‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 213 sur 393 · LA CLOCHE FÊLÉE · texte numérisé non relu

LA CLOCHE FÊLÉE

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver, D'écouter près du feu qui palpite et qui fume, Les souvenirs lointains lentement s'élever Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux, Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante, Jette fidèlement son cri religieux, Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente !

Moi, mon âme est fêlée, 1 et lorsque en ses ennuis Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie

Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,

Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

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