TR RO AO ES 7 CHOINE MEN
f1 entendit de loin dans le divin séjour
L'harmonieux soupir de l'éternel amour,
Les accents du bonheur, les saints concerts des anges Qui, dans le sein de Dieu, célébraient ses louanges ; Et, s’arrachant du ciel dans un pénible effort,
Son œil avec effroi retomba sur son sort (5).
Malheur à qui du fond de l’e.il de la vie Entendit ces concerts d'un monde qu'il envie | Du nectar idéal sitôt qu’elle a goûté,
La nature répugne à la réalité ;
Dans le sein du possible en songe elle s'élance ;, Le réel est étroit, le possible est immense ; L'âme avec ses désirs s’y bâtit un séjour
Où l’on puise à jamais la science ei famour ; Où, dans des océans de beauté, de limière, L'homme, altéré toujours, toujours 1e désaltère, Et de songes si beaux enivrant son sommeil, Ne se reconnaît plus au moment du réveil.
Hélas ! tel fut ton sort, télle est ma destinée. J'ai vidé comme toi la coupe empoisonnée ; Mes yeux, com'’ne les tiens, sans voir se sont ouverts : J'ai cherché vainement le mot de l’univers, J'ai demandé sa cause à toute la nature, J'ai dem:ndé sa fin à toute créature ; Dans l’abîme sans fond mon regard a plongé ; De l’atome au soleil j'ai tout interrogé, J'ai devancé les temps, j'ai remonté les âges : Tantôt, passant les mers pour écouter les sages : Mais le monde à l’orgueil est un livre fermé! Tantôt, pour deviner le monde inanimé, Fuyant avec mon âme au sein de la nature, J'ai cru trouver un sens à cette langue obscure. J'étudiai la loi par qui roulent les ceux ; Dans leurs brillants déserts Newton guida mes yenx ; Des empires détruits je méditai la cendre ; Dans ses sacrés tombeaux Rome m'a vu descendre ; Des mânes les plus saints troublant le froid repos, J'ai pesé dans mes mains la cendre des héros : J’ellais redemander à leur vaine poussière
‘ Cette immortalité que tout mortel espère.
Que dis-je ? suspendu sur le lit des mourants, Mes regards la cherchaient dans des yeux expirants,
Sur ces sommets noircis par d'éternels nuages,
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Sur ces flots sillonnés par d’éternels orages, J'appelais, je bravais le choc des éléments.
Semblable à la sibyile en ses emportements,
J'ai cru que la nature, en ces rares spectacles,
Laissait tomber pour nors quelqu'un de ses oracles: J’aimais à m’enfoncer dans ces sombres horreurs.
Mais en vain dans son calme, en vain dans ses fureurs, Cherchant ce grand secret sans pouvoir le surprendre, J'ai vu partout un Dieu sans jamais le comprendre ! J'ai vu le bien, le mal, sans choix et sans dessein, Tomber comme au hasard, échappés de son sein ;
J'ai vu partout le mal où le miecx pouvait être,
Et je l'ai blasphémé, ne pouvant le connaître :
Et ma voix, se brisant contre ce ciel d’airain, N'a pas même eu l'honneur d'irriter le destir
Mais un jour que, plongé dans ma propre infortune, J'avais lassé le ciel d’une plainte importune,
Une clarté d’en haut dans mon sein descendit,
Me tenta de bénir ce que j'avais maudit ;
Et, cédant sans cerabattre au souffle qui m'inspire, L'hymne de la raison s’élança de ma lyre.
“ CHloire à toi dans les temps et dans l'éternité, Eternelle raison, suprême volonté !
Toi dont l’immensité reconnaît la présence, l Toi dont chaque matin annonce l'existence !
Ton souffle créateur s’est abaissé sur moi ;
Celui qu: n’était pas a paru devant toi!
J’ai reconnu ta voix avant de me connaître,
Je me suis élancé jusqu'aux portes de l’Etre:
Me voici! le néant te salue en naissant ;
Me voici! mais que suis-je ? in atome pensant,
Qui peut entre nous deux mesurer la distance ?
