ШІГ SIÈCLE
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Ceux dont l'âme est en souffrance Et s'épuise dans ses maux, Ceux qui n'ont d'autre espérance Que le calme des tombeaux ;
Ceux-là rouvrent leur paupière Au premier rayon d'espoir ,
Alors que l'heure dernière Les revêt du linceul noir.
C'est par toi que vit ma vie, Joie et tourment de mes jours !
Et mon âme au ciel ravie, Grâce â toi, vivra toujours!
La mort ne peut frapper l'âme Qui te prit pour son autel, Le cœur dont tu fus la flamme Pourrait-il être mortel?
Le néant, ce monstre occulte, Fuit le cœur qu'emplit un Dieu..
Reçois mon amour, mon culte, Là-haut comme en ce bas-lieu.
A toi mon ombre enlacée Va t'escorter ici-bas, Cherchant tes yeux, ta pensée, Tes soupirs à chaque pas,
Contemplant avec mystère Ta belle âme en ton beau sein..
Et, si tu viens solitaire Vers ma tombe sans dessein,
Même alors à ta venue Ma cendre s'animera Et ma pierre froide et nue Sous tes pieds tressaillira.
by GooqU
KARAMSINN.
XVIII" SIÈCLE
Le vent d'automne dont l'haleine
Dans la plaine Tue en passant rose et phalène, Froisse et roule au bruit de sa voix Le jaune feuillage des bois.
Les champs frissonnent de froidure,
La verdure, Cédant au souffle qu'elle endure, Meurt au coteau comme au jardin ; Les gais oiseaux ont fui soudain.
De toutes parts les hautes grues
Accourues Poussent, dans le lointain décrues, Leurs bandes vers l'horizon gris; Au ciel sud s'effacent leurs cris.
Par le vallon comme une écume
Va la brume Y baignant chaque toit qui fume ; Les deux vapeurs montent aux cieux Dans les hameaux silencieux.
Oh! qu'elle est pâle et désolée
La vallée !
Le pèlerin, l'âme troublée, Sur le* hauteurs suspend ses pas, Pleurant l'universel trépas.
О pèlerin ! pourquoi ces larmes
Ces allarmes ?
Si la nature perd ses charmes, Cette disgrâce n'a qu'un temps, Sa beauté renaît au printemps.
Alors comme une fiancée
Encensée, Dans mille joyaux enchâssée, Superbe, elle apparaît aux yeux Montrant ses habits radieux.
Mais Thomme, hélas ! que la jeunesse
Un jour délaisse, N'espère plus qu'elle renaisse ; Même au printemps, de fleurs couvert, Le vieillard respire l'hiver.
VOIEIKOF.
XIX" SIECLE
<£ptto à mon &tàW8t*.
Toi qui nourris l'État, la famille et ton maître, Qui dans la servitude où le ciel t'a fait naître, Vis heureux, sans trésor à grands soins encaissé, Bon Starosta barbu, légiste de village, Érudit qui sais tout sans savoir ГА, B, G, Je veux enfin causer avec toi mon vieux sage.
Tu ne peux concevoir que libre, fainéant, Riche, contre mon sort, en bâillant, je murmure, Tandis que sous ton toit de chaume ou de ramure, Bien bas, bien enfumé, près du fourneau béant, Tu bénis chaque soir ta rude destinée, Ou, penché sur le soc, fais gaîment ta journée. Tu sais que par le chaud, par le froid incisif, Travailler est plus sain que de vivre en oisif, Et tu crois qu'un seigneur n'a pour unique affaire, Qu'avec ses lévriers que le fouet fait gémir, Lancer à travers champs le trotteur qu'il préfère ; Ou bien, se prélassant dans la tiède atmosphère, Comme un chien paresseux engraisser et dormir. Ami, tu connais mal notre chose civile !
