de famille. Il avait eu à un intervalle très rapproché deux enfants, dont l'aîné était mort en bas âge (2). Il avait mis de côté 200 fi'ancs pour s'acheter une montre, ce qui indique bien les faibles ressources du ménage; ce qui me fait estimer davantage le désintéressement du poi'te.

S'il n'était pas bien riche à ce moment, il était très heureux, adorant sa femme et ses enfants. Ses lettres

ili Jl nai ]na i u loih] i thIi m nll y i u-nii nnjoulail i la

liiiiiKi^, ou la su|i|T it M Bue cJiii> bon ViUoi Hugo

arrtnt 1810, dit q<ii »ll< ]iliisii)ii sijouU. k la pmntiui. (p AU) AiUoi Huf.'o, dan* rû Correspondance piiilt, toujoui'liiiiK puLMoiL de iOUUftancs a II y a hi\ nus k Tlu i-oi daiyna niar-foidii iiiLi, y iisMn di 3 000 Ti mes Ctlle pension de 2 (KKI ftadCf. m s ifl 1 T m : 1 1 lout !<'.''! > — « Ln 1823, Il un LoiLis \\ Il \ ment uni p iisioii ou allô

(alun aniLQLlI ( l-iî' j ii ii nom c. Milontaii'e

Ulin-cs(-iu\ i\\, I Mh nhiiU Lu|.ldim ntf eu

ront comme je faime. » (10 août 1834.) Quant à sa femme, c'est «l'ange qui va réaliser tous ses rfives de vertu et île fi'-liciti'^ » ; il a pour elle «une passion indomptable quoique pure et innocente. » (l" septembre lH-J,2.) C'est toujours sur ce ton qu'il parlera de sa femme soit à ses amis, soit à son père dans tes premières années de son mariage. Est-il obligé delà quitter quelques jours, les lettres se suivent à de courts intervalles, toutes déliordantes de tendresse. Eu i^'S), en effet, il fut du voyaye de Reims pour le sacre de Charles X. Il laissa sa femme à Hlois, chez le général Hugo. Drs la première étape il écrit : «Me voici à Orléans, mon Adèle, et avant de dfner, avant de me reposer, avant de m'asseoir (c;ir je suis debout), je veux t' écrire. Tu recevras cette lettre inattendue demain, et cVsL une grande joie pour moi, au milieu de toute m.A tristesse, que de penser au plaisir que ce papier te fera. Et puis j'ai vraiment le cceur aï pldn de douleur, qu'un peu d'épancheiuent me feradu bien, mon Adèle. Tune saurais cnùre combien, depuis que je t'ai quittée, le temps me scmbh^ kmg etla distance énorme,» (11) mai, i heures après midi.) La lettre se termine par ces mots qui prouvent bien le degré d'intiniité des deux époux. 11 Ouvre mes lettres, s'il en vient, et dunne-m'en l'analyse en quelques mcits. Adieu, adieu encore. Je t'aime, s Presque tous les jours une lettre. Et la Dhqiart sont

toi, et toujours toi î C'est toi qui m'as tenu compagnie dans mon insomnie de cette nuit; cest toi qui m'as entretenu au milieu do ces monotones et insipides eonversations de voyage: c'est toi qui m'as donné le oouiage de me séparer de t(ii et nie conser\eras ma foi-ce durant cette ôternoUe absence. \e lis tout ce que jo iVcris qu'à nos b.ms parents: d'autres pourraient trouver notre chagrin ridicnle, et il est inutile de les f:iire rire de co qui nous fait sonlïrir. • ^J.l niai-i Ces autres auraient eu parCai(em,'nt lort : car jamais liomme n'a exprimé des sentiments plus sincères et plus purs que \'ictor Hugo dans cette correspondance.

Couuneni cet accord allait, hchis! être bientôt rompu, comment \ictor Hugo allait supporter ces tristesses, c'est ce que nous pouvons, y- crois, iwj-.nf'VImi, raconter s;>!is ino'uv.'nieiit e! sans inconvenance.

Victor hugo et sainte-bkdve

Si \'iclor Hugo est le plus grand porte du romantisme, Sainte-Beuve en est le critique le plus rmi-

a-i-u pas eu chez lui un tendre sentiment pour une personne qui touchait de pris le pointe? Ce n'est un ' mystère pour personne qu'il a aimt^ M"" Victor Hugo. Cette affection n'a pas t'-té sans influence sur ses jugements et sur ses idées. Il semble ;V un moment donné' mcliner vers le catholicisme, et, quand on connaît son caractère, on peut admettre que c'est plus par di'?sir de plaire que par conviction. II l'avoue lui-même quand il dit : f Je n'ai jamais ali.'-né ma volonté et mon jugement, hormis un instant, dans le vïonde de Hugo, et par Veffet d'un diarme le plus puissant et (eplus doux, celui qjii enchainail limaud dans lejnrdCn d'Armide. » Quelle a rtv. cette passion? Comment les trois personnages en cause en ont é((; affectés? C'est ce quej voudrais essayer de montrer en m'aidant de la C'ocrespondance de Victor Ilugo(l).

