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LES TRAVAILLEURS

Non, les songes dorés de la philanthropie

N'enfantent pas toujours une vaine utopie;

Dans tous les nobles cœurs, torys ou radicaux,

Wilberforce et Grégoire ont trouvé des échos :

Leur rêve s'accomplit; la France et l'Angleterre

Ont ligiié leurs canons pour l'œuvre humanitaire

Et l'Afrique, arrachée à ses longues douleurs,

Sur ses cheveux crépus pose un chapeau de fleurs (2),

Gardons-nous d'entrevoir, dans des crises prochaines.

L'avare repentir d'avoir rompu ses chaînes;

Les colons n'auront point à pleurer sur leurs champs ;

Pour jeter leurs roseaux aux cylindres tranchants,

Si des bras africains ils sont plus économes,

La vapeur dans les fers remplacera les hommes ;

Les chantiers de l'Europe excitant leurs marteaux

A la philanthropie instruiront les métaux

Et, d'un trafic impie abolissant la honte.

Nous enverrons d'ici des esclaves de fonte^

Oui, sans doute, il est beau d'avoir ainsi jeté

A la face du monde tin acte d'équité

Et la haute tribune où la France s'exprime

Couvre bien des erreurs en frappant un vieux crime.

Mais un si haut devoir n'est rempli qu'à moitié;

Un autre continent a droit à la pitié;

Pourquoi vous boraoz-vous, négrophiles d'Europe,

A découvrir des maux avec un télescope?

Craignez-vous d'imposer avec un zèle égal

La réforme à la Seine ainsi qu'au Sénégal ?

Ne pouvez- vous sauver, d'un bras philanthropique,

(\) Nouvelle Nt^nu'm», XVI, ISjuin 1845. '2) Allusion à la récent j abolition de la li'alle des ntigres.

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