PREFACE V
étoffes Théodore Lehrefon (1) ei le potier Deuzevïlle (2), le maçon Louis Poney (3) et le cordonnier Savinien Lapointe (4), le tonnelier Paul Germigny (5) et le voilier Louis Pélabon (6), le coiffeur Jacques Jasmin (7) dont les Languedociens font, avec raison, le 2ilus grand cas, et le boulanger Rehovl (8), qu'on citait naguère dans tous les recueils de morceaux choisis, le relieur Jvles Heurtel (9) et le déménageur Eugène Oranger, le concierge Eugène Baillet et Bathild Bouniol (10) et tant d'autres dont le geste se jjerpétue, — car nous avons eu dernièrement le poète Vard (11), le graisseur de wagons, et Jou'in, le trimar-
(1) Théodore Lebreton, né à Rouen. Ouvrier imprimeur en indiennes. Œ^uvres : Ma Tante, un acte (18?4), Hardiesse et Témérité, un acte (1826), le Jardin des Artistes (Théâtre du Grand-Cours), vaudeville (1?32), rAmour et VEchafaud, 5 actes et 9 tableaux. Quelques chansons. Les Plaintes du Pauvre, poème ; Hernies de repos d'un ouvrier, poésies; Les Nouvelles heures de repos d'un ouvrier (1842).
(2) Beuzeville, né le l" février 1812, à Rouen. Potier d'étaln. Œuvres publiées : Premières poésies (1835), l-^s Petits Enfants (1839), la Grisette trompée, monologue ; Corneille chez le Savetier, un acte en vers ; Un quart d'heure de veuvage, un acte en vers ; l'Empereur et le Conscrit, vaudeville (en collaboration avec Octave Féré); Spnrtacus, tragédie, reçue à correction à la Comédie-Française et représentée à Rouen.
(3) Louis-Charles Poncv, né à Toulon. Maçon. Œuvres publiées : Marines, le Chantier, 2 vol. de vers.
{A) Saviniex Lapointe, né à Sens, en 1812. Cordonaiei'. Œuvre publiée : Une Voiv d'en bas, 1 vol. de vers.
(5) Paul Germigny, né à Chàteauneuf-sur-Loire. Tonnelier. Œuvre publiée : Essais de poésie, 1 vol. (1812).
(ô) Louis Pélabon, né à Toulon, le 7 février 1814, Ouvrier voilier. Œuvres publiées : Franchet et Christino, un act« ; Magaret et Canoro, 2 actes; Victor et Madaloun, un actej le Chant de l'Ouvrier, poésies, 1 vol.
(7) Jacques Jasmin, ré à Agen, en 17^7 ou 1T98, d'un père bossu et d'une mère boiteuse. Œuvres publiées : Lou Chalibari (1825) ; Mous Soubenis, VAbuglo de Castel-Cuillé, Ftxtiiçounetto.
(8) Jean Reboul, né à Nîmes, en 17%, mort en 1861. Boulang-er. Lancé en 1835 et 183f>, par Lamartine et "Alexandre Dumas> qui rendirent visite à ce «t frère en poésie ».
(9) Jules Heurtel, né à Dinan. Ouvrier relieur.
(10) Eathild Bo-uniol, né à Paiis. Typographe. Collabora au Siéclg et à divers journaux. Œuvres publiées : Profanation, Aux Lâches! (1840), Orphelines (1*-'43V
fil) Adolphe Vard, né à Aubevoye (Eure), le 15 août 1832. mort en !%<>. Graisseur de Avagons. Œuvres publiées : Heures noires et nuits blanches (IsSO), le Rêve de Muguette (1^'89), l'Ame volée.
(leur (i) ; nous avons connu le brave Ladeuille aux Veillées de Plaisance qu'organisait Pierre Lelong ; nous reçûmes récemment du 'poète-frotteur Edouard Ccntino deux actes en vers; nous déclarons estimer fort Jules Mousseron (2), le foète de la mine à qui M. Florian-Parmentier consacra une étude intéressante; et nous regrettons Aimable Lucas, mort récemmmcnt (3).
