IV PREFACE
larités et tous ses caprices. L'abus du mot humour pris dans cette acception et l'affectation des originaux systématiques de se distinguer par tous les moyens furent, — nous assure M. Baldensperger, aux travaux de qui il faut toujours revenir en cette matière (1), — très à la mode aux alentours de Van 1600. C'est alors que Ben Jonson, agacé par l'ostentation de ses contemporains, donne la première définition de l'humour. « Lorsqu'une qualité particulière, écrit-il, est maîtresse d'un homme à tel point quelle force tous ses sentiments, ses facultés, son énergie, à prendre la mime direction, il est légitime d'appeler cela de l'humour. » On voit combien, à cette époque, Thumour d'outre-Manche s'apparie avec notre humeur médicale.
l'i ii à peu, le mot anglais s'introduisit dans la littérature, sans perdre pour cria son sens extra-littéraire. L'évolution se poursuivit. A la fin du XVII' siècle, nous retrouvons l'humour désignant, dans la conversation, une plaisanterie particulière qui n'atteint pas à la finesse de l'esprit, mais qui est plus imprévue, plus soudaine, plus franche — et par laquelle le tempérament intime de celui qui la lance se confesse mieux. Dans la littérature, l'humour s'applique à une verve plus forte, « plus concrète que l'invention comique, et relevant moins du sens commun que du sens particulier ». Alors, dans cette bataille entre ancû ns tf modernes que connaissent presque toutes les littératures, les jeunes générations revendiquent l'humour comme leur apanage — avec une fougue qui fait écrire par William Temple: « Chacun suit son propre humour et se réjouit, s'enorgueillit même de le montrer. »
Moins d'un siècle plus tard, V intell ectualité britannique assistera à l'avènement triomphal de l'humour dans la littérature en même temps qu'à la naissance des chefs-d'œuvre du genre. La vedeur de ces œuvres sera telle, que l'Angleterre, pourtant oublieuse de Fobert Burton, de Chaucer et de Shakespeare, — l'Allemagne, pourtant oublieuse de ses anciens satiriques, — et la France, pourtant encore ignorante de ses fabliaux (les aînées de toutes les pro-
(1) A consulter : Réflexions sur l'Humour, par Michel Epox Grande lievue, 25 oct. ioio).