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LE RETOUR

Allons : je veux revoir mes montagnes aimées. Mes vallons caressés des brises embaumées. !Mes pics illuminés des premiers feux du jour, Et mes bois, et mon lac aux vagues amoureuses. Et ma rivière errante, et ses rives heureuses. Et tout ce que j'aimais dans mon premier amour.

J'irai m'asseoir encore sur les hautes falaises, Aux flancs des rochers nus. à l'ombre des mélèzes. D'où l'on voit à ses pieds les aigles tournoyer, Sous la charmille sombre où la brise murmure, Au bord de la fontaine où bouillonne une eau pure. Au seuil de la maison qu'ombrage un vieux noyer.

Oiseaux, qui revenez à vos amours fidèles. Vous me devancerez, rapides hirondelles ! Comme vous je reviens , mais, hélas ! triste et seul.

Semblable au voyageur étranger sur la terre

Qui dans l'éternité retourne solitaire,

Et qui pour le chemin n'emporte qu'un linceul.

Mais d'où vient qu'en voulant chanter comme la lyre. Qui s'exhale joyeuse en triomphants accords, Mon àme s'assombrit et que ma voix soupire Comme l'orgue des morts "^

Ah ! partons : déployez la voile triomphale.

Que le vent du bonheur souffle après la rafale ;

Je veux sentir encor, dans un transport brûlant.

Tous les cœurs que j'aimais contre mon cœur tremblant.

Et remontant les jours de mon adolescence,

Mon pied efl'acera les traces de l'absence.

Il est im doux sentier où j'ai souvent marché,

Entourant de mes soins un ange au front penché ;

Le sauvage églantier et la verte aubépine

En dessinaient les bords au flanc de la colline.

Et nous allions, son bras appuyé sur le mien.

Epanchant nos amours dans un doux entretien.

Nous disions à la nuit, à la forêt profonde.

Nos secrets qu'emportaient les murmures ^e l'onde ;

Nous rêvions le bonheur, ce vain rêve des jours,

Et le sentier perdu savait seul nos amours.

Peut-être a-t-il gardé quelque trace chérie.

Quelque vieux souvenir à mon âme attendrie !

Le long des églantiers peut-être bien souvent

A-t-il revu la vierge errer seule en rêvant.

Et s'asseyant, émue à sa propre souflrance,

Regarder tristement du côté de la France 1

Peut-être... Oh ! si l'amour me gardait ce bonheur !

Si je la revoyais comme elle dans mon cœur,

Si tous les souvenirs de ma verte jeunesse

Refleurissaient au souffle ardent de sa tendresse,

Si l'amour... mais silence ! Espoir, rêve insensé.

Oh ! tais-toi, l'avenir est l'enfant du passé.

Qui peut planter la ronce et recueillir l'olive ?

Le temps flétrit les cœurs, le flot ronge sa rive ;

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