‹ Les poètes satyriques des XVIe et XVIIe sièclesChapitre 9 sur 30 · I.a petite maison (voyez le bon office · texte numérisé non relu

I.a petite maison (voyez le bon office

De ce gentil galant) est à vostre service.

MATHURIN REGNIER 3g

Petite voiremeût, il n'estoit pas menteur,

Je pense qu'un nabot en estoil fondateur,

A peine sommes-nous arrivez à la cime*

De ce bel édifice excellent et sublime.

Et qui marchoit de pair avec TEphesien,

Qu'il ouvre un cadenas. Et Dieu sçait et combien,

Je m'estonnay de voir ceste horrible tasnière,

Sans mentir je pensois estre en un cimetière,

Ou pour mieux m*expliquer en quelque basse-court.

Où la foudre a passé : mais pour le faire court,

Combien que ces devis me soient insupportables.

Je veux faire un estât des choses plus notables,

Afin que je ne sois toutesfois ennuyeux

Je veux mettre en oubli dix mille petits Dieux,

Nouvellement venus du pays de la Chine,

Et cent ipille animaux de terre et de marine.

Pour le premier article une aulne d'arc-en-ciel,

La céleste Venus, des paroles de miel,

Une dragme de fleurs de Jeanne la pucelle,

Le busqué de Lays, quatre plumes de Taisle

Du petit Cupidon, le flageolet joyeux

Dont Mercure endormit le Berger aux cent yeux.

Les cornes d'Achelois, des pommes hesperides.

Les ailes du cheval des vierges castalides :

Les pleurs de M arc- Antoine enchâssés en de Tor,

La [cocque] de Pollux et celle de Castor,

Certaine quantité d*huyle [pétrifiée],

L'orteil du Grangosier, de Teau purifiée,

Du jour du grand déluge un demy casque plein,

Du nectar immortel, TAntechrist, de la main

Du peintre Aristolas, deux nouvelles nichées

D'oiseaux de Paradis, trois sirènes sechees

Dedans uo four bien chaud, des cheveux de Morgaeid^

Un peu de la sueur d'Aleicaadre le Grand :

Le squelette enfuma d une brayette suisse.

Un glaive de Roland, des oncles de MelIsse,

Un des rats qui jadis mangèrent Popiel

Le roy des Polonois par vengeance du Ciel :

La carcasse d'un porc qui mangea la chair sale

De l'empereur Arnold, du feu d'une vestale,

Un crible où chez Pluton les Belides souloient

Retenir follement les eaux qui s'escouloient.

Il avoit d'autre-part deux grains de la veroUe

Qui vint première en France, un Marot, un vieil rollc^

Six volumes tournez d'Espagnol en François,

Pour bien dissimuler et mentir quelquefois,

Plus un remerciement, qu'en toute révérence

L'Anglois et l'Espagnol adressent à la France :

Un commentaire encor des livres d'Aretin,

Composé de nouveau par un Napolitain,

Un calepin d'advis avecques la manière

D'amener au moulin les eaux de la rivière.

Le tout par un Tudesque, et mille engins divers,

Que pour n'estre ennuyeux je veux taire en mes vers.

Quand je me fus saoulé d'une telle merveille,

Aussitost vint la nuit, et lors je m'appareille

De luy dire bonsoir. Lors par cinq ou six fois

Il me prie à souper, ou que si je voulois

Nous irions chez Cormier, au Cerf, ou Petit More,

Ou chez Torticoly : il me va dire encore

Qu'il sçavoit bien son monde, et que pour l'amitid

Si j'avois de l'argent qu'il seroit de moitié,

Qu'il estoit propre à tout, que nul en ceste ville.

Aux cartes et aux dez n'estoit le plus habile,

WÂTHURIN REGNIER 4t

Quil faisoît trouver bons les plus faux diamans, Qu'à voir quelque nourrice à ses lineamens, 11 donnait son advis touchant son pucellage : Mais c'est perdre le temps d'avoir tant de langage : Il s'enquiert de mon nom, et si j'estois du lieu, Et luy dis Tun et l'autre, et puis après à Dieu.

(Math. *I(fgnier : Satyres et autres œuvres folastres^ etc, Paris, Samuel Tbiboust, z6i6; Charles Sovestre^ i6i6^ et ColUt, 1617.)

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