Moi, qui respire en toi ma rapide existence,
À l’insu de moi-même, à ton gré façonné
Que me dois-tu, Seisneur, quand je ne suis pas né ? Rien avant, rien 2,” #8: gloire a la fin suprême !
Qui tira tout de soi se doit tout à soi-même.
Jouis, grand artisan, de l’œuvre de tes mains :
Je suis pour accomplir tes ordros souverains ; Dispose, ordonne, agis ; dans les temps, dans l’espace, Marque-moi pour ta gloire et mon jour et ma place : Mon être, sans se plaindre et sans t'interroger,
De soi-même, en silence, accourra s’y ranger.
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Comme ces globes d’or qui dans les champs du vide Suivent avec amour ton ombre qui les guide,
Noyé dans la lumière ou perdu dans la nuit,
Je marcherai comme eux où ton doigt me conduit : Soit que, choisi par toi pour éclairer les mondes, Ke Réfléchissant sur eux les feux dont tu m’inondes, : Je m'élance entouré d'esclaves radieux, Et franchisse d’un pas tout l’abîme des cieux ;
Soit que, me reléguant loin, bien loin de ta vue,
Tu ne fasses de moi, créature inconnue,
Qu'un atome oublié sur les bords du néant,
Ou qu’un grain de poussière emporté par le vent, Glorieux de mon s0:t, puisqu'il est ton ouvrege,
J'irai, j'irai partout te rendre un même hommage,
Et, d’un égal amour accomplissant ta loi,
Jusqu'aux bords du néant murmurxer : “ Gloire à toi!”
“ Ni si haut, ni si bas ! simple enfant de la terre, Mon sort est un problème, et ma fin un mystère ; Je ressemble, Seigneur, au globe de la nuit,
Qui, dans la route obscure où ton doigt le conduit, Réfléchit d'un côté les clartés éternelles,
Et de l’autre est plongé dans les ombres mortelles. L'homme est le point fatal où les deux infinis
Par la toute-puissance ont été réunis. (6)
À tout autre degré, moins malheureux peut-être, J’eusse été... Mais je suis ce que je devais être; J'adore sans la voir ta suprême raison :
G'oire à toi qui m'as fait ! ce que tu fais est bon. Cependant, accablé sous le poids de ma chaîne, Du néant au tombeau l’adversité m'entraîne ;
Je marche dans la nuit par un chemin mauvais, Ignorant d’où je viens, incertain où je vais,
Et je rappelle en vain ma jeunesse écoulée, Comme l’eau du torrent dans sa source troublée. Gloire à toi! Le malheur en naissant m'a choisi ; Comme un jouet vivant ta droite m'a saisi ;
J'ai mangé dans les pleurs le p ‘n de ma misère, Et tu m'as abreuvé des eaux de ta colère.
Gloire à toi! J'ai crié, tu n’as pas répondu :
J'ai jeté sur la terre un regard confondu ;
J'ai cherché dans le ciel le jour de ta justice ; 5 Il s’est levé, Seigneur, et c’est pour mon suprplice. É Gloire à toi! L’innocence est coupable à tes yeux : 5 Un seul être, du moins, me restait sous les cieux;
Toi-même de nos jours avais mêlé la trame,
Sa vie était ma vie, et son âme mon âme ; Comme un fruit encor vert du rameau détaché,
Jé l'ai vu de mon sein avant l’âge arraché !
Ce coup, que tu voulais me rendre plus terrible, Le frappa lentement pour m'être plus sensible : Dans ses traits expirants, où je lisais mon sort, J'ai vu lutter ensemble et l'amour et la mort ; J'ai vu dans ses regards la flamme de la vie, Sous la main du trépas par degrés assoupie,
Se r'animer encore au souflle de l'amour.
