‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 7 sur 121 · MÉDITATIONS POÉTIQUES · texte numérisé non relu

MÉDITATIONS POÉTIQUES

En 1820 parut l'ouvrage qui devait npérer dans la poésie lyrique une révolution profonde. A l'encontre de la plupart des auteurs du dix-huitième siècle, Lamartine ramène la poésie au sein de la nature ; il a besoin de grand air, de la vue du soleil dans l'éclat de son midi ou dans les magnificences de son couchant. Il reçut du ciel le don de poésie, il n'eut pas de maître ; il échappe à toutes les écoles ; luimême il nous dira comment, tout de suite, il fut obéissant à l’inépuisable inspiration :

Jamais aucune main, sur Ja corde sonore,

Ne guida dans ses jeux ma main novice encore ; - L'homme n'enseigne en ce qu’inspire le ciel;

Le ruisseau n’apprend pas à couler dans &. pente, L'aigle à fendre les airs d’une aile indépendante,

L'abeille à ccmposer son miel...

Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie!

“A ces accor?., inouïs, la plaine et le mont furent ‘‘ attentifs, le ruisseau les répéta à la forêt sacrée, et l'écho en fut jusqu’au ciel!”

JULES JANIN. Etude sur Lamartine.

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Un nouveau sentiment anime les vers de Lamartine ; c'est l'amour chrétien, douce harmonie des intelligences, union mystérieuse des âmes. Ce n'est pins la passion ardente et voluptueuse des paiens, c'est un sentiment plus élevé ; ses élans ne s'arrêtent pas sur la “erre ; ils montent vers le ciel. Le poète a de sublimes transports et d’'ineffables mélancolies ; c'est le désenchantement des ch jes qui passent, mêlé à l'espérance des choses qui de: : arent ; c'est la terre vue du ciel,

Ce sentiment, qui revient sans cesse dans les premières poésies de Lamartine, est un des motifs qui le fit accueillir avec tant d'enthousiasme par les femmes. Le poète chrétien leur rendait leur titre de noblesse, il leur donnait une âme.

Le siècle se reconnut aussi dans cette voix mélancolique et généreuse qui cherchait à dissiper los ténèbres du doute par les lumières de la Foi et les accents de la Prière, qui faisait alterner l'expression du désespoir et celle de la confiance en Dieu, enfin qui parlait si noblement d'Enthousiasme, de Gloire et d’'Immortalité.

Lamartine savait surtout interroger la natare, en interpréter le silence majestueux, demander aux flots comme aux étoiles le nom du Créateur et faire pénétrer dans les âmes, à défaut d'une conviction forte et précise, une religieuse émotion. À cet attrait d’une pensée tour à tour : inquiète et sereine s’ajoutait celui d’une sensibilité profonde. Le poète répandait son âme entière dans ce qu'il écrivait ; tantôt, comme dans le Lac, associant l'ivresse du bonheur au sentiment de la fragilité humaine ; tantôt appelant l'espérance au chevet du Poète et du Chrétien mourant où la faisant briller aux yeux des mortels afligés ;

lus touchant encore lorsqu'il parcourait dans ses Préludes e cercle entier des affections humaines ou lorsqu'il exhalait aux pieds du Cructifix les sanglots d’une douleur attendrie et domptée par la religion. Sa muse d’ailleurs était équitable et respectueuse de toute grandeur, également prompte à chanter l'avenir sur un berceau royal ou à médiier sur la tombe à peine fermée d". prisonnier de Sainte-Hélène.

DE LAMANTINE

L'HOMME, À LURD.BYRON. (1)

Toi, dont le monde encore ignore le vrai nom, Esprit mystérieux, mortel, ange ou démon, Qui que tu sois, Byron, bon ou fatal génie, J'aime de tes concerts la sauvage harmonie, Comme j'aime le bruit de la foudre et des vents Se mélant dans l'orage à la voix des torrents !

