BARBIER
Barbier (Auguste) naquit à Paris le 29 Avril 1805 et y mourut en 1882.
Ses poèmes qui ont été recueillis et publiés en un volume intitulé " ïambes " sont marqués au coin d'une énergie que beaucoup de critiques ont trouvée exagérée. Il faut cependant dire que, comme satires politiques, ils ont rarement été surpassés. Barbier a écrit beaucoup d'articles de journaux, mais il est et restera par excellence le poète des " ïambes ", de ce mètre si fort que les Grecs eux aussi appliquaient au genre satirique.
Il fut élu membre de V Académie en 1869.
Encor Napoléon ! encor sa grande image !
Ah ! que ce rude et dur guerrier
Nous a coûté de sang et de pleurs et d'outrage
Pour quelques rameaux de laurier !
Ce fut un triste jour 1 pour la France abattue,
Quand du haut de son piédestal Comme un voleur honteux son antique statue
Pendit sous un chanvre brutal.
Alors on vit au pied de la haute colonne,
Courbé sur un câble grinçant, L'étranger, au long bruit d'un hourra monotone,
Ébranler le bronze puissant ;
1 Triste jour. After the downfall of Napoléon, Mb statue wu removed from the Vendôme column ; tbls and the II following rereee refer to that remoraL
i$0 tES POÈTES FRANÇAIS.
Et quand sous mille efforts, la tête la première,
I*e bloc superbe et souverain Précipita sa chute et, sur la froide pierre,
Roula son cadavre d'airain.
Le Hun, 1 l,e Hun stupide à la peau sale et rance,
I/ceil plein d'une basse fureur, Aux rebords des ruisseaux, devant toute la France,
Traîna le front de l'empereur.
Ah ! pour qui porte un cœur sous sa gauche mamelle,
Ce jour pèse comme un remords ; Au front de tout Français, c'est la tache éternelle
Qui ne s'en va qu'avec la mort.
J'ai vu l'invasion, à l'ombre de nos marbres
Entasser ses lourds chariots ; Je l'ai vue arracher l'écorce de nos arbres,
Pour la jeter à ses chevaux ; J'ai vu l'homme du Nord, 2 à la lèvre farouche,
Jusqu'au sang nous meurtrir la chair ; Nous manger notre pain, et jusque dans la bouche
S'en venir respirer notre air.
Eh bien ! dans tous ces jours d'abaissement, de peine,
Pour tous ces outrages sans nom, Je n'ai jamais chargé qu'un être de ma haine...
Sois maudit, 6 Napoléon !