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qui parxzeut à un officier n\politain, le colonel Pépé, une offense cor tre la dignité nai‘onale de san pays. Le poète avait tes miné une tirade par ces vers :
Je vais cherchor ailleurs, pardonne, cmbre romaine, Des hommes et non pas de la poussière humaine.
Le colonel le provoqua en duel et Lamartine fut grièvement blessé.
De retour à Paris en 1829, le poète mit le comble à sa réputation en publiant les Harmonies poétiques et religieuses, livre admirable qui, après lui avoir obtenu la croix de la Légion d'honneur, lui ouvrit les portes de l’Académie française.
Lamartine venait d’être nommé ministre plénipotentiaire en Grèce lorsque la révolution de 1830 éclata et l'éloigna des affaires. La monarchie de Juillet lui fit, il est vrai, quelques avances, mais il refusa de les accepter par respect pour le gouvernement déchu qu'il avait jusqu'alors fidèlement servi. Il se retira dans son manoir de Saint-Point ju’il venait d’hériter d’un de ses oncles. Mais bientôt fatigué de sa retraite, il se présenta aux suffrages des électeurs de Toulon et de Dunkerque comme candidat à la députation. Barthélemy lança contre lui une diatribe violente ; le poète répondit avec noblesse, mais échoua.
Pour se consoler de cet échec, il entreprit, en 1832, un voyage en Orient, le pays de ses rêves. Il s’embarqua à Marseille avec sa femme et sa fille Julia sur un vaisseau équipé à ses frais et emporta avec lui de riches présents pour les chefs des pays qu'il allait visiter. Ce voyage, qui dura seize mois, lui coûta environ six cent mille francs ; on eût dit un souverain ayant à son service de nombreuses caravanes. Son retour fut assombri par la mort de sa fille unique, qu’il perdit à Beyrouth, à l’âge de treize ans. Revenu en France, il publia un beau livre, le voyage en Orient, œuvre pleine de poésie, mais où les descriptions sont plus le fruit de l'imagination du poète que la peinture exacte de la réalité.
En 1835, Lamartine jeta son dernier éclat dans Jocelyn. C’est, sous la forme d’un journal, l’histoire d’un curé des Hautes-Alpes pendant les sombres jours de la Terreur. Ce livre produisit d’abord de l’étonnement,puis une explosion d’admiration. De tous les points de l’Europe, l’auteur reçut des lettres pour savoir si cette histoire était vraie ou fictive. Cependant on sent dans cette espèce de roman le
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16 LES POÈTES ILLUSTAES
déclin du génie ; car, à côté d'admirables tableaux le la nature, d'épisodes, de détails peints avec un grand ch me, l'unité de sentiment y fait ur pou défaut.
Deux ans plus tard (1888), il publia /a Chute d'un \'nge, espèce d’épopée fantastique qui transporte le lecteur aans le monde antédiluvien des Titars, produit malheureux d'nne imagination qui s'égare.
En 1839, parut, sous le nom de Recueillements poétiques, un dernier volum de vers, pâle reflet des Méditations et d’un mérite bien inférieur. C’était comme l’adieu de Lamartine à la poésie qu’il abandonnait pour se lancer dans la politique.
Il voulut être historien et homme d'Etat : il y méla, a-t-on dit, trop de poésie. Son Histoire des Girondins (1847), malgré d’admirables pages, offre plutôt le charme et les émotions d’un roman que le sérieux et grave intérêt d'une étude solide. Cette tendance même à tout idéaliser conduira l'historien à dissimuler sous un certain prestige poétique la réelle horreur des temps ou des hommes qu'il veut peindre, à comparer Camille Desmoul.us à Fénelon, à mettre une auréole jusque sur le front de Robespierre. Mais dans les parties où l’histoire se rapproche de la poésie, quand d’un trait il faudra éclairer une situation générale, dessiner les grands horizons, Lamartine retrouvera toute sa supériorité. ‘Ses livres d'histoire, a dit Sainte-Beuve, ne sont et ne seront jamais que de vastes et spécieux à peu près où circule par endroits l'esprit général des choses, où vont et viennent ces grands courants de l'atmosphère que sentent à l'avance, en battant des ailes, les oiseaux voyageurs, et que sentent également les poètes, ces oiseaux voyageurs aussi.
