‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 47 sur 121 · DE SA MÈRE · texte numérisé non relu

DE SA MÈRE

leraoût 1800,

O nuit ! oh ! couvre-moi de ta noire épaisseur ; Demain... quoi ! c’est demain que j'emmène ma sœur Demain j'aurai quitté pour jamais celte terre,

Ce sépulcre où mon âme entre auprès de ma mère ! Ah ! sur ce lit d'argile où sa dépouille dort, N'ayant entre elle et mo, que ce rideau de mort, Cette couche de cendre, hélas ! si peu profonde. Qu'un cœur soulèverait, et qui sépare un monde ! Nuit qui deviens mon jour, laisse-moi me coucher Près Le sol remué d'hier, et le toucher !

M'enivrer de tristesse ainsi que d’une joie,

Ecouter ce qu’au cœur de là-bas Dieu m'envoie

Et, la bouche collée au sol mystérieux,

Le pétrir de mes mains, l’arroser de mes yeux !

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Béni sois-tu, mon cœur, et toi, me foi divine,

De me parler si haut, si fort dans 11 poitrine !

En ce moment où l'œil ne voit que ie trépas,

Que serais-je, grand Dieu, si vous re parliez pas ?

+# Si de mon seul instinct l'infaillible espérance Fr: Ne me répondait pas que tout n’est qu'apparence, À dre peu d'argile ici sur l’argilo jeté ’ensevelit pas l’âme et l’immortalité ? , #4 ea la vie, un moment détournée en sa course, | e s'anéantit pas en montant à sa source, Ainsi que le rayon qui s'enfuit de nos yeux Ns s'éteint pas là-haut en remontant aux cieux ? Non ! tu vis, tu m'entends, tu mg réponds, tu m'aimes ; Nos places ont changé, nos rapports sont les mêmes, Ame qui fus ma mère, oh ! parle ! parle-moi ! Ma conversation est au ciel avec toi.

Seulement ici-bas, séparés par l’absence, Nos cœurs qui se cherchaient souffraient de la distance Tu m'entends maintenant de partout ; ton regard Ne connaît plus ni lieu, ni retour, ni départ ; Ton amour ne tient plus dans ce doux cœur de femme, Mais comme une atmosphère enveloppe mon âme !.. 4 Aussi sur ce gazon mouillé de mes regrets À Si je viens dans la nuit te pleurer de plus près, Ce n’est pas que mon cœur rêve que cette cendre Se réchauffe à mon souflle et puisse mieux m'entendre : Non, c’est l’aveugle instinct de la tendre douleur Qui mène à notre insu les pieds où va le cœur, “4 Et, dans l'illusion que le regret embrasse, j Nous fait chercher encor le pas où fut la trace,

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Oh ! coulez ! oh ! coulez ! Mon cœur, épanche-toi ! L O terre, bois mes pleurs ! ces pleurs, c'est encor moi !

4 O sol de mon berceau, que ne puis-je te rendre . Ce corps pétri de toi ! que ne puis-je répandre

S Toute ma vie en eau de mes yeux épuisés, 0 Restituer ces pleurs où je les ai puisés,

me Comme le filet d’eau qui, lassé de sa course,

Tarit et rentre en terre à deux pas de sa source !

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Mère, sous ton regard de tendresse interdit,

D Non, tu ne savais pos, je ne t'ai jamais dit, it peut-être à moi-même

Je ne me suis jamais

DE LAMARTINE s 17

Ne quand on a perdu qu'on sait comment on aime), on, je ne savais pas, je ne dirai jamais De quelle âme de 4ls, à mère, je t'aimais !

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