‹ Les poètes du xixe siècle, période romantique: période romantiqueChapitre 21 sur 24 · ET LE CONTEUR · texte numérisé non relu

ET LE CONTEUR

S'il suffisiiit, \muf élre un grand écrivain, d'ôtre un merveilleux artiste ci un impeccable ouvrier, aucun nom, dans notre histoire littéraire, ne serait au-dessus de celui de Théophile Gautier. Cependant la plupart des oritiques ne le mettent pas au premier rany. Je vais chercher les raisons de ce jugement dans l'étude de sa vie et de ses ceuvres. Cette étude, je la ferai avec toute la sympathie ([ue m'inspirent la perfection de son art et la probité de sa vie.

Il était né artiste; il fut passionnément romantique, quoiqu'il eût plus de Sagesse et de modération dans l'esprit que la plupart de ses amis; il avait l'Iiorrour (le l'action e.xtérieurr, un penchant invincible à la rôvcrie, ce ijue l'on a quelquefois confondu avec la

d'articles qu'il a semés dans différents recueils depuis sa vingtième année. Poète, il a été obligé bien souvent d'écrire en prose. Mais, quelque sujet qu'il traite, critique lititéraire ou critique d'art, voyages, romans, nouvelles, partout il se révèle comme un maître, — ou tout au moins comme un maître écrivain.

Né à Taibes, le 31 août 1811, d'une famille originaire du Comtat-Venaissin, vers 1814 il est amené à Paris, Il lie put jamais s'acclimater complètement dans cette ville où cependant il était arrivé tout enfant. « Quoique j'aie passé toute ma vie à Paris, dit-il, j'ai gardé un fond méridional ». Il eut toujours la nostalgie des pays chauds. A onze ans, mis au collège Louis-le- Grand, il y languit comme dans une prison: il en con-

(1) HUtAiire das a-ucreg -te TliéophilL- Giiiilwr, iiar K- vioonilo de Ijsveiijoiil (Paris, l'IiaiiwiiIkT, ÏSBT), i vul. iu-S% W5 H 602 iKifes, 2,370 aimî.'vor.

lut toujours avec passion. Il dévorait tout, l'antique et le moderne, nos vieux poètes et nos vieux prosateurs, « les dictionnaires, les grammaires, les prospectus, les recettes de cuisine, les almanaclis (li, » !1 avait coutume de dire: « 11 n"est si pauvre conception, si détestable galimatias qui n'enseigne quelque chose dont on peut profiter. u'Doué d'une prodigieuse mémoire et d'un esprit plus méthodique que l'on ne l'aurait cru, il se laissait i Teuilleter » par ses amis, et ou le feuilletait toujours avec prolit.

Né artiste, épris do la ligne et de la <'outeur, il est d'ahord attiré par la peinture. Il entre dans l'atelier du Kioult, Plus tai-d seulement, tjérard de Nervul l'entrai na vers la littérature. C'était le moment où les romantiques s';igitaient : la lutte allait être chaude à propos d' //'•?■)( it m'. On fît ai'pel aux ateliers de peintres et do

tli Ma\iuio Du Camp, op. cit., [>. 17.

ei qui nous lera marcner jusquau doux ae la carnere. Bien du temps s'est écoulé depuis, et notre éblouissement est toujours le mê[ne. Nous ne rabattons rien >de l'enthousiasme de notre jeunesse, et toutes les fois que retentit le son magnifique du cor, nous dressons l'oreille comme un vieux cheval de bataille prêt à recommencer les anciens combats (1), » II serait de mauvais goût de railler un pareil enthousiasme ; il faut, au contraire, plaindre ceux qui, malgré la distance, n'en ressentiraient pas encore la contagion. De ce moment date le culte, qui ne se démentit jamais, de Gautier pour Hugo. La peinture fut abandonnée pour les lettres. « C'était une époque où il s'agissait, dit Gautier, d'avoir de la truculence, du paroxysme, d'être moyen Age et de rosser les soldats du guet. » Il fut du son temps. Il appartint à ce cénacle où toutes les excentricités étaient permises, et d'où sortirent quelques grands poètes. C'était le bon temps, « où l'on se nourrissait de gloire et d'amour. » Vingt-sept ans après cette date mémorable de itOO, il écrivait encore : « Le somenir a la fraîcheur d'un souvenir d'hier ; l'impression d'enchantement subsiste toujours... Oui,

(1) Tliiuiiliilc Gaulior, llintoire du romaïUigme, p. 99.

prose, il allait demander le pain.

En I83(i, il entre au journal In l'rrssr, cliargé d'abord de la critique d'art, puis- de la critique draniatiquo. U allait être jusqu'à la fin de sa vie l'esclave du l'euilleton. En If^Ôô, il passe au Moniteur universrl, puis, plus tard, au Journnl officiel. Comme critique d'art, il défend avec vivacité la peinture nouvelle, celle de Delacroix, contre celle de Delarochc.

