‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 49 sur 121 · F LES POÈTES ILLUSTRES · texte numérisé non relu

F LES POÈTES ILLUSTRES

k. Hélas ! c'était mon chien, conché sous ma fenêtre, ) Qu'avait maigri trois mois le souci de son maître.

Marthe filait, assise en haut sur le palier ;

Son fuseau de sa main roula sur l'escalier ;

Elle leva sur moi son regard sans mot dire ;

Et, comme si son œil dons mon cœur eût pu lire,

Elle m'ouvrit ma chambre et ne me parla pas.

Le chien seul en jappant s’élança sur mes pas,

Bondit autour de moi da joie et de tendresse,

Se roula sur mes pieds enchaînés de caresse,

Léchant mes mains, mordant mon habit, mon soulier,

Sautant du seuil au lit, de la chaise au foyer,

Fêtant toute la chambre, et semblant aux murs même,

Par ses bonds et ses cris, annoncer ce qu'il aime ;

Puis, sur mon sac poudieux à mes pieds étendu,

Me couva d’un regard dans le mien suspendu.

Me pardonnerez-vous, vous qui n’avez sur terre

1 Pas même cet ami du pauvre solitaire ?

ÿ Mais ce regard si dou, si triste de mon chien,

FL Fit monter de mon cœur des larmes dans le mien. J'entourai de mes bras son cou gonflé de joie ;

Li] Des gouttes de mes yeux roulèrent sur sa soie :

F1 “ O pauvre et seul ami, viens, lui dis-je, aimons-nous !

à Partout où le ciel mit deux cœurs, s'aimer est doux !”

Hélas ! rentrer tout seul dans sa maison déserte, Sans voir à votre approche une fenêtre ouverte, Sans qu’en apercevant son toit à l'horizon

On dise : “ Mon retour réjouit ma maison. ” Rentrer seul, dans la cour se glisser en silence, Sans qu'’au-devant du vôtre un pas connu s’avance, Sans que de tant d'échos qui parlaient autrefois Un seul, un seul au moins tressaille à votre voix ; Sans que le sentiment amer qui vous inonde Déborde hors de vous dans un seul être au monde, !. Excepté dans le cœur du vieux chien du foyer, 1 Que le bruit de vos pas errants fait aboyer ;

N'’avoir que ce seul cœur à l’unisson du vôtre,

Où re que vous sentez se reflète en un autre ;

Que cet œil qui vous voit partir ou demeurer,

Qui saus savoir vos pleurs vous regarde pleurer,

Que cet œil sur la terre où votre œil se repose,

À qui, si vous manquiez, manquerait quelque chose,

Ah ! c’est affreux peut-être, eh bien ! c’est encor doux !

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O mon chien ! Dieu seul sait la distance entre nous ;

Seul il sait quel degré de l'échelle de l'être

Sépare ton instinct de l’âme de ton maître ;

Mais seul il sait aussi par quel secret rapport

Tu vis de son regard et tu meurs de sa mort,

Et par quelle pitié pour nos cœurs il te donne,

Pour aimer encor ceux que n'aime plus personne. Aussi, pauvre animal, quoique à terre couché,

Jamais d’un sot dédain mon pied ne t'a touché ;

Jamais, d’un mot brutal contristant ta tendresse, Mon cœur n’a repoussé ta touchante caresse.

Mais toujours, ah ! toujours en toi j'ai respecté

De ton maître et du mien l’ineffable bonté,

Comme on doit respecter sa moindre créature,

Frère à quelque degré qu'ait voulu la natur:.

Ah ! mon pauvre Fido, quand tes yeux sur les miens

Le silence comprend nos muets entretiens ;

Quand, au bord de mon lit épiant si je veille,

Un seul souffle inégal de mon sein te réveille ;

Que, lisant m" tristesse en mes yeux obscurcis,

Dans les plis de mon front tu cherches mes soucis,

Et que, pour la distraire attirant ma pensée,

Tu mords plus tendrement ma main vers toi baissée ;

Que, comme un clair miroir, ma joie ou mon cuagrin

Rend ton œil fraternel inquiet ou serein,

Que l’âme en toi se lève avec tant d’évidence,

Et que l'amour dépasse encor l'intelligence ;

Non, tu n'es pas du cœur la vaine illusion,

Du sentiment humain une dérision,

Un corps organisé qu’anime ‘ne caresse,

Automate trompeur de vie et de tendresse !

Non ! quand ce sentiment s’éteindra dans tes yeux,

Il se ranimera dans je ne sais quels cieux.

De ce qui s’aima tant la tendre sympathie,

Homme ou plante, jamais ne meurt anéantie :

Dieu la brise un instant, mais pour la réunir ;

Son sein est assez grand pour nous tous contenir ! Oui, nous nous aimerons comme nous nous aimâmes, Qu'importe à ses regards des instincts ou des âmes ?

Partout où l’amitié consacre un cœur aimant,

Partout où la nature allume un sentiment,

Dieu n'’éteindra pas plus sa divine étincelle

Dans l'étoile des nuits dont la splendeur ruisselle,

Que dans l’humble regard de ce tendre épagneul Qui conduisait l’aveugle et sneu*t sur o cercueil ! ! 1

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Oh ! viens, dernier ami que mon pas réjouisse,

Ne crains pas que de toi devant Dieu je rougisse ; Lèche mes yeux mouillés, mets ton cœur rrès du mien, Et, seuls à nous aimer, aimons-nous, pauvre chien !

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