imul HiiV., Votor ll,t',ù ao'tnt '. \: ■.m-V>\. .|:>!l.|(;y; \'an^ I^Tiilorf, lW9i.p.r,I.llU;\-i.^,r

miers pas. « J'étais trop critique, répond Sainte-Beuve, même dans ma jeunesse, pour aller d'emblée me jeter à la tête des auteurs dont je pouvais avoir à parler. Mais voici ce qui se passa : j'avais été chargé par M. Dubois de rendre compte, dans le Globe, du recueil des Odes et Ballades; je l'avais fait avec des réserves, mais dans un assez vif sentiment de sympathie et de haute estime. Victor Hugo étant allé voir M. Dubois lui demanda mon nom et mon adresse pour me remercier. Or, précisément, je demeurais porte à porte et, sans le savoir, près de Victor Hugo, rue de Vaugirard. Hugo y occupait un modeste appartement au second, n" 90, et moi j'y habitats, avec ma mère, au n° 94. Hugo étant venu chez moi sans me rencontrer et m'ayant laissé sa carte, j'allai lui rendre visite le lendemain vers midi, et je le trouvai à déjeuner. La conversation, dés les premiers mots, roula en plein sur la poésie...

petit Uvre est à vous; votre nom s'y trouve à presque toutes les pages ; votre présence ou votre souvenir s'y mêle à toutes mes pensiies. Je vous le donne, ou plutôt je voua le rends ; il ne se serait pas fait sans vous. Au moment où vous vous lancez pour la première fois dans le bruit et dans les orages du drame, puissent ces souvenirs de vie <iomestique et d'intérieur vous apporter un frais parfum du rivage que vous quittez ! Puissentils, comme ces chants antiques qui soutenaient le guerrier dans le combat, vous retracer l'image adorée du foyer, des enfants et de l'épouse. » Il y a dans cette Préface un méliingc de mélancolie et d'espérance, qui m'a beaucoup frappé. Il semble avoir touché le fond de la tristesse humaine et avoir été ramené à la vie par une amitié o pure et pieuse, empreinte d'immortalité ». — ï Vous m'avez consolé d'abord, et ensuite vous m'avez porté à la source de toute consolation : Dieu et

Et là BOUS trouvant seule, 6 mtre et chaste épous El vos unftLnts au loin êpars sur la pelouse, Et cotre époux ab»ent et sorti pour rêver, J'entre pourtant; el tous, belle et saiisvous lever, Me dites de m'asseoîr; nous causons; je commenc A cous ouBrir mon eteur, ma nuit., mon. nide Ma jeunesse dé}à dévorÉe à moitié, - Et vous me répondez par des mois d'amitié; Puis revenant à, vous, vous si noble et si pun;.

Nous parlons de vous-même. . . ~

Et quand vous avez bien de vos félicilés

EpuUé le récit, alor»: vous ajoutez

Triste, et tournant au ciel cotre noire prunelle :

B Hélas! non, il n'ett point ici-btt* de mortelle

Qui se puisse avouer plus heureuse que moi ;

Mais à ccrtaim moments, et sans sacoir pourquoi,

Il me prend des a':cês de sou/Urs et de larmes, t

Nous avons là tous les signes avant-coureurs d'une défaillance prochaine. L'aini profite de l'absence de rf''poux, il dit ses tristesses, il se fait plaindre; et que d'amours ont coinmencé par la pitié! La femme est niTveuse et mélancolique, elle n'a aucun grief à formuler, elle est aussi heureuse que possible; mais elle nai-le de son bonheur avec des larmes et des soupirs. cilles confidences m'auraient un peu inquiété si été à la place de Victor Hugo. Elles sont du

En août, il s'adresse au mari et la femme, A deux absenta :

Couplo EmurouK et brill&nl, voua qui m'avez admis

Dts longtemps comme un hôto li vos fa^crs amis,

(}ui m'avuz laissé voir en votre destinée

Triomphante, ot d'éclat partoul ânvîronnée,

Le cours intérioar do vo9 félicités,

Voici doux jours bientôt que je vous ai quittés.

Couple heureux et brillant, je ne vie pliig qu'en tni.

Voua avez remarqué : il s'agit d'une absence de deux jours seulement ; et il envoie ou il écrit une pièce d(! vers, pour qu'on ne l'oublie pas et pour montrer que son cœur est fidèle. Quelle amitié, quelle fidélité ! En septembre, il s'adresse au poète seul :

Enfin, en octobre, il le glorifie dans un sonnet dont voici le début :

Votre géiiiû ust «l'arid. Ami, votre (jon.sir

Monl«, commu i^li^èe, au char vivant d'i:!

ù qui pi

Votre soul'Jle un {KiHsanC p'>uri-;iit nous reii

Mais vous proiiL'Z bien gai'ilo. Ami, du non

bie-,iier.

Mais il y a un livre de poésies, que l'auteur a fait imprimer et n'a pas publié, où les aveux sont bien plus compromettants pour M'"" Vi'Jtor Hugo. C'est le Livre d^amouryi) tout consacré à Adèle, c'est-à-dire M"" Victor Hugo. Voici la première entrevue :

Eli entrant ju la vis, ma future maHrease, A côté du génie, un peu reine et déesse...

En sarrau du malin, éclatante sans art, M 'embarrassant d'abord de son fixe i-egard... Et monchoûB fat rapide et /eu» ma deatinée.

P«u à peu il prend l'habitude de la voir, il devient un familier de la maison : mais son alTection reste encore pure et désintéressée :

Qu'enli'e les sons brillants de l'enchanteur désir,

L'étemel sacrifice élève son soupir;

Que tendre et pénétranl, mélancolique, austère.

s faites par M. Pons,

et l'idée du partage avec le mari, et les vers équivoques à, la petite Adèle, où l'on se demande s'il ne parle que

Enfant délicieux ([ue sa mèn; m'envoie, Demier-nti des éjioux dont j'ai rompu la joie; Enfant qui m'attendris, car pour nous tu souffris. Toi seule, enfant sacré, me rattaches à lui.