Tu tailles ton caftann long et large, toujours Sur le même patron ! Hélas ! si pour deux jours Le destin t'affublait de notre frac de ville, (Cet habit étriqué) ; s'il bourrait tes goussets De chicane traduite en actes, en placets, Y glissant une montre, afin de régler l'heure
De Геппиі, du chagrin, de l'espoir qui nous leurre,
Et, rasé proprement, superbement frisé,
Les mains sur un dossier ou sur un jeu de cartes,
— Toi qui du bon chemin si rarement t'écartes, —
S'il te lançait ainsi tout métamorphosé ;
Si quelque juge louche, en dépit des oukazes ,
De la charte octroyée aux nobles et du droit,
T'enlevait au profit d'un adversaire adroit
La moitié du domaine où joyeux tu te cases ;
Si pour te soulager du poids de tes deniers
Quelque intime parent dans son intime poche
Enterrait ton argent; si l'ami qui t'approche,
Trichant au jeu, rafflait tes roubles par milliers;
Ah! dis, en contemplant d'aussi touchantes choses,
Voudrais-tu mon bonheur? Voudrais-tu de mes roses?
Ce n'est pas tout encore. Ajoute, s'il te plaît, L'honneur de voir fêter maint vice sombre et laid, La pitié qui te prend pour le troupeau des dupes, L'effroi d'un sort pareil dont tu te préoccupes,
La peine, le dégoût que l'on éprouve à voir La fortune toujours dompter la conscience, Le succès insolent se rire du devoir Et l'art des charlatans s'ériger en science, A rencontrer souvent dans les plus beaux salons De vils banqueroutiers, des concussionnaires, Des faussaires traînant leurs poids millionnaires, Des fats qu'on doit subir sans tourner les talons, Des pédants qu'un poète ose appeler Mécènes, Des acteurs de vertu qui débitent leurs scènes; Enfin, si dans le sein du monde comme il faut, Tu devais assister à des bals, à des fêtes, Chez maints individus dont les superbes têtes Figureraient bien mieux au seuil de l'échafaud, Ah ! ne dirais-tu pas, fuyant vers ta chaumière : t Mieux vaut, mieux vaut pour moi passer la vie entière » A remuer mon champ du matin jusqu'au soir, » A boire de l'eau pure, à manger du pain noir,
• Et dans les bras des miens, plein d'une paix profonde,
• Secouer à jamais les fanges du grand monde!
• Là je ne saurai pas que la duplicité,
• Que la corruption* l'orgueil, la fourberie,
» Coudoyant les passante de leur effronterie, » Éclaboussent partout les mure d'une cité \ » Que jusqu'au crime tout se trafique et s'afferme , > Que l'on peut acheter la rertu la plus ferme ; •Certes, je n'eusse pas tu là» je le maintiens,
• Des gens parés de éroix sans la foi des chrétiens»
• Des hommes sans honneur que les honneurs entourent,
• Des oisifs méprisés vers qui les respects courent, » Et d'autres que l'argent fait nobles, officiers,
» Et qui furent valets ou garçons épiciers,
» Je n'eusse pas connu sous le toit qui m'abrite
• Tant d'âmes doubles qui, jusque dans le saint lieu,
• Soupirant, et tôrdant une face hypocrite,
• Veulent en imposer aux hommes»— même à Dieu !• —
Mais si pour rendre enfin ta disgrâce complète, Pour te faire expier les fautes et péchés,
Qu'à tes parents le ciel a jamais reprochés,
Si pour comble de maux tu devenais poète,
Si, rimeur implacable, un jour tu t'éprenais
Du goût de débiter des fables, des sonnets,
De lire au monde entier, comme une circulaire,
Quelque élégie intime, ondoyante de pleurs,
Dont l'inondation ne fait que de Геаи claire ;
Si, tremblant pour tes vers, menacés de malheurs,
Tu craignais qu'un marchand ne fit de ta satire
Des cornets pour le sel ou le cirage anglais,
Que le poème, hélas ! dont tu te prévalais,
Où tu célèbres Pierre enfantant son empire,
Et dont tu te flattais de nourrir l'univers,
Ne devint le régal des mites et des vers ;
Si l'inspiration et la mélancolie
T'ajoutaient chaque jour quelque grain de folie,
Alors tu comprendrais que le poète, hélas !
Fait un métier très-dur, qui rend l'esprit très-las, Que, quel que soit le saint auquel tu recourusses , Il faut bien du travail, même pour des vers russes,
Et surtout qu'il faut être impudent à l'excès Pour oser comme moi rimer des vers français.
Alors, ô cœur paisible, âme à tous pitoyable, О toi qui n'as jamais damné qui que ce fût, Tu maudirais ta vie et ta rage du luth, Tu donnerais Phcebus et les Muses au diable !
