‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 9 sur 121 · LE LAC · texte numérisé non relu

LE LAC

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, ans la nuit éternelle emportés sans retour, € Pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour ?

LES POÈTES ILLUSTAES

O 1ac ! l'année à peine a fini sa carrière,

Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,

Regarde ! je viens sel m'asseoir sur cette pierre Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ; Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ; Ainsi le vent jctait l’écume de tes ondes

Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;

On n’entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,

Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre

Du rivage charmé frappèrent les échos ;

Le flot fat attentif, et la voix qui m'est chère Laissa tomber ces mots :

# O temps, suspcuds tôn vol ! et vous, heures propices, Suspendez votre cours !

Laissez-nous savcurer les rapides délices Des plus beaux de nos jours !

| À \ LR ie

“ Assez de malheureux ici-bas vous implorent : Coulez, coulez pour eux ;

Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ; Oubliez les heureux.

«eee eme

“ Mais j° demande en vain quelques moments encore, temps m'échappe et fuit ; Je dis à cette nuit : “ Sois plus lente ; ” et l'aurore Va dissiper la nuit. ”

Eternité, néant, passé, sombres abîmes,

Que faises-vous des jours que vous engloutissez ?

Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes Que vous nous ravissez ?

O lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir, Gra;dez de cette nuit, gardez, nature,

Au moins le souvenir !

Qui soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,

au lac, et dans l'aspect e tes‘ rinnts coteaux,

Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux !

Qu'il soit dans le 6 ui frémit et qui passe,

Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,

Dans l’astre au front d'argent qui blanchit ta surface De ses molles clartés !

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