J.-P. VEYRAT
Pour prendre mon bâton et me serrer la main !
Personne devant moi ne va vers mon vieux père
Annoncer en courant la nouvelle prospère !
Personne pour m'étreindre, en pleurant, dans ses bras,
Pour changer ma tunique et tuer le veau gras !
Après le sombre exil quelle sombre arrivée !
Le nid où s'ébattait la joyeuse couvée,
Qu'elle emplissait de bruit, d'harmonie et d'amour,
Après sept ans, voilà comme il est au retour !
iSemblable au noir réduit du hibou solitaire
Et ses hôtes au loin dispersés sur la terre.
Ah ! c'est que la maison de mon père n'est plus.
Celle où je frappe en vain. Mais celle des élus !
Mais d'où vient qu'en voulant chanter comme la lyre. Qui s'exhale joyeuse en triomphants accords, McE âme s'assombrit, et que ma voix soupire Comme l'orgue des morts?
Le chêne voit grandir à l'abri de son ombre. Sur le même plateau, ses rejetons sans nombre ; L'aigle bâtit son nid sur le roc élevé, Dans l'aire où tout petit sa mère l'a couvé; Mais la famille humaine, errante dans l'espace. Roule comme la vague au gré du vent qui passe. Où va-t-elle? Amasser, hélas ! avec des pleurs, Ou plus près ou plus loin sa moisson de douleurs. Le globe où nous vivons, dans ses sombres ruines. Porte les fruits maudits, la ronce et les épines. Dans ses plus hauts espoirs notre cœur est déçu. Et le deuil est partout où la femme a conçu.
Du moins 'dans le calice offert par une mère, La saveur du destjn nous semble moins amère ; Au vase débordant des souffrances du jour Elle épanche en secret le miel de son amour ; O mère ! que j'ai bu de son impure écume Sans qu'un peu de ce miel en trompât l'amertume ! Aussi quand, de retour aux pieds de mon rocher.