Je disais chaque jour : “ Soleil, encore un jour ! ” Sermiblable au criminel qui, plongé dans les ombres, Et descendu vivant dans les demeures sombres, Près du dernier flambeau qui doive l’éclairer,
Se penche sur sa lampe et la voit expirer,
Je voulais retenir l’âme qui s’évapore ;
Dans son dernier regard je la cherchais encore ! Ce soupir, à mon Dieu ! dans ton sein s’exhala : Hors dn monde avec lui mon espoir s'envola !
Parclonne au désespoir un moment de blasphème, J'osui.. Je me repens: gloire au maître suprême ! Il fit l’eau pour couler, l’aquilon pour courir,
Les soleils pour brûler, et l'homme pour souffrir |
“ Que j'ai bien accompli cette loi de mon être! La nature insensible obéit sans connaître ;
Moi seul, te découvrant sous la nécessité, J’immole avec amour ma propre volonté ;
Moi seul je t'obéis avec intelligence ;
Moi seul je me complais dans cette obéissance ; Je jouis de remplir en tout temps, en tout lieu, La loi de ma nature et l’ordre de mon Dieu; J'adore en mes destins ta sagesse suprême, J'aime ta volonté dans mes supplices même :
Gloire à toi! gloire à toi! Frappe, anéantis-moi ! Tu n’entendras qu'un cri : “ Gloire à jamais à toi ! ” (7)
Ainsi ma voix monta vers la voûte céleste :
Je rendis gloire au ciel, et le ciel fit le reste.
Mais silence, ô ma lyre! Et toi, qui dans tes mains Tiens le cœur palpitant des sensibles humains, Byron, viens en tirer des torrents d'harmonie : C’est pour la vérité que Dieu fit le génie.
Jette un cri vers le ciel, 6 chantre des enfers ! (8)
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Le ciel même aux damnés enviera tes concerts. Peut-être q.1'à ta voix, de la vivante flamme "SA Un rayon descendra dans l'ombre de ton âme ; “34 Peut-être que ton cœur, ému de saints transports, "4 S'apaisera soi-même à tes propres accords, .
Et qu’un éclair d'en haut perçant ta nuit profonde, A Tu verseras sur nous la clarté qui t’inonde,
Ah! si jamais ton luth, amolli par tes pleurs, Soupirait sous tes doigts l'hymne de tes douleurs, Ou si, du sein profond des ombres éternelles, Comme un ange tombé tu secouais tes ailes,
1, prenant vers le jour un lumineux essor,
Parmi les chœurs sacrés tu t’essayais encor ; Jamais, jamais l'écho de la céleste voûte,
Jamais ces harpes d’or que Dieu lui-même écoute, Jamais des séraphins les chœurs mélodieux
De plus divins accords n'auraient ravi les cieux! Courage, enfant déchu d’une race divine ! Tu portes sur ton front ta superbe origine ;
Tout homme, en te voyant, reconnaît dans tes yeux Un rayon éclipsé de la splendeur des cieux ! ;
Roi des chants immortels, reconnais-toi toi-même ! Laisse aux fils de la nuit le doute et le blasphème ; Dédaigne un faux encens qu'on t'offre de si bas :
‘La gloire ne peut être où la vertu n’est pas.
Viens reprendre ton rang dans ta splendeur première, Parmi ces purs enfants de gloire et de lumière,
Que d’un souffle choisi Dieu voulut animer,
Et qu'il fit pour chanter, pour croire et pour aimer ! (9)
L'IMMORTALIT.
