EPITRE SUR LE VAUDEVILLE
En réponse à celle de M. le Chevalier de C'***, insérée dans le « Journal de Paris ».
Quel est donc ce preux Chevalier
qui, dans le Journal de la Ville,
vient de mettre le Vaudeville
à l'ombre de son bouclier ?
Comme il rabaisse sa visière !
Autour de lui, je rôde en vain :
mais si mon cœur est bon devin,
c'est le Chevalier de C...
Dans tous les cas, c'est un Français,
dont Thalie est la noble Dame,
et qui s'annonce avec succès
pour un vrai pourfendeur du Drame.
L'esprit a dicté les leçons
qu'en badinant donne sa Muse,
et si quelque jour il s'amuse
à faire une pièce en chansons,
dans cette agréable carrière,
où nous rentrâmes des premiers,
nous lui remettrons la bannière
pour devenir ses Ecuyers.
plus connus sont les Héroïdes (1766) et les Baisers (1770), grâce surtout aux critiques mordantes de Grimm, qui trouvait peu de talent à Dorât — et il avait raison — et qui haïssait les gravures dont il faisait illustrer ses publications — et il avait tort, car Dorât les commandait à Charles Eisen. Ce n'est pas un mince mérite poui J. Dorât, esprit attrayant, original et un peu maniéré, que d'avoir fait travailler des artistes tels qu'Eisen et Marinier. A l'heure actuelle un exemplaire des Baisers, qui se vendait un louis en 1770. vaut couramment de 1.000 à 1.500 francs. Certains exemplaires se sont vendus plus de 2.000 francs. Cela est assez étranger à la valeur de l'œuvre de l'auteur des Dévirc/ineurs, mais la bibliophilie est à la littérature ce que le goût est au talent. Dorât mourut avec le plus grand courage le 29 avril 1780. La meilleure édition moderne de ses Œuvres choisies est celle que préfaça Alexandre Piédagncl on 1883. (Librairie des Bibliophiles.)
CHOIX DE TOÉSIES »>1
En attendant, quoi qu"il arrive, je veux, par le présent écrit, du Vaudeville qu'il chérit, lui conter l'histoire naïve; et si lis vers n'en valent rien, c'est... c'est qu'à Neuilly je les t et qu'on y voit pour tout Paru; Montmartre et le Mont-Valérien, l'un par derrière, et l'autre en face.
— Ce fut vers l'an mil quatre cent. sous le beau ciel de la Provence, que le Vaudeville plaisant naquit du rire et de la danse.
Les Troubadours, au même instant.
prirent tous soin de son enfance, et lui firent, dès qu'il fut grand, faire avec eux, son tour de France.
Ses airs badins furent bénis dans le Poitou, dans la Touraine, dans le Béarn, dans la Guyenne, dans la Saintonge, et dans l'Aùnis ;
mais tout le nord de nos Provinces
lui montra peu d'affection,
el longtemps sa condition
fui. même à Paris, des plus minces :
car il chantait la Passion,
les guerres de Religion,
et les amourettes des Princes.
■ Toutefois, sous Louis-le-Grand,
il donna le signal des fêtes,
et fit .'a «oui', en célébrant,
comme il le devait, ses conquêtes.
On m'a dit que ce fut alors
qu'il courtisa l'Arithmétique,
et qu'en vertu de leurs accords,
il eut pour fille la Musique.
Gai, mais railleur, sous le Régent
il était encor .-an.- asyle.
Dès qu'il eut modéré son style,
Louis quinze, plus indulgent, lui fit avoir un domicile sur les tréteaux de Saint-Laurent.
Ce fut là que singeant Thalie, il fit jaillir de ses couplets l'éclair fréquent de la saillie, et força la mélancolie à voyager chez les Anglais.
Ses chansons étaient un peu crues et les Grâces en rougissaient :
mais les Grâces applaudissaient, et le plaisir courait les rues.
Anseaume, Carolet, Panard, Dorneval, Fuzellier, le Sage, l'Attaignant, Piron et Favart, vous lui fournîtes maint ouvrage ; et vous savez avec quel art il les chanta malgré son âge i Aussi mit-il chacun en train.
Chaque mode, par un refrain, vit critiquer son inconstance.
Le riche, aimable et libertin, sourit malgré son opulence ; le pauvre, dès le grand matin, ne travailla plus qu'en cadence; tout Paris se donna la main pour former une contredanse ; et pour revoir, enfin, la France le Bonheur se mit en chemin.
Hélas ! faut-il que ma mémoire me rappelle ici l'accident qui du Vaudeville brillant obscurcit aussitôt la gloire?
Souvent, penché sur un tonneau, il s'adonna par trop à boire, et perdit la tête à la foire en sortant de chez Ramponeau Il s'écriait dans son délire :
Mistico ! dar dar ! tire lire '.
CHOIX DE POÉSIES (53
cli, clo, cla ! lirette ! liron !
farlarira ! tantalerire !
toure louribo ! ricandon !
Sur ses planches qui se gâtèrent,
il ne put plus se soutenir ;
les Italiens qui passèrent,
à dessein de l'y retenir,
jusqu'à leur Hôtel le portèrent ;
Favart et Yoisenon tentèrent
de le faire un peu revenir ;
mais des charlatans le traitèrent
et finirent par l'endormir.
Ce fut alors que la Musique,
dans sa faiblesse léthargique,
fit semblant de le secourir
et que cette fille perfide
l'égorgea d'un fer parricide,
soi-disant pour le rajeunir...
Or, maintenant il ressuscite.
Mais, bien que ses cours soient suivis.
jusqu'à sa pleine réussite,
il faut lui donner peu d'avis.
De lui regagner les suffrages,
par degrés, nous nous efforçons.
Il était .Marchand de chansons :
nous le ferons Marchand d'images
et nous avons des paysages
pour joindre à nos quatre saisons.
Mais surtout qu'on soit moins sévère...
Sans faire crier à l'abus,
Regnard, et le divin Molière
ont mis en œuvre le rébus ;
d'où je conclus que sur la scène
le Vaudeville familier,
pourvu qu'il ne soit point obscène.
peut s'en servir sans s'oublier.
Amour et lui font deux espiègles
qu'il faut laisser courir tout nus,
et lancer au-delà des règles,
des traits quelquefois saugrenus.
Trop de morale les énerve, et quand on voudra les cacher avec l'armure de Minerve, ils ne pourront jamais marcher.
De Pus.