LES POÈTES ILLUS\RES
dix-huitième année. Ses parents résolurent de le faire L voyager et le confièrent aux soins d’une de ses tantes que (k des affaires appelaient en Toscane, Ce voyage combla les à désirs du jeune poète. Il contempla tour à tour avec enthousiasme les magnificences de la nature en Savoie, en Suisse, sur les glaciers du Simplon, au lac de Côme, à (l Milan et à Florence. De là, continuant seul son voyage en Ë Italie, il partit pour Rome, dort il étudia l’histoire et les monuments. Après Rome, il voulut voir Naples, où il retrouva un de ses amis de collége Aymon de Virieu. Les deux jeunes gens parcoururent les côtes du golfe de Naples il et eurent l’idée de vivre pendant quelque temps de la vie indépendante des pêcheurs napolitains. Ils se mirent donc à au service d'un vieux marin et visitèrent dans sa barque Caprée, Cumes, Baïa, Portici, Pompéi, Castellamare.
Mais, pendant l'absence de Lamartine, de graves évènements politiques s'étaient accomplis. C’est à Naples même qu'il apprit l’envahissement de la France, la chute de l'Empire et le rétablissement des Bourbons. À peine arrivé
à Paris, en 1814, il entra dans la maison militaire du roi Louis XVIII, à la grande joie de son père. Le retour de Bonaparte pendant les Cent-Jours ayant obligé la cour à se réfugier en Belgique, le jeune officief rentra dans sa famille, préférant briser son épée et s'exiler que de servir un régime qu'it considérait comme tyrannique. Il partit pour la Suisse et vint frapper au château du baron de Vincy, ancien officier supérieur au service de la France, chez qui il reçut une généreuse hospitalité. C’est là qu'il apprit la bataille de Waterloo et la seconde Restauration. Il revint aussitôt prendre du service dans la garde du roi et eut la joie de retrouver dans le même corps son compagnon de voyage en Italie, Aymon de Virieu. Ces deux amis devinrent inséparables. Lamartine allait passer des mois entiers au sein de la famille de Virieu qui habitait un vieux château dans le Dauphiné. C’est là qu'il composa la belle méditation intitulée le Vallon. La tristesse et la mélancolie de ces vers nous donnent une idée de l’état d'esprit de Lamartine à cette époque.
Après avoir quitté définitivement le service, le poète renrit ses pérégrinations. Des revers inattendus le rappelèrent dans la maison paternelle où il fut forcé de vivre d’une vie sédentaire et monotone, l’état de fortune de sa famille ne lui permettant plus les voyages ni les plaisirs coûteux. Cette solitude et cette vie désœuvrée compromirent sa santé, et le médecin lui ordonna les bains d'Aix,
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en Savoie. Le jeune homme emprunta vingt-cinq louis et partit. Il avait vingt et un ans. La maladie dont il était atteint était celle que Châteaubriand a si bien décrite dans René, une tristesse, une mélancolie dont le sentiment même est plutôt un attrait qu’une douleur.
À Aix, il se lia avec une jeune dame de Paris, dont l’état de langueur avait nécessité un changement d'air dans le Midi. Pendant une excursior sur le lac du Bourget, une te ête s'étant déchaînée, Lamartine eut l’occasion de se dévouer et de sauver l’étrangère d’une mort certaine. Ce fut le commencement d’une intimité touchante qui explique la douleur profonde que le poète éprouva en apprenant plus tard la mort de son amie, douleur qu'il a immortalisée dans l’ode harmonieuse intitulée le Lac.
Dès que Lamartine fut de retour à Milly, sa mère, qui avait conscience du génie poétique de son fils, l’engagea à aller tenter la fortune à Paris. Depuis iongtemps déjà, mais surtout depuis son retour d’Aix, il avait écrit un petit volume de poésies méditatives et pieuses sur lesquelles il fondait de grandes espérances. En le quittant, sa mère lui glissa secrètement dans la main, à défaut d'argent, un gros diamant monté en bague, le seul qui lui restât des bijoux de sa jeunesse et lui permit de le vendre pour faciliter ses débuts à Paris. Au bout de quelques mois d’une vie d'études qu'il n'avait pas connue depuis longtemps, le poète, à bout de ressources se décida à tenter la fortune en se feisant connaître.
