ODE SATYRIQUE D'UN AMOUREUX A SA MAITRESSE
Je ne sçay quel regret me pique, Mes esprits ne sont pas contents, Et ma face mélancolique Signifie le mauvais temps :
Chasque jour m'est un jour de pluye, Tous mes sens sont ensevelis Dans une tristesse profonde :
Mes yeux ne voyant rien au monde Que la cholere de Phillis.
Sa chasteté fait une plainte
Contre ma flamme et ma raison,
De ce que ma langue contrainte
A demandé ma guérison :
Phillis que veux-tu que je face t
Baiser tes tetins et ta face
Sont des remèdes eschauffants ;
Et d'ailleurs au temps où nous sommeSt
Ces baisers sont pour les enfants,
Mais le reste appartient aux hommes.
Je ne sçay point farder mon ame, Je te le dis ouvertement, Je n*ay point appris à ma flâme De brusler pour Tattouchement :
Elle ne prend sa nourriture
CLJ^UDE D'ESTERNOO 4$
Que daos les champs de la nature ;
Eïle se perd en autre lieu ;
Et de peur qu elle a de se nuire,
Eir a juré de ne reluire
Que dans la lampe du milieu.
Serrer tes mains dedans les miennes, Tappeler mon cœur et mon bien, Poser mes lèvres sur les tiennes Cela ne me guérit de rien :
Toutes ces façons ordinaires Sont des plaisirs imaginaires, Sans le dernier contentement :
Ces fleurs ne sont que des orties, Si Ton n'accorde les parties A traiter de l'apoinctement.
Laisse-moy ces vaines chimères, Et tous ces comptes du vieux temps, Desquels l'impuissance des mères Fait retarder nos passe-temps :
Jadis ces vieilles rechignées Eussent regretté leurs années, Et maudit la clairté du jour, Si dans leur fente naturelle Quelqu'amant secret et fidelle N'eust coulé le nectar d'amour.
L'honneur en ce siècle où nous sommes.
N'est qu'une folie d'esprit :
Et pour faire enrager les hommes Quelque vieux démon nous l'apprit :
C'est un compte fait à l'antique :
El je tiens pour hérétique Quiconque le croit autremcût :
Les plus sages et plus |olies Sur la ruine de ces folies Ontbasti leur contentement.
PhilHs n'attends plus, je te prie.
Que sert-il de tant babiller?
C'est une pure resveric De tant vivre sans travailler :
Tu fais tort à les destinées D'espargner tes jeunes années Pour quclquephantasque mary, Qui jaloux de te voir si belle N'aura rien pour Madamoiselle Qu'un instrument sec et tary.
Lors tu languiras affamée Des ravissemens de Tamour, Et moins contente qu'enflammée Tu me prieras à ton tour :
Mais mon ame enflée de gloire, Ne t'aura plus dans sa mémoire Que comm' un corps de trespassé :
Mon refus, et repentance Te feront faire pénitence Des sottises du temps passé.
Mais c'est trop parler sans rien faire, Tant de discours ne servent rien :
En un mot sans farder Taffaire, Dy, ma Phillis veu tu bien ? Je suis jeune, gaillard [et] leste,