‹ Les poètes humoristesChapitre 13 sur 85 · LA REMONTRANCE INUTILE · texte numérisé non relu

LA REMONTRANCE INUTILE

Vivante image, de la Mort, Perrette a la mine de plâtre De qui la gueule sent plus fort Que ne fait quelque vieille emplâtre, Vous qui n'osez marcher de jour, Osez-vous bien parler d'amour ?

Eh quoi, vous n'avez plus de dents Que pour manger de la moutarde, De nez que pour les accidents D'un pet ou bien d'une nazarde, De voix (pie pour faire du bruit?

Ni plus d'yeux que pour voir la nuit?

Songez à partir de ce lieu, Votre temps a plié bagage, Assurez-vous qu'il est un Dieu.

Puisque je vous tiens ce langa Et que mon cœur peut consentir De vous voir dans un repentir.

Ki! fermez-vous dans un couvent.

Laisse/. \<>s désirs a la porte, Veillez et priez si souvent D'une oi;iison qui vous transporte Qtl ainsi vous puissiez voir sans yeux • n la terre on peut être aux deux.

Faites votre lit d'un rocher,

la haire et le cili< e, < lommandez si bien votre chair Que vous fassiez mourir le vi Bref, que pour gagner Paradis Tous vos joins soient des vendredis.

Mais quoi, vous ne m'écoutez pas ? Vous riez en hochant la tête.

Je vois bien que je perds mes pas, Par la morguoy ! je suis bien bête !

Rien ne sert de vous exhorter :

Le Diable vous puisse emporter !

Saint-Amand.

SONNET

Assis sur un fagot, une pipe à la main. Tristement accoudé contre une cheminée, Les yeux fixés vers terre et l'âme mutinée. Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L'espoir qui me remet du jour au lendemain Essaie à gagner temps sur ma peine obstinée. Et, me venant promettre une autre destinée. Me fait monter plus haut qu'un Empereur romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre Qu'en mon premier état il me convient descendre Et passer mes ennuis à redire souvent :

Non, je ne trouve point beaucoup de différence

De prendre du tabac à vivre d'espérance,

Car l'un n'est que fumée et l'autre n'est que vent.

Saint- Amand (1).

(1) Marc- Antoine Gérard, sieur de Saint- Amand, né à Rouen en 1594, fils d'un officier' de marine, n'eut qu'une éducation très négligée. En parcourant l'Europe, soit comme soldat, soit comme voyageur, il compléta son savoir et devint vite ce qu'on appelait « un homme du monde >>. Attaché au comte d'Harcourt, il le suivit dans ses campagnes et célébra ses exploits. Nommé, l'un des premiers, membre de l'Académie française, il obtint de ne pas prononcer, le jour de sa réception, le discours d'usage... à la condition qu'il rédigerait les mots comiques du dictionnaire tels que burlesque et grotesque. Fécond, grossier, chef incontesté des « yvrongnets » et des « moucherons de ta-

CHOIX DE TOESIES J ,

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