LA CAPTIVE
On entendait le chant des oiseaux aussi harmonieux que la poésie.
Sani, Gulisian.
Si je n'étais captive, J'aimerais ce pays,
Et cette mer plaintive,
Et ces champs de mais,
Et ces astres sans nombre, Si le long du mur sombre N'étincelait dans l’ombre Le sabre des spahis.
Pourtant j'aime une rive Où jamais des hivers
Le souffle froid n'arrive Par les vitraux ouverts.
L'été, la pluie est chaude L’insecte vert qui rode Luit, vivante éneraude, Sous les brins d'herbe verts.
Smyrne est une princesse
Avec son beau chapel,
L'heureux printemps sans cesse
Répond à son appel,
Et, comme un riant groupe
De fleurs dans une coupe,
Dans ses mers se découpe Plus d’un frais archipel.
Juillet 1828.
J'aime ces tours vermeilles, Ces drapeaux triomphants, Ces maisons d’or, pareilles À des jouets d'enfants ; J'aime, pour mes pensées Plus mollement bercées, Ces tentes balancées
Au dos des éléphants.
Dans ces palais de fées,
Mon cœur, plein de concerts, Croit, aux voix étouffées
Qui viennent des déserts, Entendre les génies
Méêler les harmonies
Des chansons infinies
Qu'ils chantent dans les airs !
J'aime de ces contrées
Les doux parfums brûlants, Sur les vitres dorées
Les feuillages tremblants ; L'eau que la source épanche Sous le palmier qui penche, Et la cigogne blanche
Sur les minarets blancs.
J'aime en un lit de mousse
Dire un air espagnol,
Quand mes compagnes douces, Du pied rasant le sol,
Légion vagabonde
Où le sourire abonde,
Font tournoyer leur ronde
Sous un rond parasol.
Mais surtout, quand la brise, Me touche en voltigeant,
La nuit, j'aime être assise, Etre assise en songeant, L'œil sur la mer profonde, Tandis que, pâle et blonde, La lune ouvre dans l’onde Son éventail d'argent.
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186 LES POÈTES ILLUSYRES