‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 97 sur 393 · V. HUGO · texte numérisé non relu

V. HUGO

Afin qu'un blé plus mûr fasse plier vos granges ; Afin d'être meilleurs ; afin de voir les anges Passer dans vos rêves la nuit !

Donnez ! il vient un jour où la terre nous laisse, Vos aumônes là-haut vous font une richesse.

Donnez, afin qu'on dise : " Il a pitié de nous ! " Afin que l'indigent que glacent les tempêtes, Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes, Au seuil de vos palais fixe un œil moins jaloux.

Donnez ! pour être aimés du Dieu qui se fit homme,

Pour que le méchant même en s' inclinant vous nomme,

Pour que votre foyer soit calme et fraternel ;

Donnez ! afin qu'un jour, à votre heure dernière,

Contre tous vos péchés vous ayez la prière

D'un mendiant puissant au ciel !

Janvier 1830.

NAPOLÉON I/.i

Mil huit cent onze ! — O temps, où des peuples sans

[nombre Attendaient prosternés sous un nuage sombre

Que le ciel eût dit oui !

Sentaient trembler sous eux les états centenaires, Et regardaient le Couvre entouré de tonnerres,

Comme un mont Sinaï !

J. Napoikox II, the son of Napoléon 1, was born la 1811 and died in 1833.

tl8 I,ES POÈTES FRANÇAIS.

Courbés comme un cheval qui sent venir son maître,

Ils se disaient entre eux : — Quelqu'un de grand va

[naître !

L'immense empire attend un héritier demain.

Qu'est-ce que le Seigneur va donner à cet homme Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome, Absorbe dans son sort le sort du genre humain ? —

Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde S'entr' ouvrit, et l'on vit se dresser sur le monde.

1/ homme prédestiné, 1 Et les peuples béants ne purent que se taire, Car ses deux bras levés présentaient à la terre

Un enfant nouveau-né !

Au souffle de l'enfant, dôme des Invalides, Les drapeaux prisonniers 2 sous tes voûtes splendides Frémirent, comme au vent frémissent les épis ; Et son cri, ce doux cri qu'une nourrice apaise, Fit, nous l'avons tous vu, bondir et hurler d'aise Les canons monstrueux à ta porte accroupis !

Et Lui ! l'orgueil gonflait sa puissante narine ; Ses deux bras, jusqu'alors croisés sur sa poitrine,

S'étaient enfin ouverts !

Et l'enfant, 3 soutenu dans sa main paternelle, Inondé des éclairs de sa fauve prunelle,

Rayonnait au travers !

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