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ANZIN

Toits d'ardoise, vieux murs, corons, pavés noircis, Atmosphère de gaz, remûment des usines. Poussière de charbon que rejettent les mines; C'est Anzin dévorant son peuple d'endurcis.

Là-bas, sur le ciel gris, les hauts fourneaux flamboient, Tordant leurs souffles noirs et leurs torches en feu; Le sol a des hoquets profonds de grisou bleu ; Et l'on entend d'ici les machines qui broient.

Partout les ouvriers ont des visages noirs

Et, dans l'ombre des murs, on suit sur les trottoirs

Le spectre du Travail et sa tourbe servile.

Et tandis que sans fin ronfle l'activité.

Le canal lentement coule aux pieds de la ville,

Emportant les bateaux dans sa tranquillité.

LA REVOLTE (Fragment de « L'Escalade de la Vie », à paraître.)

Alors, le cœur battant d'une fureur sauvage.

Les yeux rouges, — deux trous sanglants dans son visage,

D'Egmard, les poings crispés, se redresse d'un bond,

Et, fixant le linceul du soleil moribond,

Il jette à l'horizon masqué de crépuscule.

Confins d'un univers qui devant lui recule,

Des mots dont l'âpreté mord le silence et va

Cingler dans son tombeau l'ombre de Jéhovah :

« Eh quoi H dit-il, depuis les âges légendaires

Où fut promis, contre les maux tentaculaires.

Un dieu libérateur en qui s'était cabré

L'espoir humain de siècle en siècle différé,

Depuis lors, deux mille ans de vaillance opiniâtre

Ont agrandi le monde où l'homme peut s'ébattre ;

Sous ses poings on a vu de tels écroulements

Que devant eux a fui l'effort des éléments,

Et j'aperçois toujours des forçats en détresse.

Des captifs qu'un destin impitoyable oppresse !

Je vois partout des malheureux exténués,

Fiévi-eux, traqués, grinçants, meurtris, hallucinés !

Je vois les instruments de conquête et de gloire

Se changer, contre l'homme, en d'énormes mâchoires

Qui broient les torses nus et les bras musculeux !

J'entends vociférer en vain contre les cieux

Les volcans du Travail empanachés de flammes !

Et j'entends les clameurs des enfants et des femmes

Eperonnés par la tourmente, au fond des bourgs,

Tandis que, confondus, se rythment les bruits sourds

Des limes, des marteaux, des crics, des engrenages,

Et les renâclements scandés des laminages,

Et les stridences des sifflets, si déchirants

Qu'on croirait des appels angoissés de mouî-ants !

Et partout, ruisselant de sueur, les victimes

Pétrissent leur souffrance et leur mort unanimes.

Dans des cryptes sans fond ou sur des Golgothas,

Parmi sillons, granits, lagunes, sols ingrats,

Ou sur le pyroscaphe, ou dans des officihes,

Sous les crachats de feu d'implacables machines,

Dans la difformité des gestes du labeur,

Dans les cris convulsifs et rauques de la peur!

Je vois toujours dans les bastilles de l'Idée

Des penseurs croupissant près de l'œuvre avortée,

Et torturés par cet affreux geôlier : la faim !

Les bras désespérés qui se tordent en vain,

Sur le charnier qui va des Mongols aux Algarves,

Semblent un grouillement effroyable de larves 1

Et malgré tout, malgré cette fraternité

Que rend indéfectible une âpre adversité,

Malgré ce formidable accord des destinées, Depuis que je gravis l'échelle des années, J'ai vu l'homme oppressif et sournois, je l'ai vu A l'homme, nuit et jour, tendre un piège imprévu. Et je dois répudier aujourd'hui la chimère Qui dans tout être humain me faisait voir un frère !,.. 0 crimes ameutés au cours des siècles morts, Sombres complots ourdis par des traîtres retors, Vols, blasphèmes, forfaits, meurtres et parricides. Vous n'êtes rien auprès des escadrons perfides Qu'à chaque instant je vois entraîner après lui Ce Crime d'un ami trahi par un ami!...

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