Je ne veux pas insister davantage. Malgré la pré-

cision des détails, rien ne prouve que Sainte-Beuve n'ait pas altéré la vérité : ce serait dans ce cas une abominable action. Un amant heureux peut- vouloir, en vers ou en prose, conserver le souvenir de sa bonne fortune ; un amant malheureux peut avoir voulu se venger; un poète peut avoir écrit ses rêves, quelque impurs qu'ils fussent, sans les prendre pour la réalité : et cela expliquerait pcul-ôtre que Sainte-Beuve ait composé le Lirre d'amour et ne l'ait pas publié. La question parait donc insoluble, à moins de récuser ou d'accepter comph'.'tement le récit de Sainte-Deiive : ce qu'il est peut-èire également difficile de faire. Laissons maintenant la parole à Victor Hugo.

Sainte-Beuve et qu'il a été sincèrement affligé d'avoir ,à rompre avec lui; sans doute il a. été' affligé des causes de la rupture, mais peut-être autant de la rupture elle-même. La Correspondance seule peut nous éclairer à ce sujet.

Lefl Lettres à Saînle-Iieuve vont de février 1827 au 1" avril 1834. La première (du 8 février 1827} convie cérémonieusement monsieur de Sainte-Deuve à venir entendre une lecture de Cromwell. Dans la seconde (mi-février) il le remercie o des beaux vers s qu'il lui a communiqués et dont il l'a fait le «confident i. Il signe déjà : « Votre ami s. Bientôt après il l'appellera « cher ami ». Nous n'avons pas en somme beaucoup de lettres de cette première j)ériode et cela se comprend. Sainte- Beuve vient familièrement presque tous les jours cliez son ami qui est en même temps son voisin. Cest quand il s'absente qu'il peut recevoir des lettres de Victor Hugo: pendant un voyage en Angleterre, en IfS'Jy;

parlé de vous, pensé à vous, qu'il n'y & plus de bonne soirée, nie Notre-Darae-des-Champs, depuis que vous n'y êtes plus, plus de canapé, plus de coin de feu, plus de causeries, que vous nous avez manqué pour tout • (2 novembre 1829). On ne peut pas être plus aimable et plus cordial. Dans une autre circonstance il s'efforcera de relever le courage un instant abattu de" son ami. « Songez aux amis que vous avez, à un surtout, à celui qui vous écrit ici. Voiis savez ce que vous êtes pour lui, quelle confiance il a en vous pour le passé comme pour l'avenir. Vous savez que voire bonheur empoisonné empoisonne à jamais le sien, parce qu'il a besoin de l'ous savoir heureux. Ne vous découragez donc pas. Ne faites pas de ce qui vous fait grand, de votre génie, de votre vie, de votre vertu. Songez que vous nous appartenez, et qu'il y a ici deux cœurs dont voua êtes toujours le plus constant et le plus cher entretien. Votre meilleur ami, V, Venez nous voir, » Quand nous n'aurions pas d'autre témoignage, ces quelques lignes suffiraient à montrer la profonde, la réelle affection du grand poète pour celui t qu'il a besoin de savoir heureux ». Quelle douleur poignante dans son âme, lorsqu'il commencera à douter I Quels efforts pour essayer de se faire illusion et de concilier l'amour et l'amitié! C'est là en elTet ce qui explique la conduite de Victor Hugo. Il ne voulait sacrifier ni l'amour pour

La dernière lettre citée était du 3 novembre 1830. Entre le 4 novembre et le 8 décembre quelque chose s'est passé. Quoi? Je l'ignore. Mais désormais le ton changera ; désormais Victor Hugo sera obligé de faire effort pour garder ses illusions et consolider cette amitii'' qui croule. Il y a là un drame d'une grande tristesse, auquel i! nous est permis de nous intéresser, quoique nous ayons affaire à des êtres vivants et non à des personnages fictifs, c Pouvez-vous croire que je parle de vous légèrement? J'ai pu vous dire inconstant pour des alTaires d'art ou autres misères, mais point pour des affaires de cœur. N'ensevelissons pas notre amitié : gardons-la chaste et sainte, comme elle a toujours été. Soyons indulgents l'un pour l'autre, mon ami. J'ai ma plaie, vous avez la vôtre; l'ébranlement douloureux se passera. Le temps cicatrisera tout ; espérons qu'un jour nous ne trouverons dans tout ceci que des raisons de nous aimer mieux. Ma femme a lu votre lettre. Venez nie voir souvent. Écrivez-moi tou-

puner pui» lungieinps lui mai qui se pruionj^era» indéfiniment avec votre séjour à Paris... Cet essai de trois mois d'une demi-intimité, mal reprise et mal recousue, ne nous a pas réussi... Quand vous n'êtes pas là, je sens au fond du cœur que je vous aime comme autrefois ; quand vous y êtes, c'est une torture... Tout m'est lui supplice à présent. L'obligation même, qui m'est imposée par une persoime que je ne dois pas nommer ici, d'être toujours là quand vous y êtes, me dit sans cesse et bien cruellement que nous ne sommes plus les amis d'autrefois. Votre plaie est-elle cicatrisée? Je n'en sais rien. Ce qneje sais, c'est que la miennene t'est pas. Chaque fois que je vous vois, elle saigne. » On peut trouver que Victor Hugo est bien patient. Il a peur de faire de la peine à celui qui est cause de sa souffrance. C'est ime délicatesse héroïque. Tout ce qu'il demande, c'est qu'on cesse de se voir momentanément; mais il' espère qu'on s'écrira et qu'on s'aimera toujours. Il signe toujours : « Votre ami, voire fri-re. » Et il ajoute : « J'ai fait lire cette lettre à la seule persoiuie qui devait la lire avant vous. » Donc i! sait que Sainle-Beuve aime sa femme; elle l'a prié d'être toujours là quand l'ami viendrait. C'est donc qu'elle a peur, qu'elle n'est pas

