LE VIVEUR
Voici venir le carnaval.
Les dindes subissent le pal Dans l'enceinte des rôtissoires :
Des lièvres répondent : « J'y vais »
A l'appel des sombres civets Mijotant clans les bassinoires.
(1) Firmin Fouraignan, l'un des rares poètes de notre littérature qui se soit avisé de commencer à écrire des vers à E'âge de 75 ans. Talent un peu suranné mais non sans charme et qui ne décèle à aucun instant l'âge de son auteur. Firmin Fouraignan, manie encore le madrigal, l'épitre.
acrostiche et toutes les formes anciennes de petits poèmes qui ne sont pas sans charme. Attendri quelquefois, gaillard a l'occasion et toujours ironique, Firmin Fouraignan qui a publié Poésies de' salon et PoêSies légères (Lemerre. L9G6) et qui annonce d'autres œuvres, laissera une agréable réputation assez analogue à celle de Bauderon de Sénecé.
CHOIX DE POESIES
On «rit sur l'ampleur des fourneaux
Les alouettes — ces moineaux! —
Revêtir de lard leurs (Mitrailles,
Partageant le gril mitoyen
Avec le perdreau citoyen
Et ces marquisettes, les railles.
Par l.i < hapelure étoffés Déjà les pieds de porcs truffés Embaument mieux que des ministres.
Les chats, qui savent les destins, Promènent leurs pas clandestins Loin des tournebroches sinistres.
Chez la duchesse, chez G-révy, Chez le banquier inassouvi.
Chez l'inassouvissabie pante, Pour absorber les vins dorés D'au moins quarant e i inq degrés Les gosiers se mettent en pente.
On fera couler là dedans,
Par les râteliers ou les dents, Pour dissoudre d'énormes viandes, Les bourgognes incontestés Et les bordeaux les mieux vantés Et les champagnes à légendes.
Hélas! Seigneur! ça ne va pas!
J'ai beau m'aï es repas:
.Je sui.> faible dans la bataille ! Ma four* hette a trop de loisir Et mon couteau •-•■ sent m
tout.- taille.
En vain l'absinthe, le vei mouth Et le kummel Bervanl de knout Aux indociles sucs gastri Amer-Picon, madère et byrrh Ont :• gaillardir
Mes vieux appétits féeriques.
/Il LES POETES HUMORISTES
Dès le potage je suis plein Et ne peux mener au moulin Qu'une douzaine cle Marennes :
Je regarde, la larme à l'œil, Passer le cuissot de chevreuil Et les truffes, négresses vaines.
Ali ! si, du moins, les cuisiniers Cessaient d'être aussi routiniers Et songeaient au Progrès-Lumière !
Mon pharynx ressusciterait Et dans le neuf, on le verrait Recouvrer sa verve première.
Il suffirait, sur les menus, D'indiquer des plats inconnus Même aux plus modernes pituites :
Des mets qu'on n'aurait jamais dits Tombés exprès du Paradis Avec des sauces inédites.
Quelques abatis d'albatros, Des tripes de rhinocéros Ou des côtelettes de tigre ; La Tarasque maître d'hôtel, La Tarasque que maint Yatel Comme comestible dénigre.
L'aspic, le boa constrictor Et le crotale, pas eneor Ne jonchent une bouillabaisse !
Je veux des œufs de caïman.
Et le phoque qui dit maman Les fera fondre dans sa graisse.
Oh ! du beurre de papillons !
Une moutarde de rayons !
Et du poivre rouge d'éclipsé !
Pour qui de la crème voudrait Une Sainte Vierge trairait La Béie cle l'Apocalypse.
CHOIX DE POÉSIES
J'ai tant le désir de manget '.
Ah ! si je pouvais égorger,
Sur un radeau perdu, des mousses !
Ou dévorer, en plein Paris,
A la sauce poudre de riz,
Plusieurs horizontales rousses!
Emile Goudeatj (1).