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étudié et mieux compris ; la connaissance des littératures étrangères rendit le goût moins timide et plus impartial; * enfin, la barrière que l’école classique avait élevée entre la langue poétique et la langue commune fut reculée, et le mot propre remplaça les élégances douteuses de la périphrase. Mai romantisme ne sut pas échapper au danger de toutes les actions, qui est de dépasser le but qu’elles rétendent atteindre ; la réponse se termina par une révoution. On avait eu raison de bannir la périphrase qui tourne autour de l’idée au lieu de l’étreindre ; il fallait s'arrêter là et ne pas donner droit de cité dans la langue des dieux au mot brutal, au mot cru. On avait, non sans bonheur, assoupli le vers alexandrin en variant sa coupe, en usant, à l'exemple d'André Chénier, de la liberté du rejet ; il ne fallait pas en arriver, par esprit de système, jusqu’à le désarticuler pour ainsi dire, à violer tout rythme et toute mesure. On avait, par l'étude du moyenâge et des littératures étrangères, agrandi le cercle trop restreint des inspirations classiques ; il ne fallait pas rechercher de parti pris l’invraisemblable, l'exception ; surtout il ne fallait pas tenter cette singulière réhabilitation du laid et donner une importance excessive à ce qui ne peut et ne doit être qu’un élément inférieur de la vérité dramatique. “Tout ce qui est dans la nature est dans l’art, disait l’auteur de Cromwell, le drame résulte de la combinaison du sublime et du grotesque.” Cette phrase est le résumé de la poétique de Victor Hugo. Dans ses drames toutes les lois dramatiques sont ainsi ramenées à l’antithèse morale comme toutes les lois du style à l’antithèse des mots et des images. Un chef de brigands (Hernani, 1830) sera en même temps le type de la loyauté chevaleresque ; le plus misérable des bouffons (/e Ror s'amuse, 1832) deviendra .e plus tendre, le plus passionné des pères ; les plus chastes ardeurs du sentiment maternel se trouveront comme égarées dans l’âme corrompue d’une femme souillée de vices et de crimes (Lucrèce Borgia,1833). Sans doute la loi du contraste est vraie en elle-même : elle existe dans le cœur de l’homme, elle doit avoir sa place dans le drame, qui est l’image de la vie. Ce qui est faux sous le double rapport moral et dramatique, c’est le rapprochement invraisemblable de l'idéal du vice et de l'idéal de la vertu. La nature résiste à des oppositions si heurtées, si violentes. D'ailleurs, la vérité historique n’est pas moins altérée dans le théâtre de Victor Hugo. Avilir de grands noms, faire de Cromwell un fou fanatique, de
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Charles-Quint un coureur d'aventures, de François Ier un triste esclave des pius honteux caprices, c'est manquer envers l’histoire de respest et de justice, c'est abuser de la puissance que donne le prestige de la scène pour imposer à l'imagination populaire des types sans grandeur et sans vérité.
Ce défaut de vérité et de mesure nous frapperait encore dans les deux célèbres romans de Victor Hugo (Notre- Dame de Paris, 1831, les Misérables 1862), et nous forcerait à mêler des réserves à l’admiration que nous inspirent les hautes parties de ce prodigieux et redoutable talent. Il est difficile de se mettre en garde contre les surprises d’une première lecture ; mais une fois le charme rompu et les nerfs calmés (car Victor Hugo ébranle les nerfs plus encore qu'il ne fait pleurer), nous découvrons sans peine que le tragique appareil dressé devant nous repose sur une base trop fragile pour le soutenir. Les Misérables, par exemple, cette sorte de monument expiatoire ‘élevé en l’honneur des déshérités d’ici-bas n'ont pas d'autre base première que l’inacceptable supposition d’un homine condamné aux galères pour avoir dérobé un pain dans une heure de détresse. Refusez à l’auteur cette première concession, tout le roman s'écroule et avec le roman ce réquisitoire inexorable contre les lois qui gouvernent les sociétés. Il faut donc effacer le mot impie qui sert d'épigraphe à Notre-Dame de Paris et qui est la conclusion des Misérables : ANATKH. (1) C'est l'honneur et la force de la doctrine de la liberté humaine,
u’on ne puisse la nier sans tomber dès le premier pas fine le sophisme et le paradoxe. Sans prétendre devancer le jugement de l’aven! , nous croyons que la postérité gardera surtout la mémoire du génie lyrique de Victor Hugo : {es Orientales et les Feuilles d'automne resteront sa plus belle couronne:!
Le mérite de ces œuvres avait ouvert au poète la carrière des honneurs et de la gloire. En 1841, il fut reçu membre de l’Académie française. Deux ans après, il fut élevé à la dignité de pair de France. Le duc d'Orléans, accompagné de sa jeune femme, vint le féliciter au moment où il terminait, à la Chambre, son discours de réception.
Depuis cette époque glorieuse de son histoire, le grand poète s’est jeté dans la politique et a embrassé les idées les plus radicales. Son nom se trouve mêlé aux divers
(1) Fatalité,
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épisodes de notre histoire nationale. Il fat proscrit pendant vingt «ns sous le second Empire. En exil, il écrivit quelques ouvrages qui ajouteront pou de chose à sa gloire : Napoléon le Petit, pamphlet virulent contre Napoléon III, dans lequel il raconte le coup &’Etat ; ::s Châtiments, recueil de poésies qui renferme quelques beautés de premier ordre, mais où le proscrit s’est le plus souvent laissé aller à l’injure grossière et violente ; Les Contemplations, où sont consignés les souvenirs du poète ; la Légende de. siècles qui a pour but de montrer l'humanité marchant dès l’origine vers le progrès et la lumière ; les Chansons des rues et des bois, où l’art, le vrai, le beau sont insultés à chaque page.