mon amour cessât ae m aimer, jai oeau me reaire tout ce que vous me dites (on ne serait pas fâché de savoir ce que Sainte-Beuve pouvait lui écrire; le saurons-nous jamais?) et que cette pensée même est une folie, c'est toujours assez de cette goutte de poison pour empoisonner toute ma vir. Oui, allez, plaignezmoi, je suis vraiment malheureux. Je ne sais plus où j'en suis avec les deux êtres que j'aime le plus au inonde. Vous êtes un des deux. Plaignez-moi, aimezmoi, écrivez-moi » 1,7 juillet 1831). C'est lui qui a besoin d'être consolé, encouragé. « Priez Dieu pour que le calme du cœur me revienne. Je ne suis |ias habitué à soulTrir. Kcrivez-moi, ne m'abandonnez pas » (10 juillet IKtl). Je ne suis pas habitué à soujf'i-ir.' Je suis aussi touché par ce mot que s'il était prononcé par un personnage de tragédie. Ce n'est pas l'imagiimtion, c'est le cœur qui parle. C'est la nature qui se montre à nous, moins héroïque peut-être, et eucnre! mais plus vraie que sur le théâlre.

Il semble que dans les mois suivants un peu de calme soit entré dans l'dme de Viotor Hugo; ou peutêtre après le premier saisisstiment s'cst-il fait davan-

Il lui demande dfs services littéraires, le met au courant de ses pièci'S et de ses travaux; il laisse sa fille Léopoldine lui souhaitrr la bonne année. En février 1833 Sainte-Beuve, qui est décidément bien susceptible, s'est plaint A Victor Hugo de paroles prononcées contre lui. « Nous sommes des amis sérieux, répond Victor Hugo. C'est notre devoir de ne jamais ajouter foi aux commérages qir'on pourrait colporter de vous à moi et de moi à vous, tantôt bêtement, tantôt perfidement... Vous êtes une de mes religions » (25 février 1833), Voici une lettre triste et mélancolique qui nous en-dit beaucoup sur les sentiments de Victor Hugo, « Vous connaissez bi<'n peu ma nature, Sainte-Beuve; vous m'avez toujours cru vivant par l'esprit, et je ne vis que par le cœur. Aimer, et avoir besoin d'amour et d'amitié, iiii'ttez ces deux mots sur qui vous voudrez, voilà le fond heureux ou malheureux, public ou secret, sain ou saignant de ma vie; vous n'avez jamais assez reconnu cela en moi.,. Il n'y a pas de question hViéroire entre nous. Il y avait un ami et un ami. Rien de plus et rien de moins, il'avoue que l'absence a produit sur nous deux des effets inverses. Vous m'aimez moins qu'il y a deux ans, moi je vous aime plus. Kny réfléchissant, on voit que c'est tout simjile. C'est moi qui étais le blessé. L'ovibU lent et graduel de part et d'autre des faits qui nous ont séjiaL-és tourne pour vous dans mon

de n'avoir jamais quitté le premier im cœur qui m'aimait > (22 août 1S3.'}), Tout n'est pas encore fini. Au moindre mot aimable de Sainte-Beuve, Victor Hugo croitque son ami lui revient. Cependant il sent bien chez lui peu de bienveillance et peu de sympathie. La dernière lettre est du 1°' avril 1834 ; elle laisse voir encore plus de tristesse que d'amertume. « Il y a tant de haines et tant de lâches persécutions à pai'tager aujourd'imi avec moi, que je comprends fort bien que les amitiés, même les plus éprouvées, renoncent et se délient. Adieu donc, mon ami. Enterrons chacun de notre côté, en silenci', ce qui était déjà mort en vous et ce que votre lettre tue en moi. Adieu, »

Cette Corrcspondanre, «n somme, fait le plus grand honneur au poète : et ji' ne'comprcnds pas vraiment toutes les protestations qui s'élèvent contre ia publication des lettres de ci-ux qui nous ont énms et enolianlés par leurs ouvrages. Victor Hugo montre dans sa Cor-

satisfaisante le drame douloureux dont a saigné le . cœur du grand poêle ? Voici ce que nous pouvons conclure : Sainte-Beuve a aimé M"'° Victor Hugo; celle-ci a aimé Sainte-Beuve. Mais rien n'autorise à croire que cet amour soit devenu coupable ; tout fait supposer au contraire, malgré les insinuations peu délicates de Sainte-Beuve, que l'honneur de Victor Hugo a été saiivegai-dé, — si la tranquillité de son foyer a été troublée, Victor Hugo a souffert de n'être plus aimé, mais il a soulTert aussi de voir son ami malheureux. 11 a lutté longtemps pour sauver A la fois son amour et son amitié. Et c'est là une des luttes les plus tragiques que je connaisse. Il a dû s'avourr vaincu et comprendre, un peu tard peut-être, qUe toute conciliation était impossible, Sainte-Beuve a dû souffrir, lui aussi, mais il a OLM-iaincment moins souffert que son ami. Et des deux le meilleur et le plus grand par le cœur est encore Victor Hugo.

peuple, porté au pinacle, honoré par les républicains, sympathique même aux socialistes, sa réputation touchait è, la renommée, quand sa mort, arrivée en août (2) 1857, le porta jusqu'à la gloire. » Comment y eut-il bientôt après un effondrement rapide, sinon définitif, de cette renommée? Quelques chansons posthumes furent l'occasion de ce revirement d'opinion. Elles étaient consacrées à Napoléon I". On était sous Napoléon III. Tous ceux qui faisaient de l'opposition à l'Empire, les républicains et les royalistes, s'empressèrent d'attaquer « le faux républicain » et en profiti'rent pour attaquer e le faux poète, le faux bonhomme». Nous allons voir ce qu'il y avait d'injuste dans ces accusations portées contre le chansonnier par une gi''nération qui ne le comprenait plus ou qui affectait de ne plus le comprendre : ces hommes de 1858, uni-

(1) La Béranger de» Ecule» (Garnici-).