Or çà, mon brave ami, compare maintenant
Le sort dur des seigneurs et ta douce existence.
Modeste en tes besoins, en tes vœux continent,
Et des illusions ignorant la jactance,
En dépit du servage où le ciel t'a jeté,
Tu sus, 6 serf, toujours garder ta liberté.
Tandis quemoi,bonDieuîtoutm'enchaîneet m'entraîne
Moi, libre par le droit, mais par le fait esclave,
Je suis serf de mes goûts, serf de mes passions,
Serf de la poésie et des ambitions ;
Au carcan des travers ma pauvre âme est rompue* Certes, la volonté quinteuse et corrompue N'est pas la liberté ! Certe, un gueux comme toi Est cent fois plus content, plus fortuné, crois-moi, Plus abrité du sort, aux promptes catastrophes, Que riches et seigneurs, savants et philosophes. Crois-moi, la Grèce et Rome en sont un sûr garant : Ésope, cet esclave, et cet autre, Épictète, Avaient... eh! mais, j'oublie, ô mon cher ignorant Que les lettres n'ont pas farci ta large tête, Que tu ne connais point le monde des anciens, Que tu prendrais les Francs pour les Béotiens, Et que tu ne saurais trouver une réplique A qui te parlerait empire ou république.
Eh bien ! tant mieux encor ! Je te donne raison : Un cœur naïf et doux, gai dans toute saison, Un esprit rétréci, mais ferme en son allure, Voilà plus qu'il n'en faut. Je voudrais, je le jure,
Être enfant comme toi! Prêt à tout oublier, Je voudrais sur tes pas marcher en écolier.
Sans avoir longuement appris les lois romaines,
Tu vis en bon accord avec chaque voisin,
Sans la géométrie et sans l'art du dessin
Tu poses les confins de tes petits domaines ;
Ce que croyait ton père humblement tu le crois ;
Sans obstruer ta foi de vaines théories,
De systèmes poussifs et de rêvasseries,
Tu sais prier, jeûner et bien porter ta croix;
Pour apprendre comment résister à Гепѵіе,
Comment se résigner aux peines de la vie,
Tu ne consultes point Jean-Jacques, ni Platon ;
Tu remplis tes devoirs sans lire Cicéron ; À tous tes ennemis franchement tu pardonnes; Le dernier de tes sous, aux pauvres tu le donnes; Tu fus toujours actif, sobre et laborieux ;
bélicieusement tu dors sur de la paille; Et le temps où Ton chôme, et l'heure où l'on travaille Se partagent gaîment tes jours industrieux; La cuisine française et le vin de Champagne Sont choses dont tes sens ne sont point réjouis ; Sur ta table on ne voit, quand l'appétit te gagne , Qu'un plat de gruau russe et le kras du pays, Ou de la bierre russe au banquet du dimanche, J'en conviens ; mais aussi l'on te voit, en revanche, A cinquante ans passés, frais, robuste et dispos; Mais aussi sans effort, sans prendre du repos , Tu peux en un seul jour labourer une plaine, Tu feras aisément vingt verstes d'une haleine ; Mais tu ne vois jamais approcher de ton lit La goutte, ce démon, cette vieille à béquille, Mère de mille maux, de la débauche fille, Et devant qui souvent plus d'un riche pâlit.
Celle-là va chercher les beaux rideaux de soie, L'alcôve aux lambris d'or et les meilleurs coussins Où crampes, toux, migraine, et spasme et médecins
Tenaillent le mourant ; où chuchotte la joie Des nombreux héritiers ; où la première fois 11 entend le remords parler à haute voix...
Tandis que toi, rustaud, sans crainte et sans souffrance La foi vive dans l'âme et l'œil plein d'espérance, Quand viendra le moment de ton dernier sommeil , Tu t'en iras dormir jusqu'au jour du réveil, Près de ceux que jadis tu chérissais sur terre. Et nous, les insensés! boursoufflés de savoir... Mais je n'en finis pas! il est temps de me taire. J'ai bavardé, je crois, toute une heure... à revoir. Bien que ma bile, hélas ! n'en soit que plus accrue, Je retourne à mes vers, retourne à ta charrue.
MERSLIAKOF.
XIX" SIÈCLE
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