LA CALOTTE
Il faut dire la vérité Que je faisais difficulté, Comme de porter la marotte, De me couvrir d'une calotte ; Mais voyant que depuis six ans Les juges et les courtisans Mettaient cet engin sur leur tête, En peine de faire la bête Et d'exciter le monde à ris, Il m'en vint une de Paris, Que l'on estime une nui veille Et qui n'eut onoque sa pareille.
Mon chef en sera tout pan J'en serai bien plus honore''.
On me croira grand personnage, On me jugera bien plus sage ; Fussé-je aussi fol que devant.
On m'estimera plus savant, «*
i Mathurin Bégnier (1573-1613) poète satirique, favori de lieux rois et largement pensionné par les Valois et pniiitanl de la race des vieux poètes gsuloi9 Rutebeuf, Villon, Marot, etc. Son œuvre est le vivant tableau des mœurs de -"ii temps, il écrit, sans reeberene, avec une tacllité e1 uni élégance incomparables. Il ne travaille pas; il s'exprime Suivant sa fantaisie et sa verve est admirable. Se- ne-h son cynisme, son dédain de la syntaxe ne sont vu n devanl ses images éclatantes, la hralehein de ses descrip
lions, la saveur de ses expressions — et toute cette êie rgl <t toute cette originalité spontanées qui devaient séduire
iioii.au îui-méme. Œuvres : Satire», Epttres, /■:iri/ir.<l /■-,. spirituelles, Poésies diverses.
LES TOETES HUMORISTES
Plus dévot et plus catholique, Avec cet engin drolifique, Coiffé du petit chaudronnet De ce mystérieux bonnet Dont la forme est d'un hémisphère.
L'étoffe, au reste, est si légère, Qu'elle ne charge nullement Le siège de l'entendement. L'invention en est jolie ; Elle est, selon ma fantaisie, Envoyée ici-bas des cieux.
Mercure, messager des Dieux, Xe prenait jamais sa volée Qu'avec une calotte ailée.
Elle est fort commode en tout lieu, Nommément au temple de Dieu, Au Palais, aux champs et au Louvre Où à toute heure on se découvre, Où, qui ne veut passer pour veau N'a que faire de son chapeau.
Où, bien faire le pied de grue, Avoir toujours la tête nue, Cajoler, être bien vêtu, C'est ce qui s'appelle vertu.
La calotte fait l'hypocrite Avec sa mine déconfite, Elle conserve la santé.
Elle parfait la gravité.
C'est un plaisir de ces maroufles Qui l'accompagnent de pantoufles ; De ces bigots, de ces caffards, D'un tas de crottés, maistre-ez-arts.
Des curés et de leurs vicaires, Des procureurs et des notaires Qui sont hors de leur élément S'ils n'ont ce grotesque instrument C'est par lui qu'ils veulent paraître, C'est par lui qu'ils se font connaître Gens de mérite et relevés.
CHOIX DE TOESIES
Aussi les voit-on réservés
Pour les charges des bonnes villes.
La calotte les rend habiles,
Encore qu'ils ne le soient pas,
A i anse d'elle on en fait cas;
Elle Leur donne la créance,
La sagesse et la suffisance.
.Je veux devenir calottier
Pour être estimé juge entier :
Qu*on croie que sur les balances
Je pèse toutes mes sentences,
Que rien ne peut en mon endroit
Que la justice et le bon droit.
Pour autoriser mes épices,
Pour avoir les destins propices
Et la fortune et ses suppôts,
Afin que je vive en repos,
Que ma nef heureusement flotte
Il n'est que de changer de note.
Se tenir toujours attaché
A son propre sens, c'est péché,
C'est la souveraine sottise ;
Puisque le monde calottise,
Au lieu de s'en scandaliser,
Il faut aussi calottiser.
Je m'en vais boire le calice :
Moi qui suis homme de caprice,
Je reconnais bien mon défaut,
Et puisqu'il le faut, il le faut.
En bonne heure si je la porte,
C'est donc le courant qui m'emport •
Et l'exemple de ces messieurs.
Si je faux, c'est avec plusieurs
Des plus braves de ce royaume,
Qui s'arment de ce petit heaim;
Pour raisons que je n'entend-
Car elle a de puissants appas,
Cette vénérable calotte,
Sur notre siècle qui radote.
Où pour montrer mr esprit net,
Il faut faire le Symonet,
Il se faut déguiser la tête
Pour dire que l'on n'est pas bête,
Qu'on est éloigné du commun,
Pour montrer que l'on est quelqu'un :
Afin qu'en passant par la rue
Le menu peuple nous salue :
C'est le train de se maintenir,
C'est le moyen de parvenir
Et de tôt faire sa fortune.
C'est pourquoi j'en veux porter une.
Ai-je point attendu trop tard ?
Eh oui ; que le Diable y ait part !
Jacques du Lorens (1).
SONNET
Fagotté plaisamment comme un vrai Simonnet, Pied chaussé, l'autre nu, main au nez, l'autre en poche, J'arpente un vieux grenier, portant sur ma caboche Un coffin de Hollande en guise de bonnet.
Là, Eaisant quelquefois le saut du sansonnet. Et dandinant du eu comme un sonneur de cloche. •Je m'égueule de rire, écrivant d'une broche En mots de Pathelin ce grotesque sonnet.
Mes esprits à cheval sur des Cocquesigruës Ainsi que Papillon s'envolent dans les nues. Y cherchant quelque fin qu'on ne puisse trouver.
(!) Jacques du Lorens, né en 1580 à Cnâteauneuf en-Thimerais, mort en 1658, lieutenant-général du bailliage de cette ville. A laissé des Satires (Paris, 1624, in-8. IbUL, 1646, in-4). Plusieurs des sujets traités par Jacques du Lorens le fureni aussi par Boileau. On possède de lui un autre ouvrage : Innotations sur les coutumes île Chût'eauneuf, Chartres et Dreux. (Paris, I0'i.r>. in-4.)
H0I5 DE POÉSIES SO
>ï'argue, . c'est trop ronger ses ongles,
Si quelqu'un sait la rime il peut bien l'achever.
S vint- Aman:'.