A LA PATURE
Peupliers que l'automne étriqué Dardent leurs squelettes gothiques Par les prés bleuis de colchique.
Des fiU d'argent tissent un rets Aux pailles rases des gnérets, Aux branches sèches des genêts.
Un fin brouillard trace à la craie De vagues et tremblantes raies Sur l'eau morte des oseraies.
Des cîiants traînent au fond du soir, Ainsi des odeurs -d'encensoir Estompant l'or d'un reposoir.
Chaque son s'étouffe et s'étoupe; L'ombre à pans moelTeux se découpe, Que farde une invisible houppe.
Les gens et les troupeaux sont las Du labeur qui les nivela.
Vers quelque lointain par delà,
— Par delà les foyers paisibles — Vers quelque demeure intangible, L'heure les conduit, inflexible.
D'une rouge brume pétris, Gens et bêtes s'en vont meurtris D'avoir vécu, mais sans im cri.
Dans l'obscurité qui redouble, Tout là-bas, au bord des étroubles, S'emmêlent leurs fantômes troubles.
0 troupeaux, fuyez doucement.
Comme un peu de sable mouvant, Disparaissez, car il est temps
Que le songe absurde s'oublie Des vaines tâches accomplies.
Que tout joug tombe et se délie !
{A travers le Voile.)