(d) IlC-ranger mourut lu 16 juilk-t.

Béranger n'eut pas une enfance heureuse. . Il n'eut pas auprès de lui les sojna et la tendresse d'une mère. Il était nij le 19 août 1780, chez son grand-père, tailleur, rue Montorgueil. En 1789, il ('tait dans une petite pension du faubourg Saint-Antoine, d'où il vit prendre la Bastille. Confié aux soins d'une tante qui tenait une auberge à PiToiine et qui lui servit de mère, U commença son éducation en lisant Télémaquet Racine et le théâtre de Voltaire. U reçut là de fortes impressions qu'il n'oublia jamais. « Dans quelle triste afixiété nous jetait alors, ma tante et moi, l'invasion des armées coalisées! Le soir, assis à la porte de l'auberge, nous prêtions î'oretlle au bruit du canon. Chaque jour, Vhorreur de Vétramjer Qrandissaît en moi. Aussi avec quelle joie j'entendais proclamer les vicloires de la République! Lorsque le canon annonça la reprise de Toulon, j'étais sur le rempart, et, à chaque coup, mon cœur battait avec tant de violence que je fus obligé de m'asseoir sur l'herbe pour reprendre ma respiration.

Voilà le premier trait, et le trait le plus profond de son caractère : le patriotisme. C'est parce qu'il est patriote qu'il a chanté Napoléon, quoiqu'il fût sincèrement républicain, c Si l'on me denjande comment, avec mes opinions républicaines, je n'ai pas été révolté par la violation de la Constitution au 18 brumaire, je répondrai naïvement qu'en moi (e patriotisme a toujours dominé les doctrines politiques, »

Il ne semblait nullement préparé à devenir un poète. Il avait reçu une instruction très élémentaire. Il ne connut jamais ni le grec ni le lalin : il avait peu de sympathie pour te génie romain, il eut au contraire, de bonne heure, un goût très vif pour la Grèce :

II commença à faire des vers à douze ans : il était alors dans une ignorance absolue des règles de la prosodie. Plus tard, ajoute-t-il, « je travaillai, je devins assez habile, mon amour pour la poésie se changea en p'uision, et cette passion fut ma consolation dans ma détresse. Je m'essayais dans tons les genres, et j'usais mon temps à chercher quelque petit emploi ou à passer tour à tour de l'idylle à l'ode, et de !a comédie au poème épique ».

Il était dans la plus grande gène lorsque, très

premier recueil est de 1815 ; son cinquième et dernier, de 183^, Comme plusieurs de ces chansons étaient des chansons patriotiques et politiques qui attaquaient vivement la Restauration, il perdit sa place en 1821, et, la même année, traduit en cour d'assises, il fut condamné & 500 francs d'amende et trois mois de prison. C'était la célébrité. En 1H28, nouvelle condamnation à neuf mois de prison et 10,tXX) francs d'amende. C'était la popularité : e cette popularité, écrivait- il luimême, qu'on veut en vain me contester, et qui est un besom de mon talent ». Non seulement il était populaire, mais il eut, à un certain moment, une grande influence. « Il a été le grand conseiller de son temps. Les hommes les plus haut placés : Manuel, Benjamin Constant, Laffille, Tliiers, ne faisaient rien sans le consulter. A la Uévolutinn de Juillet, M, de Talleyrand U'-moigna le désir de s'entendre avec Ijéranger. » Il avaitbeaucoupcoiilribué par ses chansons à renverser la Restauration : il était un des vainqueurs les plus en vue en IKW. Il ne voulut rien accepter du Jiouveau régime. En 1818, les élecleurs du département de la Seine veulent le nommer député. Il les supplie de ne pas l'arrachtir à la solitude. Nommé malgré lui, il donna sa démissioii, que l'Assemblée refusa d'accepter; il l'ut obligé de la donner une seconde fois, quelques jours après. Quand il mourut, le 10 juillet 18Ô7, le gouvernement voulut que ses obsèques fussent célébrées au\ frais de l'État.

littéraires et politiques.

Nous avons vu son patriotisme, son horreur de l'étranger, ses convictions républicaines. C'est pour toutes ces raisons qu'il attaque la Itestauration. Maïs il n'est pas parmi les impatients; il ne croit pas la France encore mûre pour la République, C'est ce qu'il dit, dans une curieuse lettre à Lucien Bonaparte datée de 1833 : « Lors de celte dernière révolution (celle de Juillet), moi, vieux nipublicain, convaincu que la France n'était pas encore disposée à accepter la forme ré'publicaine, j'ai dôsiré, pour achever d'user la vieille machine monarchique, qu'elle nous servît de planche pour passer le ruisseau. Je crois pouvoir assigner à cet état transitoire une durée égale à la Restauration. Si le parti républicain n'eût pas lui-même commis des fautes que sa position rendait inévitables, nous serions plus près peut-être du dénouement. Ce parti n'a pas encore appi-is à bien connaître la l'Vance nouvelle : aussi rcve-t-i[ l'impossible. »

11 admirait beaucoup Chateaubriand, La Fontaine et Lamartine. « Jocclyn, écrit-il à un de ses correspondants, est, à mon sens, le phis beati monument de noire poésie actuvUe. Moi, que les vers n'ont jamais

tiques. Qu'on retienne cet aveu : <t Mon immuable conflance en Dieu m'a seule soutenu et sauvé. Je n'oublierai jamais que c'est au Génie du christianisme que je dois de n'être pas voltairien, »