Critique dramatique, il fait régulièrement, sans enlliousiasme, son métier; il le fait avec eimui, mais avec bienveillance. Toutes ces uiuvi'es qu'il avait à ju!^er étaient en jjérici'al si loin de ses préoccupations et de ses goûts artistiques! Trouva-t-il au moins, dans ce métier, l'indépendance que peut procurer la fortune? l'as même. On a calculé que de IKiU ù 1851 il toucha eu moyenne à In l'resse IJ.ritMt francs par au. Il aurait pu certainement gayner davantage; mais il ne songea jamais à spéculer avec sa |>lume, au grand élonuomcnt d'Emile do Girardin, qui disait: « Gautier est un imbécile qui ne compj'end rion au journulisme; je lui avais

Scudéry et Cyrano, Saint-Amant et ScaiTon. Il les replace dans leur milieu, il les fait comprendre, les fait voir et les fait vivre. « Je trouve, dit-il, un singulier plaisir à déterrer un beau vers dans un poète méconnu ; il me semble que sa pauvre onilire doit être consolée et se réjouir de voir sa pensée enfin compi-ise; c'est une réhabilitation que je fais, c'est une justice que je rends. ■

En 18(i7, chargé de faire un rapport sur la poésie française depuis 1848, il l'a écrit avec une Bincérité courageuse (i). Il fait remonter la naissance de la poésie moderne à la publication eu 1819 des œuvres d'André Chénîer. a Toute la fausse poésie se décolora et tomba en poussière. L'ombre se lit rapidement sur des noms rayonnants naguère et les yeux se tournèrent vers l'aurore qui se levait. De Vigny l'aisait paraître Us Poèmes antiques et modernes; Lamartine, (es MédI talions ; Victor Hugo, U-s Odes ei Ballades; et bientôt venaient se joindre au groupe Sainte-Beuve avec Ifs Poi-sics de. .losejiU Dclormi-, Alfied de Mus-

(Ij Us Progrès de la ii^rnU- fianç-aise ilrpiiis 18H0.

dans cet enthousiasme quelque ressouvenir romantique. Cependant il a toujours eu nn certain goût pour l'exo' tisme, fMjur tout ce qui n'était pas le boulevard et la civilisation parisienne. Il aurait voulu voir à l'étranger des choses différentes de celles qu'il connaissait ; et il constatait avec douleur « que l'uniformité la plus désespérante envahit l'univers sous je ne sais quel prétexte de progrès. » Aussi aime-t-il tous les spectacles qui conservent encore quelque originalité, comme les courses de taureaux ; il partage l'enthousiasme de la foule. Le torero, en présence du taureau, c'est, dit-il, « une situation qui vaut tous les drames de Shake.'ipeare », Il quitta avec regret ce pays- qu'il considérait comme la vraie patrie de son âme.

précision et ce pittoresque qui font revivre les pays parcourus. En 1852, il visite Constantinople ; en 1858 la Russie. Athènes le « transporta ». Il est curieux de noter l'impression faite par l'art classique sur ce fervent romantique. « A côté du Parthénon tout seinlile barbare et grossier. ■ Et il ajoute ; « J'aimais beaucoup les cathédrales sur la foi de Noti-e-Dame de Paris ; mais la vue du Parthénon m'a guéri de la maladie gothique, qui n'a jamais été bien forte chez moi ».

Il avait le tempérament plus cla.ssique qu'il ne le croyait lui-même: de làsun admiration pour « la beauté vraie, absolue, parfaite » qui rayonne sur l'Acropole. Mieux que Déranger il aurait pu dire:

Oui, je fus Grec : I'>jlkaijOre a mison.

Comment parvenait-il à concilier son ardeur romantique et sa dévotion classique ? C'est le mystère et le bonheur de ces organisatione d'artistes.

N'oublions pas cependant que malgré son enthousiasme il fut toujours clairvoyant. D6s ses premiers

raconté de point en point la chronique de tel roitelet breton antérieur à Gralon et à Conan, et vous Teussiez fort surpris en lui parlant de Napoléon. » Comme conteur, Gautier nous charme par l'esprit, la grâce et l'imprévu; mais il ne faut pas lui demander une peinture des mœurs contemporaines. Ses romans décrivent surtout l'âme et les rêves de Gaulter. Maden\oiseUe de Maupin (183.")i est une œuvre romanesque, traitée jadis d'immorale, pleine d'impertinence, de paradoxes, de jeunesse, écrite avec une verve et un éclat incomparables, par un auteur c[ui ne se gène pas pour jeter ses propres opinions au travers du récit. C'est aussi peutêtre un essai de réaction contre la littérature'sentimentale de l'époque. C'est surtout le rêve d'un artiste épris de la forme et de la beauté. Rêve d'artiste' encore que Fordidio (li?37i, cette histoire d'un hindou qui, malgré ses millions, s'ennuie au milieu des plaisirs de Paris. Fortunio, dit-il dans la préface, est un hymne à la beauté, à la richesse, au bonheur, les trois seules divinités que nous reconnaissions. » II est temps d'en finir avec n les platitudes prétentieuses qui, rept'oduites à satiété, énerveni et amollissent la jeunesse d'aujourd'hui. » C'est en même temps l'amusant paradoxe d'un humoriste qui cherche à étonner, les bourgeois.

di' en niailiv tVrivain, — el r'esl iiii cliff-d'œ-iivre.

(laiitiiT avnil i|iii ■li| lit' Fois songe'' à (nivo. du th<'dti'c(l)

Mais il ne parait pas en avoir en le duu. Je ne

nvli('ri'lit'i-;ii ]).is poin-c[noi. Il est toujours hasar-

■ deux de faire des théories sur un pareil sujet. A

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