‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 3 sur 121 · LE · texte numérisé non relu

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Alphonse de Lamartine lui-même, en son magnifiqua langage, et comme s'il eût pressenti que pour parler d'un tel poète il fallait un poète, a raconté les premières pages de son enfance et de sa jeunesse. Il vint au monde aux heures les plus sombres de notre histoire, en bonne et

4 sainte famille, sous un ciel clément, à Mâcon, jolie petite à ville de l'antique Bourgogne, terre fertile en grands hommes et er vins généreux.

Son grand-père était un bon gentilhomme, un patriarche de la charrue et de l'épée ; il avait gagné la croix de Saint- Louis et les épaulettes de capitaine de cavalerie à la bataille de Fontenoy, sous les yeux du roi de France et du maréchal de Saxe. Alphonse de Lamartine était fils du dernier-né de cette nombreuse famille, le chevalier de Lamartine, une âme active et tendre, qui aimait le roi et avait un grand penchant pour la liberté nouvelle. Il défendit son maître attaqué par les sauvages de la rue ; il fut prisonnier de la Terreur et aurait fatalefnent péri rs l’échafaud, si le 9 thermidor n’eût désarmé la Révoution.

Echappés à ces massacres, pleins de force et d’espérance, ils rentrèrent, sa noble femme et lui, en leur humble maison de Milly ; et, pauvres mais paisibles, loin du monde et de ses tempêtes, ils ne songérent plus qu’à élever cette famille dans laquelle était né un poète, un : aimable enfant, qui déjà s’emparait, de toute son âme, des + émotions délicieuses que faisait naître en lui le spectacle * des vertus maïernelles. Car la mère de Lamartine était œ

une femme vraiment chrétienne, qui ne rêvait pas, Dieu le sait, pour son fils, les périlleux Lonses de la poésie, et encore moins ceux de la politique, mais elle voulait en faire absolument un homme honorable et distingué. Aussi son premier soin fut-il de former à la piété et à la charité les enfants que le ciel lui avait confiés.

Dans les plus belles pages de ses Confidences, Lamartine nous donne à ce sujet de délicieux et touchants détails : “L'un de nous, écrit-il, était chargé de dire à son tour “une petite prière pour les voyageurs, pour les pauvres, “ pour les malades, pour quelque besoin particulier dr. “ village ou de 14 maison. En nous donnant ainsi un petit “rôle dans l’acte sérieux de la prière, notre mère nous y ‘“inircssiit en nous y associant, et nous empêchait de la “ nrendre en froide habitude, en vaine cérémonie ou même ‘“ en dégoût. Outre les prières du matin et du soir, le reste “ de notre journée avait encore de fréque ites et irrégulières “ élévations de nos âmes d'enfants vers Dieu. Mais, ces “ prières, nées de la circonstance dans le cœur et sur les “ lèvres de notre mère, n'étaient que des inspirations du “ moment ; elles n'avaient rien de régulier ni de fatigant “pour nous. Au contraire, elles complétaient et consa- ‘“ craient, pour ainsi dire, chacune de nos impressions et de nos jouissances.

“ Ainsi, quand un frugal repas, mais délicieux pour “nous, était servi sur la table, notre mère, avant de “ s'asseoir et de rompre le pain, nous faisait un petit signe “que nous comprenions. Nous suspendions une demi- “ minute l’impatience de notre appétit, pour prier Dieu de “ bénir la nourriture qu’il nous donnait. Après le repas “et avant d'aller jouer, nous lui rendions grâce en cr L “ques mots. Si nous partions pour une promenade loin- F- ‘“ taine et vivement désirée, par une belle matinée d'été, “ notre mère, en partant, nous faisait faire tout bas, et sans “ qu'on s’en aperçüût, une courte invocation à Dieu, pour “ qu'il bénît cette grande joie et nous préservât de tout “accident. Si la course nous conduisait devant quelque “ spectacle sublime ou gracieux de la nature, nouveau “pour nous, dans quelque grande et sombre forêt de 4 “ sapins dont la solennité des ténèbres, les éclaboussures à Le “ de clartés à travers les rameaux, ébrailaient nos jeunes 4 ; “imaginations ; devant une belle nappe d’eau roulant en “ cascades et nous éblouissant d’écume, de mouvement et “de bruit ; si un beau coucher de soleil groupait sur la “ montagne des nuages d'une forme et d’un éclat inusités.

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“et faisait, en rentrant dans l’espace, de magnifiques “ adieux à ce petit coin du globe qu'il avait illuminé un “1noment ; elle manquait rarement de profiter de la “ grandeur et de la nouveauté de nos impressions, pour “ mous faire élever notre âme à l’auteur de toutes ces “ merveilles, et pour nous mettre en communication avec “lui par quelques soupirs lyriques de sa perpétue! “ adoration.

“ Combien de fois, les soirs d'été, en se promenant avec “ nous dans la campagne où nous ramassions des fleurs, “ des insectes, des D dx brillants dans le lit des ruis- “ seaux de Milly, ne nous faisaitelle pas asseoir à côté “ d'elle au pied d'un saule, et, le cœur débordant de, son “ enthousiasme, ne nous entretenait-elle pas un moment “ du sens religieux et caché de cette belle création qui “ ravissait nos yeux et nos cœurs | Je ne sais pas si ces “ explications de la nature, des éléments, de la vertu des “ plantes, de la destina.ion des insectes, étaient bien selon “ la science. Elle les prenait dans Pluche, Buffon, Bernardin “ de Saint-Pierre ; mais s’il n’en sortait pas des systèmes “ irréprochables de la nature. il en sortait un immense “ sentiment de la Providence et une religieuse bénédiction “ de nos esprits à cet océan infini des sagesses et des misé- “ ricordes de Dieu.

‘“ Quand nous étions bien attendris par ces sublimes “ commentaires, et que nos yeux commençaient à se ‘“ mouiller d'admiration, elle ne laissait pas s'évaporer ces “ douces larmes au souffle des distractions légères et des, “ pensées mobiles ; elle se hâtait de tourner cet enthou- “ siasme de la contemplation en tendresse. Quelques “ versets des Psaumes qu’elle savait par cœur, appropriés ‘aux impressions de la scène, tombaient avec componction “ de ses lèvres. Ils donnaient un sens pieux à toute la ‘“ terre et une parole divine à tous les sentiments.

‘“ En rentrant, elle nous faisait presque toujours passer “ devant les pauvres maisons des malades ou des indigents “ du village. Elle s’approchait de leurs lits, elle leur “ donnait quelques conseils et quelques remèdes. Elle ‘“ puisait ses ordonnances dans i'issot ou dans Buchan, ces “ deux médecins populaires. Elle faisait, de la médecine, “ son étude assidue pour l'appliquer aux indigents. Elle ‘avait, des vrais médecins, le génie instinctif, le coup ‘ d'œil prompt, la main heureuse. Nous l’aidions dans ses “ visites quotidiennes, L'un de nous portait la charpie et = “ l'huile aromatique pour les blessés ; l’autre, les bandes

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