‹ Les Poètes russes (volume 2)Chapitre 5 sur 16 · LE POÈTE · texte numérisé non relu

LE POÈTE

Ce n'est pas devant tous que la chaste nature Soulève son grand voile aux plis mystérieux.

C'est un lirre où cbacon peut promener ses yeux ; Mais qui comprend à fond le sens de sa lecture? Ce n'est que celui-là qui dès ses jeunes ans. Fait au culte de l'art, en fut l'amant, le prêtre , Qui lui voua son sang, sa pensée et son être, Qui fut artiste au prix des maux les plus cuisants , Qui , planant sûr la foule insensée et frivole « A penché soU oreille ;aYide sur son cœur , Et saisissant toujours chaque son qui s'envole Y distingue un accent prophétique et vainqueur* Lorsqu'on vient d'accomplir sa noble destinée. On peut, en souriant, voir approcher la mort, Â chacun ici-bas sa part est décernée, Mais cette part varie entre les mains du sort. L'un doit s'épanouir en entier, puis retombe Dans l'oubli, promptement par la mort efiacé; L'autre doit mourir jeune, à mi-chemin blessé, Mais il vivra toujours, transfuge de la tombe.

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