‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 46 sur 121 · LA TES PO A PA TR TN ARNO PE SE · texte numérisé non relu

LA TES PO A PA TR TN ARNO PE SE

Oh ! béni soit Celui qui du suprême adieu M'adoucit à ce point l'heure toujours amère, w Et fait ouvrir le ciel par le fils à la mère ! F Vous en fûtes témoins, anges du Dieu vivant ! Et si mon faible cœur se révolta souvent, Si, trouvant le joug lourd et le devoir austère, e Je traînai ccmme un poids mon sacré caractère, “1 De tout ce qu'ici-bas j'avais sacrifié, 4 Ah ! par ce seul moment je me sentis payé, g Puisque Dieu permettait que par ce sacrifice Cette mort pour ma mère adoucît son calice.

J'allumai ces flambeaux de la dernière nuit, Donble image du jour qui commence et qui fuit ; Dans le vase caché de humble Eucharistie Des mourants, à sa voix, j'allai puiser l’hostie ; Et, penché sur son front, de ma tremblante main, Tout mouillé de mes pleurs, je lui rompis le pain. Lo splendeur de sa foi rayonnait dans la chambre ; Du chrême des mourants je touchai chaque membre, Ce front où mes baisers voulaient suivre mes doigts, | à Ces flancs qui sur son cœur m'’avaient couvé neuf mois, Ces bras qui, m* ‘surant, tout petit, de tendresse, | M'avaient fait tant de fois un berceau de caresse ; Ces pieds qui les premiers frayèrent mon chemin, Dont toute trace allait disparaître demain ! Absorbée et présente à chaque grand symbole, Quand tout fut accompli, reprenant la parole : “ Jocelyn, me dit-elle, encore, encore un don ! —EÆEt lequel, ô ma mère ?—O mon fils, ton pardon ! Non le pardon de Dieu, qui sur moi surabonde, 4 Mais le pardon du fils que je laisse en ce monde ! | à De ton amour pour nous pauvre jeune martyr, Une mère jamais n'aurait 4û consentir À te laisser tenter ce dévouement sublime !

Ta vie est un désert, ton cœur est un abîme 5 Que tu ne peux combler qu’à force de vertu ! (i C’est moi qui l'ai creusé ; dis, me pardonnes-tu ? ” Je collai sur ses mains mes lèvres en silence. ‘Oh ! que ma douce mort te soit ta récompense ! Je t'ai fermé le monde, et c’est toi dont la main Du ciel ouvert par toi m’aplanit le chemin !

© Je vais t'y préparer, dit-elle, une demeure Plus durable à mon tour, ô mon fils, et meilleure ! D Ici le cœur tarit, les longs bonheurs sont courts ;

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Ton âme a sa patrie où l’on aime toujours ! ”

Puis sentant que la mort affuissait ses paupières : # Lécite-moi, mon fils, ces divines prières

Qui de l'âme fidèle accompagnent l'essor,

Afin qu'en expirant elle bénisse encor. ”

J'obéis ; sous mes pleurs je lui lus, dans ses Æeures, La tristesse de l'âme à ses dernières heures :

Ses lèvres, dont l'accent paraissait s'assoupir, Murmuraient les répons di, ce pieux soupir, Comme l'écho lointain d'une voix affaiblie

Qui s'éloigne, et déjà répond de l’autre vie ;

Tout à coup au refrain je ne l’eutendis plus :

Elle achevait au ciel les chants interrompus !

Le livre s'échappe de mes mains, qui s'ouvrirent, Et l'hymne de la mort... mes sanglots le finirent !

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