LE POÈTE
Ce n'est pas devant tous que la chaste nature Soulève son grand voile aux plis mystérieux.
C'est un lirre où cbacon peut promener ses yeux ; Mais qui comprend à fond le sens de sa lecture? Ce n'est que celui-là qui dès ses jeunes ans. Fait au culte de l'art, en fut l'amant, le prêtre , Qui lui voua son sang, sa pensée et son être, Qui fut artiste au prix des maux les plus cuisants , Qui , planant sûr la foule insensée et frivole « A penché soU oreille ;aYide sur son cœur , Et saisissant toujours chaque son qui s'envole Y distingue un accent prophétique et vainqueur* Lorsqu'on vient d'accomplir sa noble destinée. On peut, en souriant, voir approcher la mort, Â chacun ici-bas sa part est décernée, Mais cette part varie entre les mains du sort. L'un doit s'épanouir en entier, puis retombe Dans l'oubli, promptement par la mort efiacé; L'autre doit mourir jeune, à mi-chemin blessé, Mais il vivra toujours, transfuge de la tombe.