SONNETS
Ne reste point dans l'air empuanti des villes ; Prends-moi ton dur bâton, et t'en vas vers les champs Maternels où les soirs sont pleins d'ombre et de chants, Le soleil vigoureux, les heures immobiles.
N'attarde point ton rêve à des ivresses viles. Là-bas, le monde est vierge et beau; et, rattachant Tes jours aux jours vécus par ton père, au penchant Du coteau blond, cache dans ta maison tranquille
Le songe lumineux de ta jeunesse grave.
Les mots que tu cherchais, d'autres, là-bas, les savent :
Apprends d'eux la beauté féconde de l'effortv
Ici, tu vis en vain, dans l'ombre de la mort. Là-bas, l'air est divin, le ciel bleu, les nuits pures, Va surprendre la vie au cœur de la nature !
A l'heure dorée où retournent les troupeaux, Gardant dans leurs toisons d'étranges parfums d'herbes. Des prés en fleurs ou bien des champs couverts de gerbes, On voit venir parfois un triste chemineau.
11 connaît les sentiers qui mènent aux hameaux ; Choisissant l'heure où vont mûrir les fruits acerbes Dans la chaleur des soirs et des matins superbes, A pas lents, on le voit dévaler des coteaux.
Dans les enclos, les chiens aboient à son passage, Les enfants qui jouaient rentrent à la maison, Les femmes, les vieillards détournent le visage ;
Mais lui, tranquille et doux, sans haine et sans envie, Il passe, car il est, dans l'ombre des saisons, Le voyageur pensif en marche vers la vie.
GEORGES EEKHOUD