II avait une grande admiration pour saint Paul (voir l'Apùtre). « Depuis quelque temps, j'ai relu avec un plaisir indéfînissable les évangiles de .saint Paul, qui sont bien les meilleurs modèles à prendre quand on veut se dcvouer à écrire pour le peuple. C'est un fameux apôtre que cet homme-là. Voilà un vrai révolutionnaire. Oh ! que je voudrais avoir an si grand et si ferme courage! » Enfin, Déranger kii-niême a écrit ce qui suit : « Je na connais guère la Dible, que juste assez pour en penser assez de mal. QuanI à Jésus-Christ, c'est autre chose : C'est nion hoinma! et cela a toujours été, à tel point qu'à vingt ans je faisais maigre le vendredi saint, quoique je ne fusse pas pratiquant, en commémoration de sa mort. »

Avait-il conscience de son talent? Oui, certes; mais Q ne péchait pas par orgueil. « En parlant de Lamartine, écrivait-il, on vanie son yi'-nic, et, de moi, on ne doit vanter que l'cxjirit. Pourquoi? Parce que les œuvres de l'un ont une élévation qui manque à l'autre.

tioe est bien au-dessus de uioi et je suis bien loio de La Fontaine. • Il ajoutait : « Sans doute, quand je me compare à tel ou tel de nos contemporains, je me trou\"e du talent ; mais quand je pense à nos maîtres, à La Fontaine, à Molière, je deviens non seulement modesie, mais humble. La modestie n'est que de l'esprit de comparaison. » — « Je suis un bon petit poète, ccrivait-U à Chateaubriand. hal:)ile ouvrier, travailleur consciencieux, à qui de vieux airs et le coia où je me suis confiné onl porté bonheur, et vuilà tout! Ce n'est qu'en rougissant que je me suis serri du mot de Jyre, Non, ce n'est qu'une vielle que je fais résonner. Mais elle est restée in d-' pendante et ma ser\'i à consoler ce peuple des rues que votre haute littérature a peut-être trop dédaigné. Le goût que jai pour la poésie populaire nie souClle souvent d'étranges choses. Mon antipatîiîe pour le solennel affecté, si opposé au génie de noire langue, fait toujours, dans mes chants, suivre les tons graves de quelques notes burlesquement acceniu^es. J'ai voulu essayer de transporter la po<'-sie dans les carrefours, et j'ai été conduit à la chercher jusque dans le ruisseavi : qui dit chansonnier dit chiffonnier. Si vous me lisez, pensez un peu à Aristophane, mais n'y pensez pas trop. »

retint désormais. « Sûr, nous dit-il, de pouvoir dépenser dans la chanson tout ce que je me sentais d'inspiration poétique, je renon(;ai à tout autre genre; seulement je tins plus que jamais à me servir de nos ponts neufs, à mettre ainsi mes idées à cheval sur nos vieux airs, pour les aider à courir par le monde et dans le peuple. Je m'attachai de plus en plus à entremêler les tons, à dramatiser mes petits poèmes, mais sans jamais ahandonner le refrain, frère de la rime, car sans refrain, pas de succès; enfin je m'astreignis à faire (om( ce que te genre de la chanson exige, pour en obtenir davnnl'i'j'.\ et pour l'élever à la hauteur de tous les sentiments et de toutes les idées, a On voit que Héranger savait ce qu'il faisait, ce qu'il voulait et pouvait faire comme chansonnier; il avait médité sur la supériorité de la chanson. Qu'on en juge par ces paroles : t QutI avantagi' pour moi que de choisir un genre i/ni n'itrnit pus de j'oétique et qui mettait à ma disposition tout ce dictionnaire de la langue française, dont nos critiques ne permettaient guère qu'une partie aux autres formes de lu poésie ! a

L'artiste avait donc, jiloinrmont conscience de son talent.

Mais h.Ucms-nous d'ajouter que son talnit tout seul n'expliquf puH son inllucnce : c'est jiar S'^s qualités

désintéressement. Il refuse lout, les places et les honneurs, la fortune et le pouvoir, l'Académie et la députation : il voulut rester pauvre et indépendant.

ïui' ait à gauchir; .'leur on ni'afliotiL'.

Ami, pourtant, garder votre o Ijis ! j'épousai, bien jeuticî enc' La libei-li, dame un peu rudu.

Au fait, pourquoi [v^nsionner Ma musc; indépendante el vi-aie Je nuis un sou de bon aloi;

On voil par la correspondance de Eéranger l'estime particulii'-re qu'avaient pour lui Lamennais et Chateauhriand. M. Legouvé cite encore le mot de Goethe appelant n<'Tanger un poète de génie ; de Dickens ; « Parmi nos classes laborieuses et éclairées le poète français le plus populaire, c'est Béranger * ;de Stendhal : < Déranger est un des plus grands poètes du xix' siècle ».; le jugement de Chateaubriand dans sos Etudes hîstori'U'es : « Sous le simple titre de chansonnier, un

le chantre d'Elvire parle du chantre de Lisette : « Le 16 juillet 18^)7 sera une date pour la France (1). Ce fut le jour où. dans dos funérailles aussi grandioses et plus unanimes que celles de Mirabeau, la France ensevelit son poète favori dans la personne de Béranger. La popularité persistante et désormais immortelle de Béranger s'explique par trois causes : les circonstances de sa patrie, son talent, son caractère. Il eut à la fois le génie fin et classiriue du sous-entendu et du ridicule, le génie patriuti(iue et martial du corps de garde, le génie élégiaqne et pastoral de la chaumière.

