L HUMOUR V
ductiona humoristiques), la France, pour qui Rabelais était dt venu « le charme de la canaille », — la valeur de ces oeuvres sera telle, dis-je, que l'Angleterre, l'Allemagne et la France, devront les saluer, les applaudir, les étudier.
"Renversement des habitudes contractées, des tradition* les mieux établies de juger, de composer et d'écrire, insouciance à Végard des lois ordinaires de la logique esthétique, esprit né plutôt du tempérament que de la raison: voici Stt rne qui déconcerte méthodique mt nt par un désordre cal- • ulr 1 1 un mélange extraordinaire pour son époque des larmes <t du rire, voici encore Fielding, heureux de vivre, sanguin, aimant, avant toutes choses, l'entrain et la franchise, faisant naître chez ses lecteurs l'indulgence et la sympathie pour de parfaits sacripants parce qu'ils sont sincères, joyeux, gaillards, boute-en-train; voici enfin Swift, que les plus invraisemblables fantaisies laissent imperturbable, et qui va toujours jusqu'au bout de ses conceptions. Ce sont les a uvres de Sterne, de Fielding et de Swift, surtout. qui ont servi à faire définir l'humour dans leur pays et ailleurs. William Hazlitt et Coleridge essayèrent de distinguer entre l'esprit et V humour. Elliott, '/ans le même ,.,,/,* d'idées, affirma que « l'humour a plus d'affinités avec la sensation et l'esprit plus d'affinités avec les facultés intellectuelles » — de telle sorte que le premier trouverait sa matière dans les contingences [images et situations) alors que le second la chercherait dans les éléments abstraits de la pensée. En dépit de ce distinguo, In ignification du mot humour s'étendit de plus en plu*. Tellement qu'elle comporte, à présent et depuis belle lurette, en Angleterre, d'une manière générale tout ce qui ■ombat le *t'rieux et la gravité. Lt -■ témoignages littéraires ■i citer en faveur de cette affirmation abondent. Macaulay nomme comme les trois sommets de l'art du ridicule au XVIII' siècL : Addison, Voltaire et Swift. Un autre prétend gue n l'humoriste est un artiste qui nous donne son intuition <iu monde et de la vie humaine sous une forme plaisante ». Lewes écrit plus simplement : a Si un auteur me fait rire, il est humoristique; s'il me fait pleurer, il est pathétique. » Thackeray insiste: « La qualité du réii
table humoriste est de rire et de provoquer le rire. » On ne trouve plus guère, après Elliott, que James Sully, dont /'Essai sur le rire, ses causes, son développement et sa valeur (1), est célèbre, pour analyser, dans /'Esprit humain. les éléments complexes qui entrent dans la composition de l'humour. Et l'usage, qui eut toujours raison, a malgré tout, dans le langage usuel, supprimé les cloisons entre V humour et l'esprit. J'ai fini pour l'Angleterre.
Ne nous éternisons pas en Allemagne. Dans ce pays, vite initié à l'humour, on discuta longuement pour savoir si laune pouvait ou ne pouvait pas être V équivalent de humour — et s'il ne convenait pas de proscrire ce mot importé. Lessing, malgré ses contradicteurs, au premier rang desquels il faut citer Herder, soutint que humour et laune désignent des choses absolument dissemblables. Il se reprocha d'avoir traduit l'un par ratifie dans sa Dramaturgie. La victoire resta au mot humour, humor, qui possède lieux significations. Comme en anglais, dans le langage usuel, humor = ce qui est plaisant en général (Hein* et Schopemhauer protestèrent contre cette démocratisation du vocable nouveau). Dans la littérature, humor = une sorte <!<■ gaité supérieure, railleuse mais avec affection et attendrissement. « C'est, selon l'agréable phraséologie de Baldensperger, la Joie et le Chagrin qui, s' étant rencontrés, la nuit, dans une forêt, s'aimèrent parce qu'ils ne se connaissaient pas, et il leur vint un fils: l'Humour. » L'humoui dis Danois est très sensiblement le même que celui des Allemands.
C'est en France que les définitions varient le ■plus. Lr simple rapprochement des définitions françaises fixera mieux les idées que la netteté des définitions allemandes et anglaises trop tôt élaborées ou trop précises pour pouvoir iin- complètes.
liéfugié à Londres au commencement du XVIII' siècle, ili Murait public: « l'humour n'est que la faculté de renverser les idées des choses, tournant la vertu en ridicule il rendant le vice agréable ». Après lui, en 1762, Voltain
i\) Ouvrage admirablement traduit en français par MM. L. H A. Terrier (Alcanj.