Le soleil de nos jours pâlit dès son aurore ; Sur nos fronts languissants à pein: :l jette encore . Quelques rayons tremblants qui : mbattent la nuit : L'ombre croit, le jour meurt, tout s'efface et tout fuit. Qu'un autre à cet aspect frissonne et s’attendrisse, Qu'il recule en tremblant des bords du précipice, Qu'il ne puisse de loin entendre sans frémir Le triste chant des morts tout prêt à retentir, Les soupirs étouftés d’une amante ou d’un frère £ A Suspendus sur les bords de son lit funéraire, E Ou l’airain gémissant, dont les sons éperdus : Annoncent aux mortels qu'un malheureux n’est plus |
RASE Re EE AN pr LR ST EN PE Pre LS ON A An RATES. Lite 1 "23
Je te salue, à mort ! Libérateur céleste. Tu ne m'apparais point sous cet aspect funeste Que t'a prêté longtemps l’épouvante ou l'erreur ; Ton bras n’est point armé d’un glaive destructeur, Ton front n’est point cruel, ton œil n’est point perfide ; Au secours des douleurs un Dien clément te guide ; Tu n’anéantis pas, tu délivres ; ta main, Céleste messager, porte un flambeau divin :
Quand mon œil fatigué se ferme à la lumière, Tu viens d'un jour plus pur inonder ma paupière ; Et l'espoir près de toi, rêvant sur un tombeau Appuyé sur la foi, m'ouvre un monde plus beau. Viens donc, viens détacher mes chaînes corporelles ! Viens, ouvre ma prison ; viens, prête-moi tes ailes Que tardes-tu ? Parais ; que je m'élance enfin Vers cet être inconnu, mon principe et ma fin. Qui m'en a détaché ? Qui suis-je et que dois-je être ? Je meurs, et ne sais pas ce que c’est que de naître. Toi qu'en vain j'interroge, esprit, hôte inconnu, Avant de m'animer, quel ciel habitais-tu ?
Quel pouvoir t'a jeté sur ce globe fragile ?
Quelle main t’enferma dans ta prison d'argile ? Par quels nœuds étonnants, par quels secrets rapporis Le corps tient-il à toi comme tu tiens au corps ?
. Quel jour séparera l’âme de la matière ?
Pour quel nouveau palais quitteras-tu la terre ? , As-tu tout oublié ? Par delà le tombeau,
Vas-tu recommencer une semblable vie ?
Ou dans le sein de Dieu, ta source et ta patrie,
Affranchi pour jamais de tes liens mortels,
Vas-tu jouir enfin de tes droits éternels ?
Oui, tel est mon espoir, ê moitié de ma vie !
C’est par lui que déjà mon âme raffermie
À pu voir sans effroi sur tes traits enchanteurs
Se faner du printemps les brillantes couleurs ;
C'est par lui que, percé du trait qui me déchire,
Jeune encore, en mourant vous me verrez sourire, Et que des pleurs de joie, à nos derniers adieux, À ton dernier regard brilleront dans mes yeux. “ Vain espoir ! ” s'écriera le troupeau d’Epicure, Et celui dont la main disséquant la nature, Dans un coin du cervea’s nouvellement décrit, Voit penser la matière et végéter l’esprit, “ Insensé, diront-ils, que trop d’orgueil abuse, Regarde autour de toi : tout commence et tout s'use
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Tout marche vers un terme et tout naît pour mourir ; Dans ces prés jannissants tu vois la fleur languir, Tu vois dans ces forêts le cédre au front superbe Sous le poids de «es :n6 tomber, ramper sous l'herbe ; Dans leurs lits desséchés tu vois les mers tarir ; Les cieux mêmes, les cieux commencent à pâlir ; Cet astre dont le temps a caché la naissance,
Le soleil, comme nous, marche à sa décadence,
Et dans les cieux déserts les mortels éperdus
Le chercheront un jour et ne le verront plus !
Tu vois autour de toi dans la nature entière
Les siècles entasser poussière sur poussière,
Et le temps, d'un seul pas confondant ton orgueil, De tout ce qu'il produit devenir le cercueil.
Et l’homme, et l’homme seul, à sublime folie !
Au tond de son tombeau croit retrouver la vie,
Et dans le tourbillon au néant emporté,
Abattu par le temps, rêve l'éternité ! ”
Qu'un autre vous réponde, ô sages de la terre | Laissez-moi mon erreur : j'aime, il faut que j'espère Notre faible raison se trouble et se confond.