Nous ne dirons ici qu’un mot de l’homme politique. Si à la chambre des députés, où il siégea pendant de longues années, il Charmait plus souvent qu'il n’entraînait,si l'idée pratique semblait dans ses discours étouffée sous le h de l'imagination, il se rencontra un jour dans sa vie qua tera glorieux pour sa mémoire. Quand, après les journées de février 1848, le peuple, égaré par de funestes conseils, voulut relever le drapeau rouge, Lamartine déclara qu'il ne signerait jamais un pareil décret.
“ Citoyens ! s'écria-t-il, vous pouvez faire violence at “ gouvernement, vous pouvez lui commander de changer “ le drapeau de la nation et le nom de la France. Si vous “êtes assez mal inspirés et assez obstinés dans votre “erreur pour lui imposer une république de parti et un
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“ pavillon de tesrour, le gouvernement, je le sais, est aussi “ décidé que moi-même à mourir plutôt que de se désho- “ norer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main “ne signera ce décret ! je repousserai jusqu'à la mort ce “ drapeau de sang, et vous devriez le répudier plus que moi ! “ car le drapeau rouge que VOUS nous rapportez n'a jamais “ fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du “ peuple, en 91, en 98, et le drapeau tricolore a fait le tour “ du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la “ patrie ! ”
Par cet acte d’héroïque résistance et grâce à cet éclair de sublime He Tanaine rassura le pays et fit tomber des mains du peuple le symbole d’une sanglante anarchie. Un tel souvenir cependant n’a pas sufli à protéger Lamartine contre les amertumes de l’ingratitude publique. Du moins le gouvernement impérial s’est honoré en provoquant un don national qui garantit l’aisance et la dignité de la vieiliesse attristée du grand poète, qui mourut en 1869, à l’âge de soixante-dix-huit ans.
Quelques jours après la mort de Lamartine, Louis Veuillot écrivait les lignes suivantes :
“ M. de Lamartine, depuis pius d’un an déjà, n'était “ plus de ce monde. La mort n’a fait que fermer son cer- “ caeil. IT semblait qu'il lui fallût du temps à emporter ‘une si grande poussière. Entre tous ces débris qu’on ap- “ pelle des hommes, et qui forment le monde contempo- “ rain, nous croyons que M. de Lamartine était le plus ‘“ vaste. Sa vie et son œuvre l’attestent ; elles attestent ‘ aussi, hélas ! qu'il ne fut pas le-moins dévasté. En force, “en intelligence, en courage, en dons de toute nature, il “avait immensément reçu. Il avait reç 1 même une “éducation chrétienne d’enseignements et d’exemples, “ trésor et bienfait des plus rares à l’époque où il naquit ; “et comme si Dieu eût voulu mettre à l'abri tant de “ moyens qu'il lui confiait pour accomplir de grandes ‘“ choses, 1 fui avait donné encore la pauvreté.
“ La miscrable influence du doute et la vanité ont tout “ dispersé en œuvres vaines et trop souvent blämables. “ Cet homme si bien doué et si bien installé dans la vie, a “ douté de tout, excepté de lui-même, et par ce double “ malheur sa vie apparaî omme un gaspillage immense. “ Il n’y a de beau dans son œuvre que des fragments. Ils “ sont nombreux, quelques-uns sont grandioses, aucun “ n’est parfaitement pur. $
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“ L'inspiratiôn lui ouvrait toutes choses, mais, la parole ‘ envolée, il ne se souvenait plus.