Il offrit ses premières œuvres au célèbre éditeur M. Didot, qui lui rendit son manuscrit en lui disant : “ Je vous donnerais un mauvais conseil en vous engageant à pblier ce volume, et je vous rendrais un plus mauvais service en le publiant à mes frais. ”
Ce volume désapprécié n’était rien moins que les Méditations poétiques.
Le refus de M. Didot obligea le jeune poète à vendre le diamant de sa mère. .Il le baisa et le mou;lla de larmes én le remettant au lapidaire, qui lui en donna trente louis. On devine aisément le désespoir qui s’ajouta à sa mélancolie naturelle. Pendant plusieurs mois il s'enfonça dans une profonde retraite, fuyant le monde et ne vivant que de souvenirs. C’est sous ces impressions qu'il composa le Désespoir, l'Isolement, le Soir, Souvenir, le Crucifir, etc.
Un soir, dans le salon de madame la comtesse de Saint- Aulaire, il voulut néanmoins juger par lui-même de l'impression que produirait l’une des poésies nouvelle-
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ment ajoutées au recueil si dédaigné par M. Didot. Madame de Saint-Aulaire réunissait chez elle l'élite des littérateurs de l’époque. Le poète s’avança timidement au milieu du salon, une nièce de vers à la main. A la vue de ce jeune komme, un sourire parcourut la société, mais à peine eut-il lu les premières strophes, que l'auditoire devint attentif, puis écouta avec une émotion visible. Quand la pièce fut terminée, tous les yeux étaient mouillés de larmes, et des applaudissements unanimes vinrent saluer un grand talent. Le poète venait de lire Ze Lac.
La fortune de Lamartine était faite en sortant de ce salon. Il ne tarda pas à trouver un éditeur, et bientôt, de toute la France, un cri d’admiration acclama le grand poète qui venait de se révéler. Ce succès ouvrit immédiatement à Lamartine ia carrière des honneurs ; Louis XVIII se fit lire ce petit volume et récompensa aussitôt le jeune auteur en signant sa nomination de secrétaire d’ambassade à Florence. En même temps, sa renommée poétique lui valut d’être recherché par une jeune Anglaise qui s’éprit de son talent et lui apporta en dot une immense fortune. On pouvait craindre que tant de faveurs accumulées n’enlormissent ce génie naissant, que la douleur et le désenchantement avaient si tendrement inspiré. Il n’en fut rien. En 1821, Lamartine publia les Nouvelles Méditations, qui eurent le même retentissement que les premières. Remarquons toutefois que la note dominante n’y est plus triste et plaintive, on sent que le cœur est consolé, et, pour nous servir des expressions gracieuses de Vinet, ‘“ le crépe a fait place aux guirlandes de roses et nous passons de l'ombre funèbre des sapins et des ifs dans un bosquet de myrtes odorants. ” ‘
Ce second recueil se termine par in poème assez faible, imité de Byron, le Dernier chant du pèlerinage de Childe Harold. Harold est un jeune voyageur qui, lassé de bonne heure des plaisirs de la vie, quitte sa terre natale, l'Angleterre, et parcourt le monde en chantant ce qu’il voit, ce qu'il sent et ce qu’il pense. Il visite tour à tour le Portugal, l'Espagne, la dés l’Asie-Mineure, Venise. Ce voyageur
n’est autre que Byron lui-même, célèbre poète anglais, contemporain de Lamartine. L'auteur voulut conduire le poème jusqu’à la mort de son héros et, sous la fiction transparente de Harold, il chanta les dernières actions et les dernières pensées du poète anglais, son voyage en Grèce et sa mort. Dans le deruier chant de Childe-Harold se trouvaient des vers élocuents sur la décadence de l'Italie,