L'USINE A GAZ
Le vent léger frémit comme un appel de lèvres. Le long du boulevard qu'un soir de fête enfièvre. Et dont les arbres bleus s'allument de fruits d'or,
40 LES POÈTES SOCIAT7X
Et des cages de verre emprisonnent l'essor
Des papillons de gaz dont palpitent les ailes.
Au sein de la cité de vifs colliers ruissellent,
Et la nuit fait éclore en neuves floraisons
Des flammes aux carrés des places, des maisons.
Le vol croisé des feux de fiacre en l'avenu©
De tous côtés s'élance à l'appel des chairs nues
Que noue un fil léger et doux de violons
Dans les choeurs d'un théâtre ou le bal d'un salon.
L'ivresse des cafés déborde les terrasses
Où les robes du vice en frou-frou soyeux passent.
Mais dans la zone obscure et froide des faubourgs.
Ouvrant leur gueule rouge et grondante, les fours
Seuls éclairent les murs noirs et géants de houille
Où, comme des fourmis, en grappes lourdes grouille
Un peuple de forçats que plie et tord l'effort
Toute la nuit pour faire en la ville un jour d'or.
Monstrueux, l'alambic des gazomètres monte
Le globe renversé de ses cuves de fonte,
Et les spires de fer de son bas serpentin.
Par lequel dans oe bagne ardent, jusqu'au matin
Pour ta joie, à cité, la fatigue ouvrière
Distille le charbon en gouttes de lumière.