Enfin, grâce à Dieu, il s'est souvenu. Vieux, humilié, “ infirme, et le pied sur le seuil de cette anticharabre de la “ mort, où il devait rester si longtemps et si loin de sa “ gloire humaine, il s’est enfin souvenu, il s'est reconnu, “et par une grâce longtemps refusée peut-être, il a tiré # sor. ame du naufr:ge de toutes ses splendeurs, ”
En effet, le poète qui avait écrit
O Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe !
est mort après avoir reçu tous les secours de la religion, que M. Deguerry, curé de la Madeleine, lui a administrés. Depuis plus d’un an, Lamartine avait voulu faire uue confession générale, et depuis lors il était demeuré fidèle à la pratique de la religion.
En lisant les œuvres de Lamartine, on voit que, malgré les écarts de son imagination, il garda toujours le souvenir de son éducation qui avait été si profondément chrétienne. Ce souvenir s'était rhvivé surtout dans ses dernières années. Lorsqu'il fut question de M. Littré pour l'Académie française, M. Havin (1) sollicita sa voix en faveur du candidat du Siècle. Les sentiments irréligienx de M. Littré furent aux yeux de Lamartine une objection invincible,
“ Comment ! répondit-il avec quelque vivacité à M. Havin,
4 vous me demandez de voter contre le bon Dieu, à moi qui |
irai bientôt paraître devant lui ! Jamais ! Jamais ! ”
La mort si profondément chrétienne de Mme de Lamartine acheva chez l’illustre poète ce grand travail intérieur qui devait le ramener complètement à la foi de ses belles années. Depuis plus de Geux ans déjà, dans la semaine de Pâques, il s'agenouillait à côté de sa nièce à la table sainte. Lamartine n'avait donc pas attendu à la dernière heure Fe. pour demander et recevoir l’absolution du prêtre et la EE visite de son Dieu.
F Annonçant la mort d'un de ses amis, il disait :
“ La mort angélique de ce brave et saint duc de Mont- “ morency me fait un vrai chagrin... Je l’aimais beaucoup ‘“ et il m'aimait sincèrement aussi. Tout s’en va successi- “ vement ainsi, bon et mauvais ; tout nous montre le che- “ min et le monde se renouvelle. Heureux ceux qui sui- “ vent les traces de Montmorency dans ce monde et sur-
(1) M. Havin, fondateur et propriétaire du journal impie Le Siècle,
( # tout dnns l’autre! ‘espère être du nombre, car 7e fais mes “ Pâques demain Ja sais que c’est une bonne nouvelle à | # vous duuner (1).” u
Etendn sur son lit funèbre, Lamartine tenait entre ses mains ce Crucÿix qu'il désirait presser sur ses lèvres expirantes, Dieu avait exaucé la prière de sa jeunesse poétique.
Quand des chants, des sauglots la confuse harmonie N'éveille déjà plus notre esprit endormi, Aux lèvres du mourant collé dans l'agonie,
Û Comme un dernier ami,
Pour éclairer l'horreur de cet étroit passage,
Pour relever vers Dieu son regard abattu,
Divin consolateur, dont nous baisons l’image, . Ki Réponds, que lui dis-tu ?
Tu sais, tu sais mourir! et tes larmes divines, Dans cette nuit terrible où tu prias en vain, De l'olivier sacré baignèrent les racines
Du soir jusqu'au matin.
De là croix, où ton œil sonda ce grand mystère, Tu vis ta mère en pleurs et la Nature en deuil: Tu laissas :omme nous tes ais sur la terre,
Et ton corps au cercueil !
Au nom de cette mort, que ma faiblesse obtienne
De rendre sur ton sein ce douloureux soupir ;
Quand mon heure viendra, souviens-toi de la tienne, O toi qui sais mourir !
Ab'! puisse alors sur ma funèbre couche, Triste et calme à la fois comme un ange éploré, Une figure en deuil recueillir sur ma bouche L'héritage sacré !
Soutiens ses derniers pas, charme sa dernière heure, Et, gage consacré d'espérance et d'amour,
De celui qui s'éloigne à celui qui demeure
asse ainsi tour à tour.
