ABRÉGÉ DE CONFESSION
Puisque sept péchés de nos yeux Ferment la barrière des Cieux Révérend Père je vous jure De les abhorrer en tout point, Pourveu que je ne trouve point L'impatience et la luxure.
Ces deux sont naturels en moy Il n'y a ny rigueur de loy, Ny beau discours qui m'en retire, Et quand un simple repentir M'en voudroit enfin divertir, Mon humeur les feroit desdire.
J'ay tasché de les éviter, Tous deux en disant mon Pater Et lisant la saincte escriture.
Mais au milieu de mes combas, Des flatteurs me disent tout bas.
Qu'ils sont enfin de la nature.
Ce n'est poiot Dieu qui les a mis Au nombre de nos enuemysi C'est quelque Paûdore seconde Qui, pour affliger les humaiûs»
A semé de ses propres mains, Geste mensonge par le monde.
Car je ne sçay point d'Augustin,
De Carme^ ny de Celestin,
Tant soit-il ferme et plein de zèle
Si rempli de dévotion,
Qui puisse, entrant en action,
Tenir une loy si cruelle.
Faites-donc ainsi que )*ay dit, Que je puisse avoir ce crédit Pour estre net de conscience Comme les vieux saincts Tont esté, D'oster de ce nombre arresté, La luxure et l'impatience.
{Math, Régnier: Satyres et autres œuvres folastres^ tte.^ Paris, Samuel Tbiboust, i6i6^ Sevestrt, t6i6^ et Coilet, 1617.)