Cui, la raison se tait ; mais l'instinct vous répond, Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines Les astres, s'écartant de leurs routes certaines,
Dans les champs de l’éther l’un par l’autre heurtés, Parcou ‘ir au hasard les cieux épouvantés ; (1) Quand j'entendrais gémir et se briser la terre ; Quand je verrais son globe errant et solitaire, Flottant loin des soleils, pleurant l’homme détruit Se perdre dans les champs de l’éternelle nuit ;
Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres, Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres,
Seul je serais debout : seul, malgré mon effroi,
Etre infaillible et bon, j'espérerais en toi,
Et, certain du retour de l’éternelle aurore,
Sur les mondes détruits je t’attendrais encore !
L'ENTHOUSIASME Aïnsi, quand l'aigle du tonnerre L’aigle, pressant ses flancs timides Enlevait Ganymède aux cieux, L'arrachait aux champs paternels ; L'enfant, s’attachant à la terre, Et, sourd à la voix qui l'implore, Luttait contre l'oiseau des dieux ; Il le jetait, tremblant encore, Mais entre ses serres rapides Jusques aux pieds des immortels
Ainsi quand tu fonds sur mon âme.
Enthousiasme; aigle vainqueur, 4 Au bruit de tes ailes de flamme En Je frémis d’une sainte horreur ; & Je me débats sous ta puissance,
Je fuis, je crains que ta résence
re fre BND Te T5 ge 4 Pas dis, k fu
N'anéantisse un cœur mortel, Comme un feu que la foudre allume, Qui ne s'éteint plus et consume
Le bûcher, le cemple et l'autel,
Mais à l’essor de la pensée L'instinct des sen: s'oppose en vain:
Sous le dieu mon âme oppressée Bondit, s'élance, et bat mon sein.
La foudre en mes veines circule :
Etonné du feu qui me brûle,
Je l'irrite en le combattant,
Et la lave de mon génie
Déborde en torrent d'harmonie,
Et me consume en s’échappant.
Muse, contemnle ta victime !
Ce n’est plus ce front inspiré, Ce n’est pius ce regard sublime Qui lançait un rayon sacré :
Sous ta dévorante influence,
À peine un reste d'existence
À ma jeunesse est échappé.
Mon front, que la-pàleur efface, Ne conserve plus que la trace De la foudre qui m'a frappt. Heureux le poète insensible! *.
Son luth n'est point baigné de pleurs :
Son enthousiasme paisible
N'a point ces tragiques fureurs.
De sa veine féconde et pure Coulent, avec nombre et mesure, Des ruisseaux de lait et de miel ; Et ce pusillanime Icare,
Trahi par l’aile de Pindare,
Ne retombe jamais du ciel.
Mais nous, pour embraser les âmes, I] faut brûler, il faut ravir
Au ciel jaloux ces triples flammes :
Pour tout peindre, il faut tout sentir.
Foyers brûülants de la lumière,
Nos cœurs de la nature entière Doivent concentrer les rayons ;
Et l'on accuse notre vie ! | Mais ce flambeau qu'on nous envie S'allume au feu des passions.
Non, jamais an sein pacifique à N'enfanta ces divins élans, Ni ce désordre sympathique Qui soumet le monde à nos chants.
Non, non, quand l'Apollon d'Homère, Pour lancer ces traits sur la terre, + Descendait des sommets d'Éryx, Volant aux rives infernales, Il trempait ses armes fatales Dans les eaux bouillantes du Styx.
Descendez de l'auguste cîme Qu'indignent de lâches transports !
Ce n’est que d’un luth magnanime Que partent les divins accords.
Le cœur des enfants de la lyre Ressemble au marbre qui soupire Sur le sépulcre de Memnon :
Pour lui donner la voix et l’âme,
- Il faut que de sa chaste flamme L'œil du jour lui lance un rt yon.
Et tu veux qu'éveillant encore Des feux sous la cendre couverts, ; Mon reste d'âme s'évapore En accents perdus dans les airs !
La gloire st le rêve d'une ombre ; Elle a trop retranché le nombre Des jours qu’elle devait charmer.
veux que je lui sacrifie Ce dernier souffle de ma vie !
Je veux le garder pour aimer.