‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 82 sur 121 · VAE OR · texte numérisé non relu

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Parfois, de bruits profanes Troublant ce lieu sacré, Passent les caravanes D'Ophyr ou de Membré.

L'œil de loin suit leur foule Qui, sur l’ardente houle, Ondule et se déroule Comme un serpent marbré,.

Ces solitudes mornes,

Ces déserts sont à Dieu :

Lui seul en sait les bornes, En marque le milieu.

Toujours plane une brume Sur cette mer qui fume Et jette pour écume

Une cendre de feu.

—Favt-il changer en lac ce désert ? dit la nue. —Pius loin ! dit l’autre voix du fond des cieux venue.

Comme un énorme écueil sur les vagues dressé,

Comme un amas de tours, vaste et bouleversé, Voici Babel, déserte et sombre.

Du néant des mortels prodigieux témoin,

Aux rayons de la lune, elle couvrait au loin Quatre montagnes de son ombre.

L'édifice écroulé plongeait aux lieux profonds.

Les ouragans ca,-tifs sous ses larges plafonds Jetsient une étrange harmonie.

Le genre humain jadis bourdonnait à l’entour,

Et sur le xlobe entier Babel devait un jour Asseoir sa spirale infinie.

Ses escaliers devaient monter jusqu’au zénith.

Chacur. des plus grands monts à ses flancs de granit N'avait pu fournir qu’une dalle.

Et des sommets nouveaux d'autres sommets chargés

Sans cesse surgissaient aux yeux découragés

Sur sa téte pyramidale,

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Les boas monstrueux, les crocodiles verts,

Moindres que des lézards sur ses murs entr'ouverts, Glissaient parmi les blocs superbes ;

Et, colosses perdus dans ses larges contours,

Les palmiers chevelus, pendant aux fronts des tours, Semblaient d'en bas des touffes d'herbes.

Des éléphants passaient aux fentes de ses murs ;

Une forêt croissait sous ses piliers obscurs Multipliés par la démence ;

Des essaims d’'aigles roux et de vautours géants

Jour et nuit tournoyaient à ses porches béants, Comme autour d’une ruche immense.

— Faut-il l’'achever ? dit la nuée en courroux.— Marche ! —$Seigneur, dit-elle, où donc m'emportez-vous ?

Voilà que deux cités, étranges, inconnues,

Et d'étage en étage escaladant les nues, Apparaissaient, dormant dans la brume des nuits, Avec leurs dieux, leur peuple, et leurs chars, et leurs bruits. Dans le même vallon c'étaient deux sœurs couchées. L'ombre baignait leurs tours par la lune ébauchées ; Puis l’œil entrevoyait, dans le chaos confus, Aqueducs, escaliers, piliers aux larges fûts ;

Les jardins suspendus, pleins de fleurs et d’arcades Et d'arbres noirs penchés sur de vagues cascades ;

Des temples, où siégeaient sur de riches carreaux Cent idoles de jespe, à tête de taureaux ;

Des plafonds d’un seul bloc couvrant de vastes salles, Où, sans jamais lever leurs têtes colossales, Veillaient, assis en cercle, et se regardant tous,

Des dieux d’airaia, posant leurs mains sur leurs genoux. Ces rampes, ces palais, ces mornes avenues,

Où partout surgissaient des formes iuconnues ;

Ces ponts, ces aquedues, ces arcs, ces rondes tours, Effrayaient l'œil perdu dans leurs profonds détours ; On voyait dans les cieux, avec leurs larges ombres, Monter comme des caps ces édifices sombres, Immense entassement de ténèbres voilé !

La ciel à l'horizon scintillait étoilé,

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Et, sous les mille arceaux du vaste promontoire, Brillait comme à travers une dentelle noire.

Ah ! villes de l’enfer, folles dans leurs désirs !

Là, chaque heure inventait de monstrueux plaisirs, Chaque toit recélait quelque mystère immonde,

Et, comme un double ulcère, elles souillaient le monde.

Tout dormait cependant : au front des deux cités,

À peine encor glissaient quelques pâles clartés,

Lampes de la débauche, en naissant disparues,

Derniers feux des festins oubliés dans les rues.

De grands angles de murs, par la lune blanchis, Coupaient l'ombre, ou tremblaient dans une eau réfléchis, Et le vent, soupirant sous le frais sycomore,

Allait tout parfumé de Sodome à Gomorrhe,

C’est alors que passa le nuage noirci, Et que la voix d’enu haut lui cria :—Cest ici !

La nuée éclate !

La flamme écarlate

Déchire ses flancs,

L'ouvre comme un gouffre, Tombe en flots de souffre Aux palais croulants,

Et jette, tremblante,

Sa Late sanglante

Sur leurs frontons blancs,

Gomorrhe ! Sodome !

De quel brûlant Aôme Vos murs sont couverts !

L'ardente nuée

Sur vous s’est ruée,

O peuple pervers !

Et ses larges gueules Sur vos têtes seules Soufflent leurs éclairs.

2 peuple s'éveille, Qui dormait la veille

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