Rentré en France après la chute de l'Empire, Victor Hugo fut de nouveau porté au pouvoir comme député. Il reprit la plume pour flétrir dans les vers énergiques de l'Année terrible la cruauté et la rapacité de l’armée pruscienne pendant la guerre de 1870.
Terminons cette longue énumération d'œuvres notoirement secondaires, par les derniers romans sortis de la plume de l’infatigable écrivain : les Travailleurs de la mer et l'Homme qui Rit, où l’on trouve des scènes touchantes et : des tableaux grandioses ; Quatre-vingt-treize, récit d’un épisode de la guerre de Vendée, Histoire d'un crime, récit | du coup d'Etat de 1851.
En esquissant la biographie de Victor Hugo qui est pour ainsi dire, la biographie de ses œuvres mêmes, nous avons essayé de faire la. critique de ce mélange de grandeür et de bassessa, de sublime et de grotesque, qui caractérise l'écrivain le plus extraordinaire de ce siècle. Ilne nous reste plus qu’à extraire de son immense répertoire poétique les parties les plus dignes de notre admiration.
Cependant comme notre œuvre a té composée à un point de vue tout à fait chrétien, “ous ne saurions trop mettre la jeunesse en garde contre les utopies humanitaires et l’impiété révoltante de Victor Hugo. Le grand poète a malheureusement, dans ses dernières années surtout, voué une haine implacabie à tout ce qui, de près ou de loin, Ë touche à la religion catholique. Aussi tout en respectant il le talent sublime, le génie de Victor Hugo, nous ne saurions trop rappeler que celui qui, à son début, a été l’un des plus grands poètes chrétiens dont la France s’honore, s’est laissé aveugler par un fatal orgueil, et que, irrité de 4 ne pouvoir atteindre le but de son ambition, il crut devoir à
renier tout son passé et sembla se faire une amère joie de renverser tous les monuments qu’il avait élevés. Avant que le poète se fül assis entre la Vengeance et la Haine, et leur eût dit : “ Soyez mes muses ” ; un bon sentiment jaillissait encore au milieu des scories des passions comme ces fleurs qui surnagent sur les vagues troublées d’un torrent. Le souvenir du passé lui revenait comme F un écho lointain qui parle de beaux lieux que l’on a ÿ quittés, et la conscience d’un présent souillé se mêlait tris- à tement à ce souvenir. Il y a dans les poésies de Victor ‘: Hugo une pièce qui porte l'empreinte profonde de cette disposition d'esprit ; c'est quand il chante /a Cloche sur le métal de laquelle on a gravé une croix, avec le nom d'un saint ei le nom sacré de Dieu, signes, hélas ! effacés, mutilés maintenant : Voilà l’image de son âme telle qu'elle fut hier quand elle était croyante, et telle qu’elle est aujourd'hui, qu’elle est devenue sceptique. Mais laissons parler le poète lui-même :
Seule en ta sombre tour aux faîtes dentelés,
D'où ton souffle descend sur les toits ébranlés,
O cloche suspendue, au milieu des nuées
Par ton vaste roulis si souvent remuées,
Tu dors en ce moment dans l'ombre, et rien ne luit Sous ta voûte profonde où sommeille le bruit.
Oh ! tandis qu'un esprit qui jusqu’à toi s’élance, Silencieux aussi, contemple ton silence,
Sens-tu par cet instint vague et plein de douceur Qui révèle toujours une sœur à la sœur,
Qu'à cette heure où s'endort la soirée expirante Une âme est près de toi, non moins que toi vibrante.
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Oh ! dans mes premiers temps de jeunesse et d’aurore.
Lorsque ma conscience était joyeuse encore,
Sur son vierge métal mon âme avait aussi
Son auguste origine écrite comme ici.
On y voyait briller une inscription sainte,
Une croix radieuse, une couronne empreinte,
Mais des passants aussi, d'impérieux passants
Qui vont toujours au cœur par le chemin des sens,
Qui, lorsque le hasard jusqu'à nous les apporte, ne Montent notre escalier et poussent notre porte, Qui viennent bien souvent trouver l’homme au saint lieu es Et qui le font tinter pour d’autres que pour Dieu ; É
gr a la re A Lau A on Rhuicl DANTAMENT PA COR PET NT DATES atéry Dnn T 1 ndot and 2 10 0 , à , ar ;
Les passions, hélas ! tourbe un jour accourue
Pour visiter mon Ame, ont monté de la rue,
Et de quelqne couteau se faisant un burin,
Sans respect pour le Verbe écrit sur son airain, Toutes, mêlant ensemble injure, erreur, blasphème,
Hélas ! il n’est que trop vrai. Elle n’est plus reconnaissal e cette Ame de notre grand poète, cette cloche sublime : ge autrefois sonna toutes les grandes fêtes de la religion et
e la patrie, et qui maintenant ne sonne plus que le sinistre tocsin de la Révolution !