LE VALLON
Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance, N'ira plusde ses vœux importuner le sort ; Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance, Un asile d'un jour pour attendre la mort.
1 Lb Vallon*, this valley is situated in the moun tains of the ol<l province du Dauphinê, near a château that belonged to Aymon de Vireu, one of the poet's friends. Gounod has written a fine melody on the words of this poem.
tAMARTlfcE. 63
Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée:
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais, Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée, Me couvrent tout entier de silence et de paix.
Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure Tracent en serpentant les contours du vallon ; Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure, Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.
La source de mes jours comme eux s'est écoulée ; Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour : Mais leur 1 onde est limpide, et mon âme troublée N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.
La fraîcheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne, M'enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux ; Comme un enfant bercé par un chant monotone, Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.
Ah ! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure, D'un horizon borné qui suffit à mes yeux, J'aime à fixer 2 mes pas et, seul dans la nature, A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.
J ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie ; Je viens chercher vivant le calme du Léthé 3
1, Leur, refers to ruisseaux In the preceding stroph. 2 Pîxkr. arrêter.
&. LÉtiik, oneof the five rivera of the lower world whoae watera gave complet» 9im v ion of the past.
64 tns Pôfeffig FRANÇAIS.
Beaux lieux, Soyez pour tn<A ces bords oÛ l'on oublie L'oubli seul désormais est ma félicité.
Mon cœur est en repos, mon âme est en silence ; Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un scm èkAgné qu'affaiblît la distance, A r oreille incertaine apporté paf le vent
D'ici je vois la vie, à travers un nuage, S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé ;
L'amour seul est resté, comme une grande image Survit seule au réveil dâfcS tin sôtige effacé.
Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile.
Ainsi qu'un voyageur qui, le cœur plein d'espoir, S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville, Et respire ttn moment l'air embaumé du soir.
Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ; L'homme par ce chemin ne repasse jamais :
Comme lui, respirons au bout de la carrière Ce calme avant-coureur de l'éternelle paix.
Les oiseaux.
Orchestre du Très-Haut, bardes de ses louanges, Ils chantent à l'été des notes de bonheur ; Ils parcourent les airs avec des ailes d'anges» Échappés tout joyeux des jardins du Seigneur.
Tant que durent les fleurs, tant que l'épi qu'on coupe Laisse tomber un grain sur les sillons jaunis ; Tant que le dur hiver n'a pas jpçlé la coupe 1
Où leurs pieds yont poser comme au bord de leurs uid*,
Ils remplissent le ciel de musique et de joie * La jeune fille embaume et verdit leur prison * *
1/ enfant passe la mai» sur leur duvet de «oie ;
I^e vieillard les nourrit au seuil de sa maisç»,
Mais dans te mois d'hiver, quand la neige et le givre Ont remplacé la feuille et le fruit, ofc vont-ils ? Ont-ils cessé d'aimer? ont-ils cessé de vivre? Nul ne sait le secret de leurs lointains exils.
On trouve au pied de l'arbre une plume souillée, Comme une feuille morte enlevée à la fleur, Que la brume des nuits a jaunie et mouillée
Et qui n'a plus, hélas ( ni parfum ni couleur!
On voit pendre à la branche un nid rempli d'écaillés 8 Dont le vent pluvieux balance un noir débris ; Pauvre maison en deuil, et vieux pan de murailles Que les petits, hier, réjouissaient de cris.
O mes charmants oiseaux ! vous si joyeux d'éclare, La vie est donc un piège où le bon Dieu vous prend ! Hélas ! c'est comme nous ; et nous chantons encore i Que Dieu serait cruel s'il n'était pas si grand J
1. La. coupk, le ruisseau, JEng. brook, Coupe is hère nsed for rhyme*fsake.