LE NEZ
Il n*est pas toujours véritable <3ue chacun ayme son semblable, Puisqu'on void d'un contraire sort La plus camarde de la rue Estre amoureuse devenue D'un grand nez à double ressort.
Mais vous n'entendez pas la ruse ; Par ce grand nez, ceste camuse Conserve en tout temps sa beauté :
L'hyver, au feu ce nez de balle Lui sert d'escran contre le hasle, Et de parassol en esté.
Je ne tiendray plus pour merveille La Pyramide nompareille •Qui jadis ombrageoit Memphis, Puisque ce nez à triple estage A midi mettroit [à] l'ombrage Six rangs de picquiers dix-à-dix.
•Ce grand nez sert en mainte sorte :
De verroûil à fermer la porte, De bourdon pour un pèlerin, De javelot, de hallebarde, De pilon à broyer moustarde, Et de claquet pour un moulin.
Il sert aux massons de truelle,!
D'un éventail à damoiselle, De besche pour les jardiniers, De soc pour labourer la terre, D'une trompette pour la guerre Et d*astrolabe aux mariniers.
Ce nez en dos d*asne se cambre Comme Tansse d*un pot de chambre.
Puis, s'evazant en coquemart.
Son gros bout, plat comme une gâche.
Se rend propre à faire un rondache Ou Tescusson d'un jaquemart.
Mais pourquoy, petite camarde»
Aymes-tu ce nez de bombarde ?
Tes amours sont desordonnez.
Pensois-tu, lascive safifrette, Que le membre de sa brayette Fust à proportion du nez ?
Tu ne savois donc pas, follastre, Que nature voulant (marastre) Dessus ce corps prodigieux Se jouer en ses artifices, Luy fit le nez entre les cuisses Et le priape entre les yeux ?
Mais ce qui est le plus di£forme, Cest que souz ce grand nez énorme S'ouvrent deux grands trous caverneux Qui lui broyent plus de peinture Que le eu, peintre de nature, Sur Tanneau d*un retraict breneux.