‹ Les poètes humoristesChapitre 30 sur 85 · MES MŒURS · texte numérisé non relu

MES MŒURS

Oui, bien qu'au siècle dix-huitième, J'ai des mœurs, j'ose m'en vanter; Je sais chérir et respecter La femme de l'ami qui m'aime ;

] Alexis Piron, né à Dijon le 9 juillet 1689. Mort à Paris le -21 janvier 1773. Outre ses épîtres, épigrammes et poésies fugitives pour lesquelles il est quasi sans rival, il a laissé un théâtre estimable et un chef-d'œuvre : La tyètromanie. Il vaut beaucoup mieux crue la renommée qu'on lui a faite en ne considérant obstinément qu'une partie de son talent. Œuvres : L'Ecole des pères ou Les fils ingrats, drame; Callisthène, tragédie (1730); Gustave Wasa (1735), etc. Bibliographie : Œuvres, publiées par Rigoley de Juvigny 1776] : Poésies diverses (Xeufchâtel, 1775 et 1793) ; Bons mots (in-18) et Eloge de Piron, par Perret, secrétaire de l'Académie de Dijon (177-4) ; Œuvres choisies avec une Xotice de Sainte- Beuve (Garnier. frères) et Œuvres inédites de Piron, publiées par Honoré Bonhomme (Poulet-Malassis et de Broise, L859). A consulter : Les Poètes libertins et Les Chansonniers aaillards (Louis-Michaud, éditeur).

CHOIX DE rOÉSIES 57

Si sa fille a de la beauté,

C'est une rose que j'envie :

Mais la rose est en sûreté,

Quand l'amitié me la confie.

Après quelques faibles soupirs,

Je me fais une jouissance

Du sacrifice des désirs,

Et ne veux point que mes plaisirs

Coûtent des pleurs à L'innocence.

Mais il est des femmes de bien,

Femmes, qui plus est, d'importance,

Et, Dieu merci, sans conséquence,

Qui sont du célibat en France

Et la ressource et le soutien ;

Qui, pour peu qu'on ait un maintien,

Vous traitent avec indulgence

Et vous dégagent du lien

D'une gothique bienséance.

De ces dames-là, j'en convien,

J'use ou j'abuse en conscience,

Sans jamais me reprocher rien ;

Le mari même m'en dispense.

Je sais trop bien ce qu'on leur doit

Pour me permettre aucun scrupule ;

C'est une bague qui circule,

Et que chacun met à son doigt.

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