‹ Les poètes satyriques des XVIe et XVIIe sièclesChapitre 18 sur 30 · PIERRE MOTIN · texte numérisé non relu

PIERRE MOTIN

(f Pierre MoHn, écrii M. Paul d'Estrées ( i ), est né à Bourges, dans la seconde moitié du XV/« siècle, vas 1^66. H appartenaii à cette grande et puissanie bourgeoisie qu anoblissaient les fonctions municipales aux termes de lettres patentes de Louis XI, reconnaissant ainsi la fidéliié de la vieille ville à la fortune de Charles VU, le petit roi de Bourges, j/

Sa jeunesse fut troublée par la passioJî quil eut pour la fille d'un échevin de sa villenaiale, A/^^' deLa Croix. Ce fui certainement la source de S07i inspiration^ source pure s il en fui, mais qui^ pour ne se point tarir, s'altéra de tristesse et de rancœur. Il devint (f satyrique n. Plus tard, il eut grande notoriété et des relations de choix. Alathurin Régnier lui garda une tonne affection qui se perpétue dans la dédicace quil lui fit d'une de ses meilleures satyres. Certains détails de mœurs échappent à cette courte esquisse qui éclaireraient sa physionomie, La place nous manque. Quelques lignes encore pour dire que -son œuvre^ relative^ ment considérable^ éparpillée dans les recueils du temps y ne fut jamais recueillie et que c'est peut-être à la négligence des imprimeurs qu'il doit d'être ignoré jusqu'à ce jour. Il y eut bien ces dernièies années une tentative d'édition de ses vers ; le projet ne se réalisa qu'à moitié. Un premier volume partit^ mais le choix en est si pauvre^ les pièces citées si exangues^ que bien des bibliophiles ignorent encore son nom. Une édition complète s'imposerait pourtant, révélation d'un des meilleurs poètes dont on pourrait s'enorgueillir. Des gloires acquises pâliraient sous l'éclat d'un astre levé tard au ciel du ((Parnasse », On demande un éditeur T

I (x) Motiitj sa vie et ses œuvres, introduction aux Œuvres inédites de

I ^Pierre iXCotin, Paris , Cabinet du Bibliophile, iS8} .

STANCES

Si j'ay touché ce scîo, ce n'est point par malice, Pourquoy le mootrez-vous >

Vous vous en despitez, mais c'est par artifice, Plutôt que par courroux.

Vous avez trop d'esprit pour estre si sauvage

Aux licences d'amour :

Cette vigueur siet bien aux filles de village,

Non à celles de cour.

Puisque par vos regards je sens mon âme atteinte

D'un amoureux esmoy, Si je n'avois pour vous plus d'amour que de crainte

Vous vous fuiriez de moy.

Amour est un enfant à qui la bonne mine

Ne plaist pas seulement, Il veut que dans nos cœurs son pouvoir s'enracme

Par quelque attouchement.

Laissez-moy donc toucher à ceste gorge nue,

Cessez de m'affliger :

Aymer ceste beauté d'une amour retenue

C'est vous desobliger.

{Delicts Saiyriques, Paris^ Sommaville, 1620,)

Page 1