AUX PROLETAIRES
Toi qu'un passé d'opprobre et de labear incline
Sur le gel du sillon, sur le feu de l'usine.
Toi pour qui l'avenir n'est qu'un espoir brumeux,
Hoiige que davantage ont souffert tes aïeux,
Et que leur faim, leur soif, leur douleur, leur misjre
Ont fait pour toi plus grande et plus riche la terre.
Leurs sueurs et leurs pleurs ont nourri ta moisson.
Leur sang fut le ciment des murs de la maison
Qu'ils t'ont construite poutre à poutre, pierre à pierre.
Le feu do leur bûcher fut pour toi la lumière,
Et c'est pourquoi comme eux courageux, patient,
Songe qu'en te courbant tu grandie ton enfant;
Les rochers dont tes bras las soulèvent la masse
Seront demain le socle où montera ta race.
L'arbre que tu plantas ombragera le front
Glorieux de tes fils. Les haines, les affronts,
Les pierres qu'on te jette élargiront la route
Où déjà le présent silencieux écoute
Le pas victorieux de leur futur orgueil
Qui hausse des drapeaux teints du sang de tes deuils.