PREFACE >:XI
de même chez Hu(jo? Le 'princi2)al est que ce 'puissant et sonore écrivain, d'une personnalité incontestable, ait fait jaillir de la fange oii se débattent les parias, une fontaine d'admirables vers.
Un autre parnassien qui n'est pas sans attaches ai^ec le romantisme et qui nous appartient quelque peu, pourtant, c'est Edmond Harauccnirt (1), poète d'orgueil et de douleur qui toucha comme les précédents la corde sociale, mais sans jamais descendre à l'intimisme de Coppée et même de jRichepin. La meilleure pièce-type qu'il ait produite à ce point de vue est le Charron.
Avant de parler de Jean AjalbeYt et de Jean Lahor qui sont de la génération de M. Haraucourt, et, pour en finir avec les parnassiens, notons chez plus d'un de ces derniers, malgré qu'ils soient sertisseurs impassibles de rimes d'or, des accents de pitié, des accents sociaux. Déjà, quoi qu'on ait pu dire, Leconte de Lisle ne se désintéressait nullement du mouvement démocratique: son anticléricalisme enveloppé du brillant manteau de la poésie en fait foi. Mais Sully Prudhommc surtout a vibré en regardant le monde ouvrier. Nous n'en voulons pour preuve, d'abord, que le fameux sonnet:
Le laboureur m'a dit en. songe : « Fais ton pain, Je ne te nourris plus, gratte la terre et sème. » Le tisserand m'a dit : « Fais tes habits toi-même. » Et le maçon m'a dit: « Prends la truelle en main. »
Et seul, abandonné de tout le genre humain Dont je traînais partout l'implacable anathème,, Quand j'implorais du ciel une pitié suprême, Je trouvais des lions debout dans mon rhemin.
J'ouvris les yeux, doutant si l'aube était réelle : De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle, Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.
(1) Né à Bourmont (Haute-Marne), le 18 oct. 4S57. Principales œuvres en vers*': Uûme nue (1885), L'E&poir du monde (18i)9), Le XIX- siècle (1900).
XXII LES POETES SOCIArX
Je connus mon bonheur et qu'au monde où nous sommes Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ; Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.
Kn second lieu, cette belle et 'pitoyahle pièce intitulée les Vénus. Le poète revient du Louvre, oii il admira les Vénu< de marbre rangées sous les portiques, et à qui, dit-il,
Je trouvais bon qu'il fût donné Des palais de rois pour asiles.
Mais voici que deJiors
Vint à passer une pauvresse ; Son regard troubla mon ivresse, Et m'emplit l'âme de pitié :
Ah ! m'écriai-je, qu'elle est pâle Et triste, et que ses traits sont beaux ! Sa jupe étroite est en lambeaux; Elle croise avec soin son châle.
Des piqûres de son aiguille Elle a le bout du doigt tout noir, Et ses yeux au travail du soir Se sont affaiblis. Pauvre fille !
Hélas ! tu n'as ni feu, ni lieu ; Pleure et mendie au coin des rues-.
Les palais sont pour nos statues, Et tu sors de la maii de Dieu.
Ta beauté n'aura point de temple; On te marchandera ton corps, La forme sans âme, aux yeux morts, Seule est digne qu'on la contemple.
1 dispute aux avares ton pain Et lu laine dont tu te couvres; Les femmes de pierre ont des Louvres, Les vivantes meurent de faim.