LES RODOMONS SOUS LES COURTINES
Ces fendeurs de nazeaux, ces Trasons, ces bravaéhes, Qui armez jusqu'aux dents menacent terre et cieux, - Aux combats de Cypris ne sont que des gavaches ; L'adolescent Amour n'a rien de furieux.
C'est un conte de vieille, un mensonge, une fable, Que de Mars furibond Cyprine aye en pitié ; Si ce cruel baisa cette déesse affable, Ce fut par violence et non par amitié.
Mars est peint tout armé, Tœil fier, la main sanglante, Plein de rage et fiel ; au contraire, Vénus, Toujours en bel humeur, douce, humaine, riante, Les membres potelez, rebondis et tout nuds.
Pour nous que jour et nuict le feu d'amour eoflamc, Nous disons qu'il n'est point tomteau plus glorieux. Que le sein pommelé d'une amoureuse dame, Et que mourir ainsi, c'est vivre avec les dieui»
Tous nuds entre deux draps à l'ombre des courtines. Nous soufiTrons et faisons souiïrir mille trespas, Et l'âme palpitant sur deux K^vres sucrines : Nous mourons mille fois, et si ne mouroospas-
Soit en force de corps, soit en vigueur de flames, Soit pour trouver au licts, mille blandissements. Nous sommes les phœnix des amoureuses âmes, Jettant la poudre aux yeux des plus parfaits amaos.
Nous sçavôns comme il faut aux plaisirs de la couebe Ralumer nos braziers de mille attraicts nouveaux, Baiser en cent façons le corail d'une bouche, Et Tenfleure presser de deux globes jumeaux.
Lancer à l'improvistc une œillade lascive, D'un fantasque mary appaiser le courroux, Soupirer nos tourmens d'une grâce naive.
Pocher les yeux d'Argus et tromper les jaloux.
Dissimuler nos feux, forger mille artifices, Cacher aux plus rusez les désirs de nos cœurs. Adorer deux beaux yeux, leur offrir nos services, Les nommer nos soleils, nos rois et nos vainqueurs.
Ou, si nous ne pouvons devant ces âmes louches Gémir ouvertement la rigueur de nos coups.
Nos yeux alors faisans l'office de nos bouches, Nos languissans regards parlent assez pour nous.