La nuit est ton séjour, l'horreur est ton domaine : L'aigle, roi des déserts, dédaigne ainsi la plaine ; Il ne veut, comme toi, que des rocs escarpés

Que l'hiver a bianchis, que la foudre a frappés, Des rivages couverts des débris du naufrage,

Ou des charris tout noircis des restes de carnage : Et, tandis que l'oiseau qui chante ses douleurs Bâtit au bord des eaux son nid parmi les fleurs, Lui des sommets d'Athos franchit l’horrible cime, Suspend au flanc des monts son aire sur l’abîme, Et là, seul, entouré de membres palpitants,

De rochers l’un sang noir sans cesse dégouttants Trouvant sa volupté dans les cris de sa proie, Bercé par la tempête, il s’'endor' dans sa joie.

Et toi, Byron, semblable à ce brigand des airs,

Les cris du désespoir sont tes plus doux concerts.

Le mal est ton spectacle, et l’homme est ta victime,

Ton œil, comme Satan, a mesuré l’abîme,

Et tou âme, y plongeant loin du jour et de Lieu,

À dit à l'espérance un éternel adieu !

Comme lui maintenant, régnani dans les ténèbres,

Ton génie invincible éclate en chants ‘unèbres ;

Il triomphe, et ta voix, sur un mode infernal,

Chante l'hymne de gloire au sombre *‘u du mal,

Mais que sert de lutter contre sa des\1ee ?

Que peut contre le sort la raison mutinée ?

Elle n’a, comme l'œil, qu'un étroit horizon.

Ne porte pas plus loin tes yeux ni ta raison :

Hors 4e là tout nous fuit, tout s'éteint, tout s’efface ;

Dans ce cercle borné Dieu t'a marqué ta place :

Comment ? pourquoi ? qui sait ? De ses puissantes mains Il a laissé tomber le monde et les humains, #8 Comme il a dans nos champs répandu la poussière, | Ga semé dans les airs la vie 2t la lumière,

Il Le sait, il suffit : l'univers est à lui, Et vous n'avons à nous que le jour d'aujourd'hui ! Notre crime est d’être homme et de vouloir connaître : Ignorer et servir, c'est la loi de notre être. ‘Byron, ce mot est dur : longtemps j'en ai douté ; ais pourquoi reculer devant la vérité ?

Ton titre devant Dieu, c'est d’être son ouvrage, De sentir, d’adorer ton divin esclavage ; Dans l’ordre universel, faible atome emporté, D'unir à ses desseins ta libre voloncé.

D'avoir été conçu par son intelligence, De le glorifier par ta seule existence : (2) Voilà, voilà ton sort. Ah ! loin de l’accuser, Baise plutôt le joug que tu voudrais briser ; Descends du rang des dieux qu'usurpait ton audace : Tout est bien, tout est bon, tout est grand à sa place ; Aux regards de Celui qui fit l'immensité L'insecte vaut un monde : ils ont autant coûté !

Mais cette loi, dis-tu, révolte ta justice ;

Elle n’est à tes yeux qu'un bizarre caprice, Un piége où la raison trébuche à chaque pas. Confessons-la, Byron, et ne la jugeons pas.

Comme toi, ma raison en ténèbres abonde,

Ft ce n’est pas à moi de t’expliquer le monde,

Que celui qui l’a fait t’explique l'univers :

Plus je sonde l’abîme, hélas ! plus je m’y perds. Ici-bas, la douleur à la douleur s’enchaîne,

Le jour succède au jour, et la peine à la peine. Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, (3) L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux : Soit que, déshérité de son antique gloire,

De ses destins perdus il gürde la mémoire ;

Soit que de ses désirs l'immense profondeur

Lui présage de loin sa future grandeur.

Imparfait ou déchu, l’homme est le grand mystère. Dans la prison des seus, enchaîné sur la terre, Esclave, il sent un cœur né pour la liberté ; Malheureux, il aspire à la félicité :

Il veut sonder le monde, et son œii est débile ;

Il veut aimer toujours : ce qu'il aime est fragile ! (4) Tout mortel est semblable à l’exilé d’Eden :

Lorsque Dieu l’eut banni du céleste jardin, Mesurant d’un regard les fatales limites,

Il s’assit en pleurant aux portes interdites,

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