SCÈNE VIII
ISABELLE, FARRUCK ISABELLE
J'écoute.
FARRUCK
Noble dame, un beau jour, si le ciel vous disait :
« Enfant, tu faisais mal quand cela te plaisait ;
« Il t'a plu d'immoler un homme à tes caprices,
« Tiens, voilà le tourment qu'il faut que tu subisses. »
ISABELLE
Eh bien j'obéirais.... mais je ne comprends rien A cette question....
FARRUCK
Oh ! vous comprenez bien.
S'il ajoutait : « Enfant, l'indulgence est tarie, « Tu vas te repentir de ta coquetterie !... » Isabelle ! eh bien donc, je te veux, je te veux ! . Rien ne peut ici-bas te soustraire à mes vœux. Je t'aime et mon amour ne fut que ton ouvrage. Ton seul ouvrage à toi, subis-en donc l'outrage. Mon amour, je conçois, sied mal à ton renom, Mais aussi ne crois pas qu'il m'ébouit ton nom !
LES POETES-MISEKE
Esclave comme moi, païenne ou catholique, Et tes appa^ brûlés sous le soleil d'Afrique, Je t'eusse aimée autant si tu l'eusses voulu ! Mais xm instinct amer, un désir absolu, Dit tout bas à Farruck qu'il faut qu'il te possède, Que tu sois sa vengeance et qu'Isabelle cède !
ISABELLE
Sortez, sortez, Farruck! n'appelez pas sur vous, Impertinent esclave, un châtiment moins doux ! Si j'appelais Alphonse....
FARRUCK
Oui, je sais qu'on renomme Son bras pour bien tuer xme bête de somme.... Même une pauvre fille !
ISABELLE
Oh ! sortez, sortez donc !
FARRUCK
Mais à moi s'il venait avec son espadon.
Ce fier toréador, il sentirait, je pense.
D'une génisse à moi quelle est la différence !
Il faut donc, senora, que je m'en aille errant.
Etouffant dans mon sein un foyer dévorant...
Que je tombe expirant sur le seuil de la porte;
Peu vous importe à vous, pourvu que Farruck sorte !
Il sortira, Farruck, il doit laisser finir
L'hymen de deux amants si bien faits pour s'unir !
Il doit son sang à vous, à son seigneur et maître...,
ISABELLE
Vous le devez au ciel.
FARRUCK
Vous le cro^^ez peut-être !
(^Poussant un éclat de rire.) Ah ! Ah ! Ah ! senora, pauvre femme, entre nous.
Vous ne voyez donc pas qu'on se moque de vous?
Moi vous quitter ainsi, moi, moi ! sans espérance,
Abandonner ainsi le vœu de ma vengeance !...
Irai-je demander la justice à mon roi?
Mais le prince et sa cour se moqueraient de moi !
À des gens comme nous la justice fait faire
Trop longtemps antichambre... et l'on me ferait taire...
Et je vous laisserais à mon rival vainqueur !...
Je ne puis que haïr, mais c'est de tout mon cœur !...
Je fais à votre amant un don de fiançailles,
Ma haine, je le hais jusqu'au sang, aux entrailles !
ISABELLE
Ah! vous m'épouvantez... par pitié, laissez-moi!
FARRUCK
Je suis heureux, du moins, d'inspirer de l'efifroi. —
Je suis seul avec toi, l'occasion est belle...
De n'en pas profiter, rends-moi grâce, Isabelle !
Vois-tu mon œil briller, ma main trembler d'émoi,
Le sang à mon visage... et maintenant dis-moi
Ce qui peut m'arrêter.
ISABELLE
Je pâlis... je frisonne.
FARRUCK
Dis-moi donc quel prestige entoure ta personne. Ce qui retient mon bras pour ne pas t' enlacer, Et mes lèvres en feu pour ne pas t' embrasser !
{Il fait un 'pas vers Isabelle, Isabelle pousse un cri.)
cLISfl flERCCEUR