Même, hormis Mousseron qui sait si bien peindre la rude rie de V arracheur de charbon et dit de lui, en son savoureux patois septentrional:
Si cha s'rait parmi la mitraille Qu'il «'s'aurait » si bien conduit, Il aurait plus d'eune médalle...
Mais il s'est battu dans la nuit !
il y a des éclairs chez plusieurs de ceux que nous venons d'énumérer. Dans les Soirs d'Orage, d'Orrit, où se reflète Vangoisse des veilles succédant au travail quotidien, — chez Bouniol qui, dès 1840, parle des
Vampires du travail, gigantesques, difformes, Beuglant au fond des ateliers...
dans les Plaintes du Pauvre, de Le Breton, qui clame la misère désespérée, écumant sur Vimpitoyable océan de la civilisation; voire chez le vagabond Jouïn qui soupire:
Par les soleils brûlants, par les mornes saisons. Je suis l'errant qui va sans but et sans patrie,
(1) Pierrb-Kmile .Touïx. Trimardeur. « Très dé=avantageusement connu de tous les tribunaux de France, il ne manque jamais de présenter au président l'uniciue exemplaire de ses couvres édité jadis à Cond'-sur-Noireau.>> (Marc Langlais).
(2) Jui.es MoussKRON, né à Denain. Ouvrier minpur. Œuvres publiées: Fleurs d'en bas (IHV), CnfoimnPtto h Pans (1899), FcuilletH noircis (1901), Croquis au charbon (1901). Préfaces de MM. Auguste Dorchain, Andi-é .lurénil et Léon Delmotte.
(3) Mort il Lens, le 13 novembre 1907, pris dans un éboalement. Il avait trente ans, c'était un poète-mineur, comme Mousseron. Il a publié la \fnse d'un noir (chez Cailliez, à Lens, 190fi). Voir la belle étudt! (jue lui a consacrée, dan.s /^/ Chimôr-', M. Ch. liourcier, qui s'intéresse avec tant de compétence à la littérature démocraticjue.
PREFACK VII
Traînant sans fin le poids de mon âme flétrie, Et j'ai connu l'ennui des lugubres prisons,
Jouîn, que M. Alphonse Séché pourrait joindre à ses « Poètes-Misère » •€ qui incarne, parmi les poètes sociaux, les dévoyés solitaires, rançon de notre organisation sociale encore défectueuse.
Laissant de côté les chansonniers qui méritent une anthologie spéciale, abordons enfin la poésie sociale contemporaine, digne de ce nom, consciente d^ elle-même.
Tout de suite un nom s'impose: Barthélémy (1). Nou;s écrivons Barthélémy et non Barthélémy et Méry, car c'est à Barthélémy seul que nous devons la Némésis et la Nouvelle Némésis. Ce « prospectus » hebdomadaire, qui représente plus de vingt mille vers, d'une inspiration soutenue, demeure sans analogue.
L'œuvre de Barthélémy est essentiellement satirique, mais elle contient de beaux poèmes sociaux d'une sonorité très moderne. Il importe de ne pas passer sous silence, dans la Némésis (2), les vigoureuses pages intitulées: L'Emeute Universelle (3) ; cela fait songer déjà à la grande voix de Clovis Hugues. Ecoutez cette péroraison:
...Oui, le juste milieu, ce Typhon doctrinaire, Est bien des maux présens la cause originaire Et si de nos beaux jours le dernier avait lui Je pourrais, hardiment, n'en accuser que lui. Mais un forfait plus noir fait siffler mes couleuvres : La misère publique est fille de ses œuvres ; La misère ! voilà le formidable agent Qui change en révoltés tout un peuple indigent ; Ainsi de nos malheurs Ip grand secret s'explique; Les chances de l'Empire ou de la République, Les rêves du moment ne font pas le danger ; L'énigme a quatre mots : Le Peuple veut manger !
(1) Auguste Barthélémy, né à Marseille (1796-1867).
(2) La Némésis parut pour la première fois le 27 mars 1821,
(3) Némésis du 25 décembre 1831.
Xlll LES rOÈTES SOCIAUX
On jugera mieux encore ce poète, trop peu lu de nos jours, par la généreuse charge publiée dans la Nouvelle Némésis, sous ce titre: Les Travailleurs (1).