« L'atticisme est le don par excellence de ce poète politique et philosophique, exquis dans ses proportions. Il pouvait être classé, s'il l'avait voulu, au rang des lyriques universels ; il ne voulut être que le premier des poètes populaires, Jes poètes de parti.

« Son t;tlent se compose surtout de trois choses : l'art de la composition, la finesse du style, la vibration du cœur sous le mot. La sensibilité non feinte, mais

(1) I-a pat,T ijui- ji' ■■ill^ ust lirtu ilii loiin; IV du Ciiiirg fnmiUcr de littdraturu (W vuliiiiirs iu-S- divises en lUM fiUrctiiMis, du as fôïrim' l!<.")f) à VaiMi-u IWJ). On saîl t(Uu Laiiiailiiiu eiilicpiil eu lubviii' ellrayaiil imiir iiavor sus créai iciei's, 11 s'y lioiin; ijii^ii lies (\)iifidi'ni;us iirùi'ioiist'H el bk-ii dts pnjji's dis |ireiiiii'v ordi'L'. l.'autuur uuuM iiiltii:ii*! siirtimt ifuikiid il iiavUi du lui-mùmo uu dui humini'H i|u'il a vus ite prùs.

litt^l-rature de ceux qui ne savent pas lire.

« Le vrai nom de Bi'ranger c'était Progrès .■ progrès de la raison, progrès de la philosophie, progrès de la politique, progrès de la charilé, progrt-s de la vérité, progrès du peuple, dont il était le symbole. Jamais un pays ne se personnifia davantage dans son poète. L'Iiommede l'opposition bonapartiste est mort ; l'homme de l'opposition orléaniste contre les Bourbons de 1815 est mort ; l'homme de la r.tison humaino et de la charité populaire ne mourra pas. »

Telle est celte page enthousiaste, où le poète, qui fut si dur pour La Fontaine, fait l'apothéose de Bt'ranger.

ilais nous ne sommes plus en 1^")7. Plus de quarante ans après sa mort, que devons-nous penser du céU'bi-e chansonnier ? quel jugement devons-nous porter sur lui ? quel rang tient-il dans notre histoire littéraire? comment s'explique l'effondrement de sa

renommée .'

La chanson a de tout temps existé en France ; sentimentale ou satirique, gaie ou triste, amoureuse ou

11' J'étiiiuier.ii poui-ètii? hk-n dis lvh, ,.ii disant qw U maison

lucimgt 11. ■» iujau.1, 1» I ugi.av, ii..c avvoriuc i.. puii-

tique du gouvernement et ne ménage pas les mœurs du Toi; elle s'attaque à Mazai'in, à Louis XIV, aux maîtresses royales, aux ministres incapables ou simplement impopulaires; plus tard aux aristocrates; au xvin" siècle elle ne s'occupe pas seulement de politique : elle chante le vin, la bonne chère et le plaisir. Du xii" au xix' siècle elle n'est pas toujours bien liltéraire, maïs elle est la littérature qui convient le mieux au peuple.

Elle est bien loin de représenter tout VespHt français, mais elle représente bien l'espi-it gaulois, cet esprit fait d'irojue et de bon sens, de satire et de raison, qui H'é'léve rarement, qui descend trop souvent jusqu'à la grossicreté, esprit qui circule dans notre littérature, dans les œuvres de quelques grands écrivains comme Rabelais, Molière ou La Fontaine, esprit moyen, sans aucun doute, ot qui correspond assez exactement ;i la moyenne du public.

Béranger eut l'ambition de faire pour la chanson ce que La Fontaine avait fait pour la fable.

Mais, quoiqu'il ait touché à des sujets plus variés que ses prédécesseurs, il reste un chansonnier. Il ne

Gariiicr, in'opi'jt'l.iii'i; dcy.niH 1Rfi7 des œuvri's de BÉran^ïT, L-n vend uni' mo.VfiuLe di' Jf.lWO cxt'mplaii'i's par an,; pn'?s ilr' la jnoiUé de (^s l'Vi'mplairps vnnl i-n RiiSKic i^l sui-ioul l'n AlK'mnwne. Ci'S clùlTi'L'S 1111 pi-ouvt'nt l'Util tut point du vim artittii/ue ; ils prouvant bcaucouji au point <U vuo de Ut pei-sUtance de la ci

veut pas sortir du genre. Il garde le couplet et ne s'arfrancliit pas du refrain. Seulement il met dans beaucoup de ses chansons un meilleur style, et dans quelques-unes plus d'idées et plus d'âme qu'il n'y en a d'ordinaire dans les refrains populaires. Chansonnier il est et veut ètie; c'est comme chansonnier, non comme poète lyrique (malgré le souffle et le pathétique de certaines de ses chansons), qu'il faut le juger et le classer, (.'e n'est pas ;\ Victor Hugo, c'est à Désaiigiers qu'il faut le comparer. Sans doute, il n'a pas atteint, comme écrivain et comme poète, l'inimitable perfection de La Fontaine; mais, comme chansonnier, il est hors de pair.

Si même on ne regardait que le sentiment qui l'inspire, quel autre mériterait mieux que Béranger le nom de poète? Quels plus beaux thèmes que la patrie, Vhtimanitè et la lihertè .'