(1) Correspondance de Lamartine, 1, II, p. 398,
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Jusqu'au jour où, des morts perçant la voûte sombre, Une voix dans le ciel, les appelant sept fois, Ensemble éveillera ceux qui dorment à l'ombre
De l’éternelle croix !
Il ne nous reste plus maintenant qu'à analyser l'œuvre de Lamartine, tâche difficile et pour laquelle nous emprunterons la plume des critiques dont l'autorité est indiscutable,
“ Quand la postérité, dit M. Nisard, fera le choix du “bien et du mal dans ses œuvres, que de parties ne re- “ tranchera-t-elle pas qui nous ont paru vives et floris- “ santes'! Combien restera-t-il de ces développements à “ perte de vue du sentiment individuel, de ces peintures “ de son propre cœur où le poète languit dans des analyses “ sans fin et s'évapore dans ses propres pensées ? Combien ‘“ de ratures je prévois que la postérité va faire dans quel- “ ques pages à la fois si subtiles et si vagues ! Que resterat-il donc de Lamartine ? Les Méditations, quelques pièces “ des Harmonies religieuses, quelques morceaux de Jocelyn. “ Il restera une foule de ces vers qui n'empêchent pas les “ puèmes d'être médiocres, et qui sont les dernières fleurs “ dont se parent les poésies mourantes ; il restera le sou- “venir de grandes facultés poétiques, très supérieures à “ce qui en sera sorti; il restera le nom harmonieux et “ sonore d’un poète auquel son siècle aura été trop doux “et sa gloire trop facile, et en qui ses contemporains “auront trop aïmé leurs propres défauts.”
Cependant pour être juste envers Lamartine et envers M. Nisard Iu'-même, il ë ut ajouter que ‘illustre auteur de l'Histoire ae la Littérature française n'a pas craint de rectifier dans la conclusion de son ouvrage le premier jugement qu'il avait porté sur l’un des plus grands poètes français.
“ Chez Lamartine, dit M. Nisard, a la poésie s’épanche “en des vers d’une harmonie que Racine même n'a pas “ connue. Le charme que décrivait Cuvier comparant “ ces vers, apparus pour la première fois vers 1820, à un “ chant qu'entendrait tout à coup un promeneur solitaire “et qui répondrait à ses secrets sentiments, ce charme se “ fait encore sentir aujourd’hui et ne cessera qu'avec la “ langue française. Nous y reconnaissons nos sentiments, “non pas comme dans la poésie dramatique, qui nous
(1) Nisard, Æistotre de la Littérature française, t, IV. Conclusion,
“ prend à partie et nous met en scène, mais le dirai-je ? “ comme en un rêve où l'on n'a qu'à demi conscience de “ soi-même, el où l’on goûte la vie sans en sentir le poids. “ Dans cette poésie religieuse,on reste sur le seuil de beau- “ coup de choses ; rien ne va jusqu'à la mg poignante. * “ Les plus tristes, les plus sérieuses, celles même qui ex- “ priment le découragement, n’affectent l'âme que comme “ une douleur qui a perdu son aiguillon. La tristesse elle- “ même est caressante, et les larmes que répand le poète À “ sont celles du doux Virgile, qui glissent sur la joue sans “la brûler. Les mots sont à l'unisson des choses, En lisant. “ces vers, on ne s'avise plus d'accuser notre langue de ‘* dureté. Tous les angles s'émoussent ; les syl:abes les pius “ rudes se polissent en se touchant, et de ces mots si “rebelles aux mains les plus habiles se forme une langue “ musicale comme celles de l'antiquité. La lyre, la harpe “ éolienne, dont les cordes eflleurées par les souflles du “ciel rendaient des sons harmonieux, ne sont plus des “ symboles; tout ce qui s’est dit au figuré de l’art du ‘ poète est vrai en propre du poète dont je parle.” À Maintenant nous allons faire connaître Lamartine par ses œuvres mêmes en les faisant précéder d'une courte analyse jittéraire.