Il chante nos revers et nos victoires. Il est ému (qui ne l'était après l!^l">, pour les raisons que l'on sait?) par le grand nom de Napoléon. Le premier il fait entrer dans la poésie, aristocratique jusqu'.^ lui, le peuple, les humbles, les misérables, qu'il connaissait bien, qu'il fréquentait, qu'il aimait, e Si la poésie est encore quelque part, a-t-il écrit, c'est parmi eux qu'il faut la chercher. » Il sait mettre dans son vers non seulement du pathétique, mais, ce qui est plus rare, de la pitié. 11 chante ia liberté qu'il adorait et l'indépendance qu'il sut toujours conserver. Faut-il des

Son nom jamais n'attristera men vurs ?

Quelle ironie à la fois pleine de gaietû et d'am«r- , tuine dans (e/iot d'Yveiotoa Paillasse? Q\ioi de plus finement satirique que le Ventru ou le Marquis de Carabas ? Quoi de plus délicat que le Voyar/e imaginaire? Quelle plus haute philosophie ((ue celle qui règne dans les Fous ?

Un fou qui meurt nous It^ue iin Diuu.

Quoi de plus triste, comme tableau des misères sociales, que Jarv/ufs? Quel terrihle pressentiment de l'avenir, dans le Vieux Vagabond ou Jeanne la lîou.s.'ie ^

Il n'a pas iHi'' seulement le conseiller des hommes de son temps, il a été vraiment, ce qui vaut mieux, le consolnlew (hi imijite.

Les vieux sukhits pouvaient lui dire :

11 y a, donc cbez lui de nombreuses et rares qualités : il sait allier la raillerie et la profondeur, la satire et le bon sens, la naïveté et la grandeur ; il sait être à la -fois « épique et familier, rester vrai en étant naïf m (M, Legouyé), Il a, pas toujours, mais souvent, la finesse, la vivacité, la précision, la souplesse, la grâce, l'énergie, surtout le naturel. Il est vrai que, souvent aussi, ses phrases sont obscures et manquent de précision; il abuse des allusions mythologiques et des périphrases classiques, « 11 a, dit M. Legouvé, deux qualités de premier ordre, l'invention des sujets et l'art de la composition ; mais, il faut l'avouer aussi, souvent le grand souffle, Vafftatua, lui manque. Chez lui l'exécution trahit parfois l'inspiration, 11 vise plus haut qu'il ne peut atteindre. Il veut faire entrer trop de choses dans un couplet ou dans un vers. De là, dans l'ensemble de son œuvre, quelque chose de pénible, d'obscur, qui sent l'effort. »

M. Legouvé, qui est cependant très favorable à Béraiiger, nous indique ici une des raisons qui ont contribué à l'effondrement de la gloire de Béraiiger.

Ces raisons sont de plusieurs sortes ; il y en a de politiques et pour ainsi dire d'historiques ; il y en a de littéraires ; il y en a même de morales.

jours un peuple et des bourgeois qui pourraient comprendre Bérauger. Mais les temps ont changé, et tes moeurs aussi. Il y a vingt ans les chansons patriotiques de notre auteitr auraient pu, peut-être, faire vibrer l'âme de la foule ; mais le patriotisme n'avait plus, en 1871, la même forme qu'en I8I5. Il y avait dans ces chansons, à côté de la patrie et de la liberté, le nom de Napoléon : après 1815 c'était une protestation ; après 1870 c'eût été une provocation. Ce qui avait fait le succès de Bérauger ne pouvait, aujourd'hui, que lui nuire.

Ajoutez à cela que le peuple et la bourgeoisie s'habituaient de plus en plus à un autre genre de chansons qui font regretter celles de Béranger : la bêtise et l'obscénité sont applaudies aujourd'hui dans les endroits où l'on chante, plus souvent qne l'esprit et la délicatesse; d'ignobles persojuiages, inconnus de Bérauger, sont duvejius les héros et les héroïnes de la chanson.

Et le peuple n'est pas seul à trouver du plaisir à ces refrains macabres ou orJuriers.

pour la chanson de Bi>

«ciuiii .j«.:i.,,(u vnusf:. omis aouir, H t!>,|, à l'heure actuelle, ijïiioiV; de liieii des geus. Aussi, t-M-co muheureuse idée qu'a eiLe M. Leyouvr d'offrir au public un choix de ses écrits et de vouloir le faire entrer dans ies écolt^s. Les entants ne sont yuére scnsiljles au raffinement diL style ; ils comprendront et aimeront h- Béranger qn'on leur prési'utej'a.

Et, peut-être, hk'u des parents (je ne padi- j.as d^s grands-parents, qui doivent le savoir par cœurl serojil à la fois ('■(oiniés el ravis de faim ia coiniaissaiici' de

tiire il y a, plus que jamais, obligation à cela. Ne faites pas comme tous ceux qui se contentent de l'art pour l'art; cherchez en vous s'il n'existe pas quelque croyance ou de patrie ou d'humanité, à laquelle votls puissiez rattacher vos elTorts et vos pensées.

• Vous avez un cœur noble et bon, un esprit généreux; il n'est pas possible que la société, qui n'a pu les corrompre par ses caresses, dc vous ait pas laissé aussi quelque sentiment d'amour pour vos semblables. «

M. Legouvé a suivi les conseils de Déranger, et depuis le jour, bien lointain, où il a pris la plume, «il s'est occupé d'être utile » .

Au point de vue purement littéraire, si l'œuvre de Béranger n'a pas dans son ensemble cette beauté parfaite qui assure l'immortalité, plusieurs de ses poésies peuvent et doivent rester. Qu'un changement ait lieu dans le goût du public, que les uns se lassent du raffinement et les autres de la vulgarité, et il peut reprendre et garder le rang qu'il mérite, et qu'on lui dénie souvent, dans notre histoire littéraire. Peutrêtre, seulement ses' admirateurs seraient-ils bien inspirés en ne cherchant pas à toute force à le classer parmi les poètes lyriques.

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